ALGÉRIE
05/03/2019 17h:29 CET | Actualisé 05/03/2019 17h:49 CET

Alger: L'énergie des étudiants enchante la rue et dit "non" aux promesses de Bouteflika

Hamdi Baala
"Bouteflika: please. Le peuple: Non". Ce meme qui circule sur les réseaux sociaux algériens depuis quelques jours a été adapté en pancarte à la manifestation des étudiants, le 5 mars 2019 à Alger. 

A 12h30 en ce mardi 5 mars la place Maurice Audin était noire de monde. Des employés d’Air Algérie admiraient le spectacle en bas depuis les fenêtres de l’immeuble de l’entreprise qui domine l’espace.  

En bas, des milliers d’étudiants ont continué d’affluer vers la placette pour rejoindre leurs camarades qui manifestent depuis 10h30. Venus des différentes facultés d’Alger, de nombreux ont mis le drapeau national sur les épaules et ont marché le long de l’avenue Pasteur puis sur rue Didouche Mourad avant de se rassembler à Audin. 

Sous 20 degrés et le soleil de ce printemps précoce qui se poursuit depuis le début de la contestation contre le 5e mandat il y a deux semaines, les jeunes universitaires ont enchanté les rues de la capitale. Leurs frimousses, la dérision de leurs pancartes et de leurs chants dégageait une énergie différente par rapport aux autres manifestations.

 

RYAD KRAMDI via Getty Images

 

“Ils sont contents de ne pas être en cours”, commente une mauvaise langue sur place. Mais ce n’est pas ça, ce n’est pas tout. Dans leurs yeux et leurs sourires en répétant les chants, il y a comme une fierté d’investir la rue et de ramener la rébellion de leur âge sur le terrain politique.

Et ils ont chanté “makach el khamsa ya Bouteflika, djibou el BRI w zidou Saâiqa” (Bouteflika, il n’y aura pas de 5e mandat, [vous pouvez même] ramener les forces spéciales), le slogan phare de ce mouvement du 22 février, ainsi que tous les autres. 

 

Cette manifestation a poursuivi l’élan des marches quasi-quotidiennes à Alger depuis plus d’une semaine. Elle a aussi été l’occasion pour les étudiants de rejeter les promesses contenues dans la lettre attribuée au président Abdelaziz Bouteflika, publiée dimanche.

Le document promettait que si le chef de l’Etat est réélu en avril, le pouvoir organisera dans un an une présidentielle anticipée à laquelle M. Bouteflika ne sera pas candidat. 

“Cette histoire d’un an est une hachoua (une arnaque). Ils veulent gagner du temps pour placer quelqu’un d’autre du système. Nous avons tout compris à leur jeu”, estime Nour El Islam, 19 ans et étudiant en sciences et technologie à l’université de Bab Ezzouar.

Il jure aussi que ses camarades ont laissé la faculté vide pour venir manifester à Alger centre. 

“Si tu choppes un cambrioleur chez toi, et qu’il te dit de le laisser rester encore un peu, tu fais quoi?”, illustre Amine, 22 ans, étudiant en 3e année gestion et comptabilité à Dely Brahim. Et d’ajouter: “Nous ne savons pas ce que le système peut faire durant cette année, il doit partir maintenant!”.

 

A 14 heures, beaucoup avaient faim et ont improvisé un picnic dans l’esplanade en face de la Grande Poste, au grand bonheur des commerçants du quartier. D’autres, sur Didouche, quand la police anti-émeute les a empêchés de remonter plus haut à coups de canon à eau, ont chanté “zidoulna shampooing nwellou labes” (rajoutez du shampooing et on sera bien). 

L’ambiance festive s’est poursuivie et les étudiants ont continué de marcher autour du circuit place Audin - Didouche Mourad - avenue Pasteur - tunnel des facultés jusqu’à la fin de l’après-midi. 

La police, qui a largement laissé faire durant la journée, a commencé vers 16h30 à disperser les manifestants à coups de grenades lacrymogènes. Certains ont voulu répliquer mais d’autres étudiants les ont rappelé à l’ordre. La seule réponse a été le mot d’ordre de la manifestation, celui du mouvement: “silmiya, silmya” (pacifique).