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21/03/2019 14h:07 CET | Actualisé 21/03/2019 14h:07 CET

Aimer la Tunisie

Parce qu’au fond, c’est cela la Tunisie, un sourire, une fleur de jasmin, la douceur, la tendresse, de la beauté qui fait chaud au cœur, la tolérance, la douceur.

Anadolu Agency via Getty Images

Nous vivons une époque tumultueuse et dangereuse. Le doute l’emporte souvent sur la raison, la peur l’emporte souvent sur la raison, la violence devient l’expression commune et les contestations qui fleurissent ici ou là, prennent de mauvaises tournures.  

Je voudrais prendre un exemple pour illustrer mon propos. Nous avons assisté ces derniers temps à des scènes d’une violence inouïe, dans un Paris outragé et violenté, également par des casseurs et des petits voyous, des factieux de l’ultra gauche ou de l’ultra droite et des gens qui se sont radicalisés, qui s’infiltrent et infiltrent ce mouvement dit des gilets jaunes et ce qu’il en reste. Des immeubles ont été incendiés dans les rues et les avenues de notre belle capitale. Des biens de la République, en province et à Paris, délibérément détruits, des commerces saccagés, volés. Devant des passants apeurés, des pavés et autres instruments contondants ont été lancés pour détruire ou blesser, des voies publiques ont été dégradées. L’Arc de Triomphe a été profané. Pourtant, ce lieu de mémoire appartient à toute la Nation, à tous ceux qui ont sacrifié leur vie justement pour défendre la Patrie et à qui nous devons notre liberté chérie. Plus largement, et de semaines en semaines, des policiers et des gendarmes ont été insultés, injuriés, blessés, agressés… Ce dont la République aurait besoin aujourd’hui, ce serait d’épancher sa peine.

Traversons la Méditerranée et voyons ce qui se passe sur l’autre rive.

Il faut entendre ce qui s’exprime. La pauvreté affecte des tunisiens: travailleurs, ouvriers, chômeurs, déclassés, agriculteurs, classe moyenne, retraités, jeunes, désœuvrés… Il est vrai que personne ne peut et ne doit douter que la vie est bien trop difficile pour ceux et celles qui ont été déclassés, qui sont défavorisés. L’injustice, l’isolement, l’abandon, la paupérisation sont insupportables ici comme ailleurs. Je pourrai écrire les mêmes mots, les mêmes phrases pour parler de la France. Dernièrement, je lisais un article qui a été publié par Jeune Afrique, le 5 mars 2019. Le constat est sévère. Taux de croissance en légère amélioration, déficit commercial record, hausse de la dette publique et chute du dinar tunisien. Le bilan économique de la Tunisie pour l’année 2018 laisse présager des difficultés auxquelles le pays fera face en 2019. Cependant, actuellement, il y a un retour sur le plan économique se matérialisant sur le secteur du tourisme notamment sur le marché français et sur un plan macroéconomique, le dinar reprend légèrement de sa valeur par rapport à l’euro, depuis quelques semaines. Ce qui pourrait inaugurer d’une éventuelle reprise.

Je ne vis pas en Tunisie, Je ne mesure peut-être pas réellement ce que sont vos difficultés. Mais, je crois comprendre qu’elles sont réelles. Ces difficultés me soucient. Tout simplement, parce que j’aime votre pays. Dans mon sang, coule du sang tunisien, si je puis parler ainsi. Ma mère, cette juive de Tunisie, y est née, elle y a vécu et a aimé ce pays. La Tunisie n’est donc pas pour moi n’importe quel pays. La Tunisie a bercé mon enfance, sans que j’ai pu y mettre le pied, avant mon adolescence.

Or, lorsque l’on regarde les difficultés qui s’amoncellent, on ne voit plus ce qui est beau. Lorsque l’on s’appesantit sur les seules difficultés (en France comme ailleurs), on se referme, on s’enferme, tout parait noir, tout parait sans la moindre issue. Le monde croule sous nos pieds. La colère pointe. Elle peut s’exprimer alors. Ce que l’on retient, c’est la colère, la vive colère, le désespoir.

La colère est mauvaise conseillère. L’exaspération doit-elle mener à de telles extrémités, que des violences puissent être commises? Qu’il faille en découdre à tous les coins de rues? Et que sont ces forces qui n’expriment que du ressentiment et de la colère? La colère, outre d’être mauvaise conseillère, n’est pas une politique.

Selon moi, la Tunisie doit être et rester un modèle de clairvoyance, de fraternité et de tolérance. À cette condition, elle sera un phare de lumière en Afrique du Nord et bien au-delà. Reste que pour être un phare, il faut avoir une image pacifiée de soi et vouloir la préserver. Il faut aussi aimer son pays. Chercher l’unité plus que la division, chercher en soi des ressources car elles existent. Croire en son pays. Je dirai la même chose pour la France. Les ressources existent, il faut croire en son pays et l’aimer. Parce qu’au fond, c’est cela la Tunisie, un sourire, une fleur de jasmin, la douceur, la tendresse, de la beauté qui fait chaud au cœur, la tolérance, la douceur. Et un peuple merveilleux. Sa plus grande richesse est là, en son peuple.

Mais mon message s’adresse aussi à la France.

Ce que l’on ne voit pas en Europe, ce sont les gens. Ce que l’on voudrait voir, c’est que nous leur parlions avec gentillesse, parce qu’ils sont proches de nous. Ce que l’on voudrait voir, c’est que l’on s’inquiète de savoir comment vivent les gens, de ce côté-ci de la Méditerranée, en Tunisie. Ce que l’on aimerait notamment lorsque l’on parle de la révolution tunisienne, c’est d’en comprendre le sens, le pourquoi et le comment. Ce que l’on aimerait, ce n’est pas simplement de savoir que les conditions économiques et sociales sont difficiles et que c’est tant pis et que c’est dommage et qu’au final, les tunisiens se débrouillent entre eux. On a/aurait d’autres choses à faire et puis l’on a aussi nos problèmes, ma pauvre dame.

Ce que l’on ne comprend pas bien c’est que les tremblements de terre et les tsunamis ne s’arrêtent pas à la frontière. Lorsque la mer est déchaînée, les vagues ne connaissent pas de frontière. Lorsqu’un volcan entre en éruption, ses cendres se déversent partout. C’est un peu comme cela, en vérité. Les séismes politiques qui affectent le Maghreb peuvent nous affecter directement. Les difficultés économiques entraîneront des difficultés politiques qui entraineront des vagues de protestation, des instabilités chroniques. Les détresses économiques et le chômage vont susciter des désespérances telles que les flux de migrants vont grossir, les passeurs s’enrichir et la Méditerranée être une tombe. En Europe, vous savez, on n’aime pas trop les immigrés. On ne veut pas les voir débarquer. A plus d’un titre. Nous fûmes une puissance occupante et la Tunisie, un protectorat. Ne l’oublions, tout de même pas. Le peuple tunisien est un peuple ami, ne l’oublions pas. L’amitié n’est pas un dû, elle se gagne en gage d’amitié. Les relations bilatérales sont bonnes ? Alors, développons-les. Pourquoi se contenter du peu ou du pas assez L’économie tunisienne a besoin d’être boostée, alors aidons-là.

Le peuple tunisien n’est pas seul. Nous sommes vos frères et sœurs. Mais, pour croire en vous, il faut que vous croyez en vous aussi. L’amour est un partage qui doit nous unir, des deux rives de la Méditerranée.

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