ALGÉRIE
26/04/2019 14h:22 CET | Actualisé 26/04/2019 15h:19 CET

Alger - 10e vendredi: "Non à la justice aux ordres"

Au dixième vendredi de grande mobilisation, les manifestants ont demandé justice pour Ramzi Yettou et ont critiqué une "justice aux ordres".

La justice a été ce 26 avril au cœur du dixième vendredi de grande mobilisation. A Alger, la seconde révolution algérienne a entamé son troisième mois, et au terme d’une semaine où plusieurs hommes d’affaires soupçonnés de corrpution ont été arrêté, de nombreux manifestants ont exigé l’indépendance de la justice et de “vrais procès”. 

Vers 9 heures et demi du matin et alors que la grisaille commençaient à s’éclaircir, les marches de la Grande Poste affichaient déjà complet. De nombreux manifestants matinaux, venus pour certains des wilayas adjacentes, ont pu accéder à la capitale malgré les barrages filtrants de la gendarmerie. 

Hamdi Baala

Et ils ont répétés les revendications constantes depuis le début d’avril et le départ de Abdelaziz Bouteflika, à savoir la démission du gouvernement de Noureddine Bedoui, le départ du chef de l’état par intérim Abdelkader Bensalah et le refus de la présidentielle du 4 juillet. 

Mais à côté, la justice a été fortement présente. “Son Excellence le Peuple ordonne l’arrestation du chef du gang, Saïd Bouteflika”, pouvait-on lire sur une pancarte devant la Grande Poste dès le matin.

Sur une autre pancarte plus loin, un homme ironisait que le frère de l’ex-président ne soit pas inquiété par la justice alors que des hommes d’affaires réputés proches de lui, comme Ali Haddad ou les frères Kouninef, ont été arrêtés. 

De nombreux observateurs ont trouvé que les poursuites contre les hommes d’affaires Issad Rebrab et les hommes d’affaires Kouninef, arrêtés cette semaine, sont plutôt le fait des instructions du chef d’état-major de l’armée et non d’une justice indépendante.

Le ministère de la Défense nationale a d’ailleurs publié un communiqué menaçant de poursuites judiciaires les médias qui interprètent comme une “injonction” les appels de Gaïd Salah à accélérer les réouverture des dossiers de corruption. 

Le parquet d’Alger a de son côté démenti jeudi avoir reçu des instructions. 

“Non à la justice aux ordres”, lit-on sur la pancarte d’une dame qui qualifie également Gaïd Salah de “ennemi public numéro 1”. “Les voleurs seront jugés par les tribunaux de la deuxième république”, a-t-elle ajouté. 

“Pas de pièces de théâtre”

Les soupçons de corruption qui planent sur les hommes d’affaires arrêtés ne sont visiblement pas suffisants pour ces manifestants. “Nous voulons de vrais procès et non des pièces de théâtre”, a indiqué un manifestant qui revendique également l’indépendance de la justice. 

Plus loin, un homme affirme avoir été violenté par des policiers en civil qui lui ont détruit sa pancarte. “J’ai mis des photos de Saïd Bouteflika, Ouyahia, Bensalah et Bedoui avec une corde de pendaison. On voit bien la liberté d’expression”, a-t-il ironisé. 

“Il n’y a pas de justice, oulach!” a-t-il répondu à un homme qui lui demandé d’aller déposer plainte.  

 

“Khouna Ramzi eddoula qetlatou”

De nombreux manifestants ont également exigé la justice pour Ramzi Yettou, le jeune de 23 ans mort vendredi dernier, victime présumée de la violence policière lors des manifestations du 12 avril à Alger. 

“Nous voulons une enquête sur le décès de Ramzi Yettou”, lit-on sur une banderole déployée sur rue Didouche Mourad par des manifestants. 

Des témoins ont rapporté que Ramzi Yettou a été frappé par des policiers et a reçu des coups de matraque sur la tête. Il a été au coma pendant une semaine avant de rendre l’âme. Jusqu’à ce jour la DGSN n’a pas communiqué sur cette affaire. 

“Khouna Ramzi rabbi yerahmou, ezzaouali eddoula qetlatou” (notre frère Ramzi, que Dieu ait son âme. Le pauvre, la police l’a tué), ont chanté des jeunes sur les marches du lycée Delacroix.