ALGÉRIE
24/02/2015 08h:21 CET | Actualisé 24/02/2015 09h:28 CET

Alger, entre place Audin et la Grande Poste, police partout et zorna à tous les coins

HuffPost Algérie

Entre la Place Audin et la Grande Poste, c'était depuis mardi matin, jour anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures, police partout et zorna à tous les coins.

Les membres de la Coordination Nationale de la transition et des libertés démocratiques (CNLTD) avaient appelé à un rassemblement à la Grande Poste à midi pour s'opposer à l'exploitation du gaz de schiste et soutenir la population du sud. Les autorités ont pris les devants en occupant physiquement les lieux.

Le déploiement policier, conséquent comme à chaque annonce de manifestation "non autorisée", s'est doublé pour cette journée de manifestations festives organisée par les autorités locales, solennellement installées sous une tente, au niveau de la Grande Poste pendant que baroud et zorna tonnaient.

Une autre tente, estampillée Union Générale des Travailleurs algériens (UGTA) installée au niveau de la place Maurice Audin avait aussi sa troupe de zorna tandis que des camions estafettes tournaient autour de la zone en diffusant à plein tube Mabkach Isti3mar Fi Bladna (Il n'y a plus de colonisation dans notre pays) de Hadj M'Hamed El Anka.

Les troupes de zorna étaient particulièrement enthousiastes au niveau de la Grande Poste sous le regard du Wali d'Alger, Abdelkader Zoukh, sous la "tente" des autorités et l'estrade où des badauds, des jeunes des associations sportives surtout, faisait les spectateurs.

Baroud à souhait. Les troupes de zorna faisaient leur job. Toutes ne montraient pas de l'entrain. Une petite troupe installée en face de la librairie de l'Office des publications universitaires se contentait d'observer la grosse pagaille qui s'est installée au niveau du tunnel des facultés. Un jeune costumé, style "cadre", est venu les rappeler à leur devoir : "allez, ghaytou !, les cyclistes vont arriver".

"Ce n'est pas une course, explique un jeune cycliste, c'est juste une "balade" entre place du 1er mai et la Grande Poste". Une équipe sportive d’Ain Benian suivait sagement son entraîneur, mobilisé comme de nombreuses associations sportives.

La police et les autorités locales ont également occupé le terrain médiatique. A la Grande Poste, des responsables de l'APW se partageaient, pratiquement avec les mêmes mots, la tâche d'expliquer aux télévisions qu'il s'agissait d'une "fête", certains rappelaient "Boumediene", d'autres invoquaient les chouhadas.

"L'opposition? Mais il n'y a pas d'opposition" lançait l'un d'eux, satisfait, de voir les opposants maintenus loin de son secteur festif. La "victoire" du pouvoir aurait été totale si un petit groupe d'une cinquantaine de personnes n'avait décidé de braver l'empêchement physique et l’occupation de l’espace par les autorités.

Le parcours du combattant

C'était vers 11H30, le groupe avançait, crânement, aux cris "d'Algérie libre et démocratique", "honte, honte, ils ont vendu la révolution pour des dollars". De la Place Audin à la Grande Poste, à quelque pas de la "tente des autorités", ce fut un vrai "parcours du combattant".

Une femme s’étonne de voir si peu de manifestants et tant de policiers. On sourit, goguenards. "Ils ont quand même réussi à leur gâcher leur fiesta" rigole un quinquagénaire.

C'est à ce moment que la Gestion démocratique des foules, la GDF comme la résument ironiquement certains journalistes, est entrée en action. Le groupe est encerclé, repoussé jusqu'à la bouche du métro, près du lycée des frères Arrouj.

Le groupe "résiste" et s'époumone, mais l'étau se resserre. Mohsen Belabbes, entouré de quelques militants, avance et tente de rejoindre le groupe qui campait devant le lycée. Les policiers en charge de la GDF ne sont pas d'accord et l'en empêchent. La GDF se "muscle".

Des policiers tentent d'embarquer une jeune fille, elle hurle, perd connaissance. Les éléments de la protection civile la prennent en charge. On tente de lui apporter des secours. Finalement, un pompier la soulève délicatement et l'emmène.

Le groupe est repoussé avec plus de vigueur en direction de la place Audin. Un jeune, visiblement originaire du sud, est embarqué dans un 4x4. L’entreprise d’éloignement se poursuit. Les manifestants se replient vers le haut de la rue Didouche. En direction du siège du RCD.

L'opposition a perturbé l'espace occupé par la police et les zornas pendant un petit quart d'heure. Un petit baroud d'honneur dans une journée où le baroud a beaucoup tonné pour imposer le silence.

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