ALGÉRIE
10/06/2014 05h:18 CET | Actualisé 29/11/2014 18h:01 CET

L'Algérie face au Mali et la Libye: 2358 kilomètres d'inquiétudes

Wikimedia commons
Kidal, au nord Mali, bastion des mouvements de l'Azawad

Le débat, récurrent, sur le rôle possible de l’armée algérienne hors du territoire national est, en bonne partie lié, à une aggravation des risques venant du voisinage, notamment de la Libye et du Mali.

L’attaque contre la base gazière de Tiguentourine menée par un commando multinational – dont 11 tunisiens – le 16 janvier 2013 dernier l’illustrait parfaitement. Selon les informations disponibles, le commando s’est déplacé de la région de Gao vers la Libye avant d’attaquer la base gazière de Tiguentourine.

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Un choc en Algérie où le domaine pétro-gazier n’avait pas subi d’attaque de ce genre durant la décennie 90. L’attaque aura un impact politique souterrain sur le régime algérien mais elle a également créé de fortes inquiétudes chez les compagnies internationales qui boudaient déjà l’Algérie pour son "manque d’attractivité".

Un rapport d’enquête indépendant diligenté par la compagnie norvégienne Statoil a estimé que l’attaque était "imprévue, sans précédent mais pas inconcevable".

Un chapitre du rapport intitulé "manque d'imagination" a critiqué le fait que la co-entreprise d’In Amenas (Statoil, BP et Sonatrach) a continué à fonctionné avec un niveau de menace inchangé par rapport à Février 2012 alors que la Libye est " devenue un grand espace non gouverné " et que la situation au Mali se dégradait. "Les mesures de sécurité n’étaient pas conçues pour repousser ou retarder une attaque de cette ampleur et dépendaient du fonctionnement efficace de la protection militaire ".

La critique valait aussi pour l’armée et les services de sécurité algériens. L’attaque terroriste organisée par Mokhtar Belmokhtar confirmait que le djihadisme transnational ne se privait pas de cibler les grandes installations névralgiques pour l’économie algérienne.

L’armée algérienne s’organise depuis pour éviter un Tiguentourine bis et c’est cela qui explique en grande partie la réorganisation dans les services de renseignement algériens. Un officier français cité par le journal Le Monde dans un article consacré à la mouvance djihadiste au nord Mali après l’opération militaire française Serval a indiqué qu’elle ne cherchait plus à essayer de conquérir des villes ou à mener des actions de guérilla : "Ils sont passés à une phase terroriste. Un In Amenas bis ? C'est certainement leur objectif".

Dans la zone sahélienne, la faiblesse des Etats crée une situation de vase communicant dans le déplacement des risques. L’Algérie ne s’était pas privée – et elle le rappelle constamment – que l’intervention de l’Otan en Libye a permis ux groupes djihadistes de venir faire leur "shopping" dans les arsenaux de ce pays. Elle a eu pour effet de rompre l’équilibre au Mali avec l’afflux de Touaregs alliés à Kadhafi qui sont venus rejoindre la guérilla.

Aujourd’hui, après l’intervention française au Mali, c’est le sud libyen qui sert de base de repli pour les djihadistes alors qu’à Tripoli le gouvernement "central" pèse peu à côté des milices. Pour l’Algérie, la géographie suffit pour mesurer l’ampleur du risque qui peut venir du Mali et de la Libye. La frontière de l’Algérie avec le Mali est 1 376 km, elle est de 982 kilomètres avec la Libye. Même si on oublie les récents foyers naissant avec la Tunisie (Chaambi) et la frontière fermée avec le Maroc depuis 1994, cela fait pour le Mali et la Libye seulement 2358 kilomètres d’inquiétudes.

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