ALGÉRIE
09/11/2015 05h:45 CET | Actualisé 10/11/2015 05h:28 CET

La surfacturation sur les produits et services importés par l'Algérie est de 30%, selon Bakhti Belaïb

alidz31/flickr
Une vue du port d'Oran

Près de 18 milliards de dollars: c'est le montant pour 2014 des transferts illicites de devises masqués derrière la surfacturation sur les produits et services importés par l'Algérie. Chiffre déduit après des déclarations du ministre du commerce, Bakhti Belaïb. Des journaux parlent de "bombe de gros calibre", de "pavé dans la mare"

La fuite des capitaux via les surfacturations sur les importations peut être désormais "officiellement actée", le ministre du commerce Bekhti Belaïb, dans des déclarations fracassantes faites dimanche sur la Radio Chaine 3 la chiffrant à 30%. Le calcul devient simple à faire.

En 2014, les importations algériennes se sont établies à 58,8 milliards de dollars, cela donne un niveau de transferts illicites par le biais de la surfacturation sur les importations de 17,6 milliards de dollars. Pour la seule année 2014. En reprenant les chiffres des importations au cours de la dernière décennie, cela donne une idée vertigineuse de l'ampleur de la terrible saignée subie par l'économie du pays.

Le ministre ne met pas en cause les entreprises étrangères

"Tous les pays en développement connaissent ce phénomène qui est souvent le fait des entreprises étrangères mais ce n'est pas le cas de l'Algérie" a-t-il indiqué. En Algérie, ces transferts illicites sont surtout le fait des nationaux qui ont constitué des "sociétés écrans" et qui sont "en même temps acheteurs et vendeurs" ce qui leur permet de fixer les prix comme ils l'entendent.

Ces nationaux "se sont rendus coupables de ces transferts qui ont pris une ampleur inquiétante", a ajouté le ministre qui a relevé l’existence d’un taux de délinquance "élevé" dans le domaine de commerce extérieur.

Au cours du premier semestre 2015, a-t-il indiqué, 24.000 constats d'infractions ont été établis pour plus de 40 milliards de dissimulations du chiffre d’affaires, 24.000 tonnes de marchandises ne répondant pas aux normes ont été bloquées aux frontières et des centaines d’importateurs sont poursuivis en justice.

"L'arnaque du Credoc"

Bakhti Belaïb s’est défendu de vouloir "diaboliser" les importateurs qui "jouent un rôle économique important". Il explique que la mise en place des licences d’importations pour 15 produits qui entrera en vigueur en 2016 a pour but, en partie, de lutter contre ces transferts illicites via la surfacturation.

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M.Belaïz s’est également prononcé contre le Credoc, un mode de paiement qui dessert l’Algérie puisque les opérateurs algériens se retrouvent de payer des marchandises sans les voir et se font arnaquer". Rejoignant les avis d’experts exprimés depuis des années sans recevoir d’écho au sein du gouvernement, Belaïb souhaite « démantèlement rapide de ce mode de paiement ».

A la question de savoir si on n’a pas trop laisser-faire ces pratiques délictueuses sur le commerce extérieur, Belaïb a répondu par l’affirmative. Selon les chiffres livrés en 2012, l’Algérie comptaient 300.000 importateurs en 2012 sur 760.000 entreprises recensées.

Le rôle de la Banque d'Algérie et des douanes en question

Les déclarations de Belaïb suscitent des interrogations. A l’image d’El Khabar qui se demande comment le ministre du commerce annonce un taux de surfacturation si élevé alors que les opérations du commerce sont censées faire l’objet de contrôles a-priori et a-posteriori de la part de plusieurs institutions dont la Banque d’Algérie et les douanes.

Les déclarations de Belaïb constituent une "vraie bombe" dont on ne mesure pas encore les conséquences, souligne-t-il.

"Même s'il ne désigne par les responsabilités dans cette saignée grave... les propos du ministre constituent une critique implicite de l'incapacité des institutions en charge des opérations de contrôle, de suivi et de poursuites" note El Khabar en relevant "les montants évoqués représentent le volume des importations du plusieurs pays en développement".

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