LES BLOGS
14/05/2019 10h:04 CET | Actualisé 14/05/2019 10h:04 CET

ALECA: Vers une précarisation de l'agriculture tunisienne?

L’agriculture tunisienne va devoir précariser beaucoup plus ses ouvriers pour aboutir à des prix concurrentiels ou bien disparaitre au profit de la concurrence étrangère.

FETHI BELAID via Getty Images

Le centrisme tunisien est un libéralisme sauvage, d’où les mobilisations sociales, les grèves contre la hausse des prix, d’où cette proposition qui revient dans le débat public, celle du libre-échange agricole: l’Accord de Libre Échange Complet et Approfondi entre la Tunisie et l’Union Européenne.

L’orchestre des trompeurs

Le centre se définit idéologiquement comme une volonté d’équilibre entre droite et gauche, entre liberté et égalité. Néanmoins, l’égalitarisme semble absent de la pratique centriste en Tunisie. L’ALECA n’est que la continuité d’une politique s’opposant à l’investissement public et à la relance de l’activité par ce dernier.  

Ainsi, le privé reste le fantasme économique du centrisme. La volonté de libérer l’espace économique d’imposition et de faciliter les IDE le démontre assez bien. La politique de dévaluation du Dinar menée avec brio par Youssef Chahed le démontre tout autant.

Néanmoins, les retombées sont loin d’être positives. La croissance n’a pas bougé et les indicateurs ont, peu ou pas, progressés depuis 2014, malgré le trio de libéraux ayant tenu le gouvernement: Mehdi Jomaa, Habib Essid et puis Youssef Chahed.

Le local à l’écart  

Mohamed Elloumi, professeur d’économie rurale, explique les dangers de l’ouverture du secteur agricole aux accords de libre-échange avec l’Union Européenne.

Main-d’œuvre familiale, soutien financier de la famille qui travaille dans d’autres secteurs et souvent, des faits divers sur la difficulté financière des agriculteurs à rémunérer leurs travailleurs ou à leur fournir du transport (comme par exemple l’accident de Sidi Bouzid).

Comment cette agriculture, déjà mise en difficulté par la concurrence des grands groupes industriels tunisiens, peut-elle faire face à l’agriculture productiviste Européenne? Une productivité agricole 7 fois plus élevé en Europe!

L’intérêt de l’Union Européenne est pourtant clair, mais celui de la Tunisie est loin de l’être.

Prenons l’exemple de l’industrie du textile qui a subi les foudres de l’accord de coopération de 1993 avec l’UE, entrée en vigueur en 1995.

Le danger est donc le même que dans tout accord de libre-échange entre deux partenaires qui ont des niveaux économiques inégaux: retrouver le marché national envahi par des produits étrangers beaucoup plus compétitifs que les produits locaux.

Précarisation

Le libéralisme inclut toujours une précarisation. Dans le cas de l’ALECA, le marché local va devoir se mettre au niveau du marché européen. Pour cela, il devra faire des économies sur ses dépenses. Les restrictions budgétaires que va subir l’agriculture tunisienne va augmenter considérablement le risque d’une hausse du chômage et des pertes d’emplois dans le secteur.

Cette accord, qui espère accroitre les IDE et solidifier la croissance tunisienne, ne va pas pour autant influer sur le déséquilibre monétaire entre l’UE et la Tunisie.  

L’agriculture tunisienne va devoir précariser beaucoup plus ses ouvriers pour aboutir à des prix concurrentiels ou bien disparaitre au profit de la concurrence étrangère. 

Ainsi, cette ouverture totale du marché est une mesure clairement ultra-libérale qui risque d’avoir des conséquences désastreuses sur les emplois agricoles et sur la production locale tunisienne.

Tout comme le textile des années 90, l’agriculture Tunisienne est mise en danger et c’est bel et bien la responsabilité politique des partis et personnalités politique se décrivant du centre.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.