ALGÉRIE
08/03/2019 22h:29 CET | Actualisé 11/03/2019 13h:00 CET

Alger : L'après-Bouteflika vu par des lycéens

La révolution du sourire et de la contestation festive attend de tourner la page mais la suite est déjà sur les lèvres. Reportage.

RYAD KRAMDI via Getty Images

«Les dix premières années de ma vie, c’était Bouteflika. Et là, ça fait 7 ans qu’on est sans lui », explique Aziz, né en 2003. Lui et ses amis sont venus de Reghaïa, dans la banlieue d’Alger, pour manifester. Ces lycéens ont pris le bus pour rejoindre les rassemblements au centre de la capitale.

Ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, s’est mêlé au troisième vendredi de manifestations massives contre un 5e mandat de Abdelaziz Bouteflika. Par un temps nuageux mais doux, la mobilisation a été monstre à Alger et l’ambiance joviale.

Sur l’esplanade en face de la Grande Poste où un rassemblent a commencé à se former dès 11h30, des manifestants de tout âge ont pris part à ce qui a ressemblé par moments à une fête, une contestation festive. Les sourires sur de nombreux visages et l’humour abondant sur les pancartes. 

 

A l’heure où Alger est d’habitude vide le vendredi, il n’y avait plus où mettre le pieds jusqu’à tard dans l’après-midi. Des familles entières, des hommes et des femmes de tout âge, des enfants. Les slogans popularisés par les manifestations précédentes ont fusé et les drapeaux de l’Algérie étaient partout, sur les épaules et sur les balcons. 

Les rassemblements étaient tellement accueillants que les vendeurs de livres en face de la Grande Poste n’ont pas jugé utile de ranger leur marchandise et de rentrer. Un homme vendait du thé à côté et pas loin de lui Aziz et ses amis discutaient. 

«Tu ne peux pas choisir ta spécialité à l’université avec Bouteflika et ce système », estime Aziz. Les lycéens, assis sur des escaliers dans l’esplanade, expliquent qu’ils n’ont ni un terrain de jeu ni un jardin dans leur quartier. 

« Comment veux-tu penser à l’université si tu meurs d’ennui ? C’est pour ça que les harragas partent », interrompe Slimane, 17 ans aussi.

 

Les harragas reviennent souvent dans la discussion avec ces jeunes, tout comme certains slogans leur ont rendu hommage lors de ces manifestations. « El Harraga rabbi yarhamhoum » (Les harragas, que Dieu leur accorde sa miséricorde », a-t-on entendu au sujet des migrants clandestins morts dans la méditerranée. 

Et ces jeunes ne veulent plus voir des barques de fortune partir. Ils parlent de développement et d’emploi comme solutions. 

« Je veux que ce système parte et que mon pays devienne beau. Comme la Malaysie, la Turquie, le Singapour. Pourquoi ils nous font peur en nous parlant de la Syrie ? », se demande Mouad, 15 ans, en référence au Premier ministre Ahmed Ouyahia qui a évoqué le scénario syrien en parlant des manifestations. 

 

Sur la proposition du pouvoir de maintenir M. Bouteflika pour une année supplémentaire, proposée dans une lettre attribuée au chef de l’État cette semaine, Slimane ironise : « Il nous supplie pour rester encore un peu ? C’est quoi ça, une location ? ».

A 17 ans pour les plus âgés, ils n’ont pas encore le droit de voter, Ils s’expriment sur le président qu’ils veulent comme successeur. 

« Nous ne voulons ni de Nekkaz l’immigré, ni de Ghediri le militaire. Nous voulons un président oueld echaâb (fils du peuple) qui vit avec nous et qui est compétent », estime Aziz.

Les marches sont interdites dans la capitale depuis 2001, deux ans après l’élection de Abdelaziz Boutelflika pour un premier mandat.

Et hormis les heurts qui ont eu lieu dans quelques endroits en fin de journée après les rassemblements, la police en ce 8 mars n’a pas tenté d’empêcher les manifestants de se déplacer dans les artères d’Alger centre comme lors des deux vendredis passés. Comme un avant-goût d’un possible après-Bouteflika.