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11/04/2019 16h:50 CET | Actualisé 11/04/2019 16h:50 CET

Algérie et Japon : convergences culturelles

Du célèbre carrefour des Trois Horloges à Bab El Oued à celui de Hachiko dans le quartier de Shibuya à Tokyo, il n’y a, de prime abord, que peu d’éléments de comparaisons. D’un côté, une chaotique symphonie méditerranéenne, de l’autre, une géométrie parfaite d’allers et venues de piétons. C’est ainsi qu’on se dit qu’il existe une véritable différence de culture et de mode de vie entre l’Algérie et le Japon, pourtant les convergences sont nombreuses et parfois surprenantes.

En premier lieu, les liens historiques avec le pays du Soleil levant remontent aux années 1950, et le soutien des japonais au mouvement révolutionnaire algérien. De nombreux leaders de l’époque y étaient invités pour défendre et présenter cette cause. A ce propos, le Japon a été l’un des premiers pays au monde à reconnaître l’Algérie en tant que nation souveraine le 4 Juillet 1962 (par notification du ministre nippon des Affaires étrangères, Zentaro Kozaka).

Puis une fois l’indépendance acquise en 1962, Tokyo sera l’une des premières villes dans le monde à voir flotter le drapeau vert et blanc surmonté du croissant et de l’étoile. En effet, c’est lors des jeux olympiques de 1964 que la société japonaise découvre ce jeune pays grâce à son unique représentant, le gymnaste Mohamed Lazhari. Cela marquera un point de départ d’une curiosité réciproque et d’échanges réguliers toujours actifs de nos jours.

La culture populaire algérienne appréciée au Japon

Entre la J-pop, et les tubes occidentaux à la mode, la musique Rai ou encore le Chaabi algérien sont très écoutés à Tokyo comme dans les plus grandes villes du pays. Il suffit de rencontrer Takashi, un disquaire spécialisé dans les musiques du monde et qui accorde une large place à la musique d’Algérie.

Chez lui on retrouve des vieux 45 tours d’El Hadj El Anka, la discographie complète de Dahmane El Harrachi, ou encore des chanteurs de Rai à la mode comme Kader Japonais qui fait fureur dans le milieu musical de Shibuya, quartier emblématique de la capitale tokyoïte.

Par son nom et son physique, nombreux sont ceux là-bas qui pense que ce chanteur a des racines dans l’empire. Avec Takashi, nous apprenons que de nombreuses études, dont la plus célèbre est celle du chercheur Mr Yuichi, sont parues sur la musique algérienne dont raffole les japonais. Il suffit de voir l’engouement créer par un concert de Cheikha Rimitti en 2005 dans la capitale japonaise où les participants naturellement disciplinés se sont littéralement lâchés sur les rythmes lancinants de Sidi Bel Abbes.

Mehdi FARAH

Il y a également un intérêt des Japonais pour la littérature algérienne. Même s’il n’existe pas de traductions connues d’auteurs algériens, les grands classiques de Mammeri, Feraoun ou Kateb tiennent une place de choix à Jimbocho, le quartier des libraires de la capitale japonaise. Par ailleurs, de nombreux auteurs et journalistes comme Itsuko Hirata publient des ouvrages sur l’Algérie en langue japonaise. Preuve de ce dynamisme littéraire, en Février dernier une conférence sur la littérature algérienne a d’ailleurs été organisé à Osaka auprès d’un large public d’une centaine de personnes.

Si les liens entre les deux pays sont si fort, c’est aussi grâce à une communauté algérienne dynamique au Japon.

Il suffit de rencontrer Dalila, qui est originaire du célèbre quartier populaire algérois Belcourt, qui est surnommée “Tata Algeria” par ses compatriotes au Japon où elle vit depuis une trentaine d’années. Lorsqu’on la rencontre, dès les premières secondes on ressent cette chaleur humaine caractéristique “d’El Bahdja”, à plus de 11 000 km des côtes de “Kaa Sour”.

Grâce à une maîtrise parfaite de la langue japonaise, elle parvient dès ses premières années dans le pays à donner des cours de français dans les plus grandes entreprises. Elle participe régulièrement à faire découvrir les traditions algériennes au Japon à travers la gastronomie et des rituels tel que celui du Henna.

Mehdi Farah

Ou encore Nabil, “Grand Frère Algeria” qui gère un des restaurants bistronomiques les plus courus de la capitale japonaise. Très lié à l’ensemble des algériens vivant dans la capitale nippone, il organise notamment des « Ftours » pour ses compatriotes pendant le ramadan.

Après avoir quitté sa somptueuse ville de Tipasa, il fait un passage à Paris où il travaille dans les cuisines des plus grands palaces parisiens. Repéré par le grand chef Joël Robuchon, il se voit proposer une opportunité au Japon où il pose ses valises, et il présente aujourd’hui une belle réussite entrepreneuriale et culinaire.

Mehdi Farah

Les Algériens sont environ une centaine au Japon, principalement à Tokyo mais aussi à Osaka ou Kobe. Ils sont tous parfaitement intégrés à la culture locale, et sont pour beaucoup ingénieurs, cadres financiers, artistes ou restaurateurs.

Nous voilà donc encore une fois surpris par cette Algérie qui rayonne dans une société Japonaise pourtant a priori si différente. Loin des préjugés que ces deux pays portent respectivement, il est gratifiant de voir deux peuples se rapprocher sur des valeurs humaines universelles. Cela donne envie de continuer ces échanges populaires, par exemple en dégustant un thé à la menthe en plein Harajuku, et un thé matcha du haut de la Casbah à Bab Jdid.

D’ailleurs, le mouvement populaire historique actuellement  en marche en Algérie trouve un écho auprès de la population nippone qui apprécie le caractère pacifique et civique de ces manifestations, deux valeurs clés de la société japonaise. Encore une nouvelle occasion de rapprochement donc.