ALGÉRIE
17/11/2018 17h:49 CET | Actualisé 19/11/2018 14h:11 CET

Algérie-France-Histoire: Décès de Brigitte Lainé, l’archiviste qui a révélé les preuves du massacre du 17 octobre 1961

Elle est l’archiviste qui a apporté aux historiens les preuves matérielles du massacre du 17 octobre 1961 commis par la police de Papon contre les Algériens. Une action qui lui a valu une véritable “mise au placard” pendant des années.

- via Getty Images

Son nom ne vous dit peut-être rien et en France on ne fait pas grand-chose pour qu’il soit connu du grand public. Les Algériens, eux, devraient retenir le nom de Brigitte Lainé, décédée le 02 novembre dernier à l’âge de 76 ans des suites d’un cancer. Cette archiviste, très appréciée des historiens, a joué un rôle important dans la révélation d’un des faits majeurs de l’Histoire algérienne: le massacre du 17 octobre 1961.

C’est grâce à ses efforts que l’Etat français a été amené  à reconnaître, pour la première fois en 1999, le “massacre” commis par les policiers français sur l’ordre du Préfet Maurice Papon.

En 1999, Maurice Papon, préfet de police à l’origine des massacres du 17 octobre 1961 à Paris, a intenté un procès à l’historien Jean-Luc Einaudi pour diffamation, car il avait qualifié ces événements de “massacre sous les ordres de Maurice Papon”, dans son livre La Bataille de Paris (1991).

Maurice Papon espérait ainsi gagner ce procès car les  preuves n’étaient pas disponibles à ce moment-là. L’historien faisait face depuis des années à une interdiction d’accéder aux archives relatives à cette tragédie. Il s’agissait des archives juridiques de la préfecture de Paris, verrouillées depuis par les successeurs de Maurice Papon et ceux conservées aux Archives de Paris, où travaillait justement Brigitte Lainé.

Nommée conservateur aux archives de Paris et de l’ancien département de la Seine en 1977, elle a accepté de témoigner en faveur de Jean-Luc Einaudi. Son témoignage a été déterminant, il attestait de l’existence de preuves officielles du massacre. Elle a témoigné avec son collègue et ami Philippe Grand que les archives du parquet de Paris confirment la thèse de l’historien.

Brigitte Lainé avait examiné les archives judiciaires de septembre à décembre 1961 et affirmé au procès que “103 dossiers d’instruction concernant 130 personnes ont été ouverts et que 32 dossiers pour 44 décès ont été classés sans suite”. L’archiviste a aussi cité un réquisitoire définitif du 30 octobre, “relatif à la mort de 63 Nord-Africains, dont 26 n’ont pu être identifiés, ayant probablement été délestés préalablement de leurs papiers d’identité”. Elle avait expliqué que l’amnistie de 1962, a mis un point final à toutes les instructions encore en cours.

Un représentant de l’Etat français, le procureur en l’occurrence, reconnaissait ainsi le droit à parler d’un “massacre” quand il s’agit de la répression du 17 octobre 1961.

Le témoignage de Brigitte Lainé en faveur de Jean-Luc Einaudi n’a pas été sans conséquences pour elle. Elle et son collègue Philippe Grand, ont été  interdit d’exercer leur profession par le directeur des Archives de Paris, appuyé par la Ville de Paris pendant 6 ans.

Ce n’est qu’en 2005 que le tribunal administratif de Paris réhabilite Brigitte Lainé, en déclarant que ses attributions lui avaient été retirées “irrégulièrement par le département de Paris” et en fustigeant ce qu’il qualifie de “sanction disciplinaire déguisée”.

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