ALGÉRIE
03/01/2019 16h:02 CET | Actualisé 04/01/2019 12h:52 CET

Algérie: "Migrants" ou "jihadistes"? La polémique sur des individus refoulés vers le Niger

Une polémique sur un groupe d'individus refoulés au sud de l'Algérie. Des "migrants" selon la LADDH, des "jihadistes de l'armée syrienne libre" selon le ministère de l'Intérieur.

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Hassan Kacimi, directeur au ministère de l’Intérieur chargé du centre opérationnel du ministère et du dossier de la migration - Photo d'archive.

Les individus refoulés aux frontières de l’Algérie avec le Niger ne seraient pas des migrants mais des “jihadistes” de l’armée syrienne libre (ASL). C’est en tout cas ce qu’a affirmé jeudi 3 janvier Hassan Kacimi, directeur au ministère de l’Intérieur chargé du centre opérationnel du ministère et du dossier de la migration.

La ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH) avait rapporté, dans un communiqué publié le 31 décembre, que plus d’une cinquantaine de migrants, en majorité de nationalité syrienne, ont été refoulées vers le Niger entre le 25 et le 26 du même mois. 

Le groupe, qui a passé plus de deux mois dans un centre d’accueil à Tamanrasset selon la même source, comprenait également des ressortissants palestiniens et yéménites. Des femmes et des enfants seraient parmi le groupe, dont une femme enceinte à son neuvième mois, a ajouté la LADDH.

C’est au centre de Tamanrasset que “leur origine et leur parcours ont été confirmés”, selon le responsable du ministère de l’Intérieur.

Les propos de M. Kacimi, rapportés par l’agence APS, qualifient de “fallacieux” et d’“erronés” ces informations relayées notamment par la LADDH.

“Pourquoi ne sont-ils pas des migrants ? Tout simplement ce sont des membres de l’armée syrienne libre qui étaient à Alep”, a affirmé le responsable qui a également démenti que l’Algérie aurait refusé que ces personnes demandent l’asile. 

“Des jihadistes” qui ont bénéficié de “faux passeports”

 

N’y allant pas du dos de la cuillère, M. Kacimi a également lancé de graves accusations à l’encontre de ces individus: “Ces djihadistes, quand ils sont arrivés en Turquie, si vraiment ils étaient menacés dans leur vie, pourquoi n’ont-ils pas demandé le droit d’asile en Turquie?”.

Ils auraient bénéficié de “faux passeports” selon lui et auraient été transférés par avion vers le Soudan et ensuite vers la Mauritanie. 

Une opération trop “coûteuse” selon M. Kacimi qui se demande “qui finance l’organisation, l’encadrement et la protection de ces djihadistes ?”. Il a également affirmé que ces individus sont entrés depuis la Mauritanie au nord du Mali où ils ont été protégés par des groupes terroristes jusqu’à leur entrée en Algérie. 

“Si c’étaient vraiment des migrants en détresse et qu’ils avaient besoin de la protection des autorités algériennes, pourquoi, quand ils sont arrivés aux frontières algériennes, ils ne se sont pas adressés aux autorités algériennes qu’ils ont évitées pour échapper au contrôle des autorités publiques”, a-t-il encore martelé.

La LADDH affirme de son côté que ces ressortissants syriens “se sont présentés aux services de sécurité algériens dans le but de trouver protection”.

Ils ont été placés dans le centre de rétention, poursuit le communiqué de la LADDH, “après avoir été condamnés par un tribunal à trois mois de prison avec sursis pour entrée illégale sur le territoire national”.

“Cet acte est une violation délibérée de la Convention de Genève sur les réfugiés ratifiée par l’Algérie”, a notamment dénoncé l’organisation. 

M. Kacimi n’en est pas à ses premiers propos polémiques sur les migrants. En novembre dernier, dans des propos largement critiqués sur le web, il avait accusé les migrants subsahariens d’avoir apporté différentes maladies et épidémies en Algérie.