MAROC
06/12/2018 17h:44 CET

Agnès Varda: "Quand j'ai commencé, je n'avais aucune connaissance et pas un sou"

L'artiste est venue discuter de son parcours avec le public du Festival international du film de Marrakech.

FIFM

FIFM - Le Festival international du film de Marrakech (FIFM) est revenu après un an d’absence avec son lot de nouveautés. Parmi elles, des sessions intitulées “Conversation with”, des entretiens avec les plus grands noms du cinéma. Après Robert De Niro, Martin Scorsese ou encore Guillermo Del Toro, la réalisatrice, scénariste, actrice, photographe et plasticienne Agnès Varda a rencontré son public mardi 4 décembre.

C’est avec la réalisatrice marocaine Narjiss Nejjar que cette figure du cinéma, primée de nombreuses fois (Lion d’or au Festival de Venise, Palme d’or d’honneur au Festival de Cannes, Oscar d’honneur...) s’est prêtée au jeu. Ses débuts, la photographie, son rapport aux gens, sa vision du métier... Pendant près d’une heure, elle a abordé tous les sujets devant une salle bien remplie.

“Je suis ravie d’être là. Je suis toujours très contente quand on me demande de parler de mon travail. J’ai commencé à 20 ans, j’en ai aujourd’hui 90”, raconte Agnès Varda, sous mille applaudissements. 

Les débuts dans la photographie

Devenue une icône internationale, Agnès Varda raconte ses débuts et sa découverte de la photographie. “Je n’aimais pas les études et je ne voulais pas passer d’examen donc j’ai fait ce que je pouvais”, raconte la réalisatrice. Elle trouve alors un travail aux Galeries Lafayette, “du 15 novembre au 5 janvier”, précise-t-elle. “Je devais amener les enfants prendre des photos avec le Père Noël, on en faisait environ 400 par jour”.

Elle s’intéresse alors à la photo: quelque chose qu’elle pouvait faire elle-même, sans diplôme. “J’ai commencé avec des photos de mariage. Avec mon amie, on allait photographier les mariés la matinée. On les développait dans mon laboratoire et on les agrandissait pour pouvoir les proposer aux convives avant la fin du repas. Un mariage, ça remplissait le frigo pendant un mois.” 

A cette époque, Agnès Varda ne pensait pas encore au cinéma. C’est venu tout seul, quand elle a écrit le scénario de son premier film en 1953, “La pointe courte”. Elle avait 28 ans. “Les idées du scénario sont venues après ma rencontre avec des pêcheurs dans un petit quartier. Je n’avais aucune connaissance pour le produire. Je l’ai créé comme j’imaginais le cinéma.”

Les débuts seront difficiles. Elle n’a pas un sou en poche et fait avec les moyens du bord. Mais au tournage du tout premier plan, au moment de dire “action”, c’est l’évidence. “Je me suis dit: c’est ça que je veux faire de ma vie. On ne naît pas cinéaste, souligne la réalisatrice, on le devient”. 

“Inspiration, création, partage”

Après avoir montré quelques-uns de ses courts-métrages, Agnès Varda donne sa définition du 7ème art. “Trois mots: inspiration, création et partage”, confie la réalisatrice.

L’inspiration, c’est ce qui nous pousse à faire le film. “Elle peut naître du hasard ou de l’imagination”. La création, elle, se rattache à la manière dont on fait le film, son montage, une étape particulièrement importante pour Agnès. Enfin, le partage. “Je pense tout le temps aux gens qui vont voir le film. Il y a un dénominateur commun dans chaque scénario que j’écris, une partie que tout le monde peut comprendre, ressentir (un départ, des enfants...). Pour le reste, je dessine des petits sentiers à suivre ou à ne pas suivre selon la sensibilité, l’âge ou la culture du public”. 

Curieuse depuis toujours, elle dépeint la réalité de ce qu’elle voit depuis “La pointe courte”. Comme dans “Sans toit ni loi” (1985), qui suit une jeune fille rebelle et sans-abris. Cette histoire est née après ses rencontres avec les “roublards” qu’elle trouvait sur la route et qu’elle prenait avec elle pour un bout de chemin. 

Pour son nouveau projet, “Visages villages”, même son de cloche. Avec l’artiste contemporain JR, “on avait ce même désir de rencontrer les gens et de les mettre en valeur”. A bord du camion photographique de l’artiste, le duo a sillonné la France à la rencontre des villageois, de la “France profonde et travailleuse”. “Il faut qu’on arrête de croire que les gens connus sont plus importants que les autres”, souligne la réalisatrice. 

Après une heure d’entretien, le public, composé en grande partie d’étudiants en cinéma, demande des conseils à Agnès Varda.

“Je n’ai aucun conseil à vous donner. Par expérience, je peux juste vous dire que, pour moi, la curiosité et l’amour des autres sont des choses importantes. Le montage compte aussi beaucoup, il permet de rendre les choses plus claires. Mais, encore une fois, ça dépend de ce qu’on ressent. Il faut surtout aimer faire ce métier”.