ALGÉRIE
15/03/2019 12h:15 CET

Alger en fête

RYAD KRAMDI via Getty Images

22 février. 10H. Ce vendredi-là, un dispositif sécuritaire intimidant quadrillait Alger-Centre dès les premières lueurs du jour. A la Place du 1e Mai, des manifestants, hésitants, se tenaient loin. Ils guettaient, à quelques dizaines de mètres, le début des manifestations. Les drapeaux étaient cachés. Les premières interpellations sont violentes. Il fallait attendre 14H pour que les Algériens enclenchent une marche historique.

Trois vendredis plus tard, la peur a changé de camp. Du moins, les Algériens n’ont plus peur. Alger s’apprête à accueillir une affluence record, que le dispositif sécuritaire, allégé dans plusieurs quartiers, n’intimide plus. 10H sonnait à peine lorsque des manifestants ont envahi la Grande-Poste, drapeaux  en berne, pancartes brandies et slogans chantés à gorge déployée.

A la Place du 1e Mai, une dizaine de véhicules de type 4X4 sont stationnés, comme à l’accoutumée, face au ministère de la Jeunesse et des Sports, dont l’accès est dissimulé par une dizaine d’autres fourgons. Pas suffisant pour intimider des citoyens, qui se dirigeaient, drapeaux sur leur dos et écharpes autour de leurs cous vers la Place Mauritania. 

A la rue Hassiba, plusieurs vendeurs à la sauvette ont installé leurs marchandises. Des drapeaux sont déployés, accrochés au mur, emballés à l’arrière d’une camionnette ou brandis par les vendeurs. “200 au lieu de 500 DA”, crient-ils.

 

Au Boulevard Mohamed V, devant la Place Audin, des fourgons ont également été maintenus à leur position habituelle. Toutefois, pas de véhicules de type 4X4 à la rue Didouche. Les forces de l’ordre sont plutôt présents à la rue Abdelkrim El Khettabi. 

Plus loin, justement, la Grande-Poste était déjà noire de monde peu après 10H. Les escaliers de l’édifice étaient déjà occupés par des centaines de manifestants, qui s’échangeait des slogans avec d’autres citoyens, debout sur l’esplanade en face. “Pouvoir assassin”, “Macron Dégage” et “Had cha3b la yourid, Bouteflika ou Said” émanaient de la foule.

Sur l’esplanade, les premiers arrivés admiraient le spectacle, emblèmes nationaux sur leur dos, accompagnés par les membres de leurs familles, leurs amis ou seuls. 

D’autres, en groupe, se rassemblaient pour discuter, débattre et rigoler, face à des caméras ou entre eux. Certains se retrouvaient entre amis. Les automobilistes qui montaient vers la rue Pasteur ralentissaient, pour filmer la scène et klaxonner en guise de solidarité. 

A la rue Didouche, des jeunes, les drapeaux sur le dos, discutaient en attendant. Sans doute le début de la marche. Ou une affluence plus importante. A la Place Audin, des manifestants se sont aussi rassemblés. 

Sur le trottoir, ils chantent, se prennent en photo, dansent à de chants de gradins. En attendant le début de la manifestation, Alger est une fête.