MAROC
04/12/2018 21h:36 CET | Actualisé 05/12/2018 09h:34 CET

Agnès Varda: "J'ai toujours rencontré un public marocain plutôt sympathique et ouvert à mon cinéma"

"Les acteurs m’intimident, je suis moins intimidée avec les vraies personnes."

EFE

CINEMA - Agnès Varda est une conteuse née. Elle l’a encore prouvé lors d’un rendez-vous avec la presse, quelques heures avant de recevoir, dimanche, l’Étoile d’Or au FIFM.  “C’est pour moi, tout ça”, s’exclame avec humour Agnès Varda en voyant devant elle les portables et enregistreurs. Durant cet entretien, la cinéaste est revenue sur sa relation au Maroc, ses films, et pourquoi elle a renoncé aux films de fiction. “J’ai arrêté la fiction à la fin du siècle dernier. J’ai découvert les petites caméras et j’ai beaucoup filmé moi-même”. 

“On n’avait pas d’argent et on était très content”

Agnès Varda découvre le Maroc en 1951. “C’était au Club Med, qui avait un magnifique endroit tout prêt et c’était à l’époque fait par des artisans, avec des salles de bain en mosaïque qui mettaient en valeur ce que le Maroc a, entre autres, un artisanat magnifique. Donc j’ai connu ça de façon un peu bête, touristique”, partage la réalisatrice.

Elle reviendra plusieurs fois au Maroc présenter ses films, en compagnie de son défunt époux, le cinéaste Jacques Demy, ou Jane Birkin, une de ses actrices fétiches. “Je suis venue avec Jacques Demy parce qu’ils nous ont demandé de présenter ‘Lola’, son premier film et le mien ‘Cleo de 5 à 7’. À l’époque, on n’avait pas d’argent et on était très content”.

“Depuis, je suis venue plusieurs fois”, poursuit-elle, “parfois invitée par des Marocains, d’autres fois par des services culturels français. J’ai été aussi avec Jane Birkin dans une ville balnéaire du nord. J’ai toujours rencontré un public Marocain plutôt sympathique et ouvert à mon cinéma”.

“Il faut de donner de l’importance aux gens normaux ”

Du haut de ses 90 ans, Agnès Varda continue de travailler avec ses documentaires et installations artistiques. En 2017, le documentaire “Visages Villages”, réalisé avec le photographe JR, leur a valu une nomination aux Oscars.“Tu n’as pas le droit de parler de “Visages Villages” toute seule, mon avocat te l’interdis”, la taquine JR, son comparse de 55 ans son benjamin, après s’être joint à la table ronde. Une collaboration qui s’est transformée en amitié entre les deux artistes.

“On est partis tous les deux avec son camion. Il a appris aux gens à aimer leur représentation. On en a marre des beautés qui nous vendent des produits, des valises, de ces stars en pleine page. Nous, on pensait que le facteur du village pouvait être fier de son image.” 

Car les personnes “normales” sont les principales sources d’inspiration d’Agnès Varda. “Il faut de donner de l’importance aux gens normaux”, insiste-t-elle. “J’adore de Niro et je sais qu’il a un peu d’amitié pour moi, mais les acteurs m’intimident, je suis moins intimidée avec les vraies personnes”, confie-t-elle encore.

 “On me traite comme une princesse et c’est un peu exagéré, mais j’accepte complètement”

La réalisatrice se dit être “une privilégiée”, face a la réalité de ses sujets fétiches. “Je suis très bien accueillie au Maroc alors que c’est un moment difficile pour les Marocains et les Français. On me traite comme une princesse et c’est un peu exagéré mais j’accepte complètement”.

“J’ai fait par exemple ‘Les glaneurs et la glaneuse et la glaneuse’, sur les gens qui mangent ce que nous jetons. Il y’a donc tout le temps ce paradoxe: on nous traite bien quand on fait du cinéma et je présente des films où on parle de gens qui vivent de façon très simple”, analyse-t-elle, lucide. Quelques heures plus tard, la cinéaste laissera place aux paillettes, et à l’or de l’Étoile qui lui sera remise pour lui rendre hommage.