MAROC
28/06/2019 16h:32 CET

Alaa Salah, icône de la révolution soudanaise: "Nous continuerons à manifester tant que notre voix n’est pas écoutée"

Le HuffPost Maroc a rencontré la jeune étudiante devenue symbole de la lutte du peuple soudanais.

Huffpost Maroc

SOUDAN - Elle est l’invitée surprise de cette édition du sommet Women in Africa. Alaa Salah, icône de la révolution soudanaise, était à Marrakech ce vendredi 28 juin, invitée par le forum. 

La jeune étudiante en architecture de 22 ans est devenue un symbole de la lutte du peuple soudanais en avril dernier, quand elle est montée sur une voiture pendant une manifestation et s’est mise à scander des chants anti-gouvernementaux. Une image de la jeune femme, toute vêtue de blanc, a fait le tour du monde et la une de la presse internationale.

Les manifestations ont eu raison du dictateur Omar Al-Bachir, renversé par un coup d’État miliaire. Cependant, malgré cette première victoire, la situation a rapidement dégénéré. Un sit-in pour la transfert du pouvoir militaire aux civils a été violemment réprimé par l’armée. Selon le Comité central des médecins soudanais, une centaine de manifestants ont été tués par l’armée. Des corps auraient même été jetés dans le Nil, pour cacher le nombre de victimes.

Malgré cette violente répression, la lutte continue pour Alaa. À l’occasion de sa venue à Marrakech, le HuffPost Maroc s’est entretenu avec elle sur la situation actuelle dans son pays, le rôle des femmes dans cette révolution, et le tournant qu’a pris sa vie depuis qu’elle est devenue l’icône de la révolution soudanaise. 

HuffPost Maroc: Qu’est ce qui a provoqué votre engagement politique?

Alaa Salah: C’est notre pays qui nous l’a exigé. Je ne suis membre d’aucun parti politique mais c’est une réponse spontanée à l’appel de mon pays. La femme soudanaise est avant tout une citoyenne du Soudan. Homme ou femme, c’est le même peuple. Elle lutte pour la liberté d’expression et d’opinion. Historiquement, la femme soudanaise a toujours lutté pour sa liberté. Son rôle a toujours été important dans cette révolution, au point qu’elle marchait côte à côte avec les hommes. 

Quelle est la situation du pays actuellement? Avez-vous eu des difficultés à venir au Maroc?

Au Soudan, il n’y a pas du tout de sécurité actuellement. L’armée s’accroche et détient entièrement le pouvoir au détriment du peuple et de sa volonté. Ce que nous revendiquons aujourd’hui, c’est que l’armée abandonne le pouvoir et qu’il soit détenu par un gouvernement civil. Ils refusent de nous donner ce que l’on exige et face à leur refus, nous sommes revenus au même niveau: à des manifestations violentes, des grèves, des sit-in et la désobéissance civile.

Personnellement, je n’ai pas eu de soucis pour quitter le pays, mais j’avoue que j’ai reçu des menaces. Mais nous continuerons à sortir manifester tant que notre voix n’est pas écoutée. Eux auront leurs armes et nous leur ferons face pacifiquement.

La situation reste très dangereuse au Soudan, le gouvernement mène des répressions par les armes dans tout le pays. Le contexte est très inquiétant, nous ne sommes pas en sécurité mais dieu nous protège. 

Comment votre vie a-t-elle changé depuis que vous êtes devenue une icône de la révolution?

J’avais une vie parfaitement normale avant la révolution. J’étudiais l’architecture à l’université. Quand les protestations ont commencé, j’ai interrompu mes études car le pouvoir a tué des étudiants, des camarades perdaient leurs vies devant les portes des universités. Face à cela, nous avons interrompu nos études. Nous n’irons pas là où le sang des martyrs a coulé. 

Aujourd’hui, les écoles ont rouvert mais nous refusons toujours de retourner dans les universités.