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10/09/2019 10h:24 CET | Actualisé 10/09/2019 10h:24 CET

Afrique, France, Maghreb et Maroc dans le débat entre les candidats tunisiens à la présidence

Le débat télévisé "a permis aux candidats de préciser (...) leurs visions en matière de gouvernance institutionnelle, de diplomatie et d’autres sujets sociétaux vitaux".

- via Getty Images
Débat télévisé entre les candidats à la présidence de la République tunisienne le 7 septembre 2019.

POLITIQUE - Les Tunisiens aiment les premières. Après avoir été les lanceurs dudit “Printemps arabe”, ils sont une fois de plus fiers d’être les premiers à entreprendre cet acte médiatico-politique inédit en monde arabe et africain qu’est le débat télévisé organisé entre les 26 candidats à la présidence de la République, ou du moins ceux qui ont pu ou voulu y participer. Un show, sur le modèle français, qui a permis, moyennant aux candidats questions-réponses, de préciser, de manière strictement policée, leurs visions en matière de gouvernance institutionnelle, de diplomatie et d’autres sujets sociétaux vitaux.

Ont émergé les priorités tunisiennes du moment, au même titre que l’ont été des différences d’envergure et de potentiels entre les candidats. Mais de quoi déceler, in fine, une entente quasi-générale entre les candidats sur l’essentiel. La sécurité nationale, l’économie et ses équilibres fondamentaux comme priorité absolue, la consolidation des institutions, la résorption des équilibres régionaux et la dynamisation du local, la réforme de la justice et le resserrement du lien social, sont cités parmi les principaux objectifs à atteindre. Un magazine français proche rajoute la nécessité de sortie du pays de la liste noire du Groupe d’Action Financière-GAFI. Chacun des candidats y est, en outre, allé de ses promesses. Il s’agit, notamment, de revoir le système de représentativité nationale, créer un conseil de sécurité nationale, mettre en œuvre un pacte social contre la pauvreté, consolider la réconciliation nationale, vaincre la corruption, réformer l’éducation, restructurer la diplomatie en général et la diplomatie économique en particulier, et même rétablir le régime présidentiel, etc.

Dans le débat, le représentant de la mouvance islamiste, très attendu, a semblé vouloir surtout rassurer. Son courant politique a semble-t-il retenu le message populaire. Il fait profil bas, et lance dans la mêlée un candidat, certes connu, mais qui ne semble pas présenter beaucoup d’atouts en termes d’âge et d’idées novatrices … Comme si le mouvement ne veut (ou ne doit?) pas vraiment être dans la course à la présidence, préférant rester en retrait pour ne pas dilapider le reliquat de sympathie qui lui reste après une participation non convaincante à l’exercice du pouvoir. Surtout en ce moment tunisien où la sécurité, le terrorisme, l’émigration sont des chapitres saillants du débat politique.

Les relations avec la France ont retenu l’attention de tous. Un rare vif échange a même eu lieu entre deux candidats ayant des points de vue opposés sur la question. De manière générale, la sensibilité du sujet est apparente, mais le pragmatisme est privilégié. 1200 entreprises françaises opérant en Tunisie, 50% des exportations tunisiennes écoulées en France, une forte diaspora, des flux de transferts de devises… autant d’arguments qui incitent à la modération et qui tranquillisent sur la continuité des bonnes relations entre les deux pays. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le lancement de la campagne présidentielle d’un des candidats en vue ait été fait en France. 

Quant au Maghreb, il ne semble pas être une priorité majeure. Entre les intérêts nationaux hyper-privilégiés et le pragmatisme là encore, la majorité des candidats rétrécissent le Maghreb à la nécessité impérieuse d’une grande complémentarité économique avec l’Algérie et d’une sécurisation et d’un renforcement des relations avec la Libye. Un des candidats précise même que le Hirak algérien aboutira à un deal à la tunisienne, et que le couple Tunisie-Algérie sera alors La puissance d’Afrique du Nord.

La notion de hub eurafricain, élargi par un candidat à… l’Amérique, est sur toutes les langues. Un des candidats les plus motivés au sujet des relations avec l’Afrique subsaharienne est allé jusqu’à utiliser le terme de “conquête” de l’Afrique!

Quant au Maroc, il n’a pas particulièrement été dans les bouches des candidats, dont seuls quatre l’ont nommément cité. Le Maroc est certainement plus dans les cœurs des Tunisiens. Exactement comme le sont les Tunisiens dans les cœurs des Marocains.

Aucun bouleversement en somme n’est attendu, sauf surprise majeure. Les candidats de la continuité semblent les mieux placés. Le candidat chouchou des sondages est hors course, empêtré dans une affaire de justice. Quant aux candidats portant des idées “révolutionnaires”, ils n’ont pas vraiment de chance d’entrer au Palais de Carthage. Pas plus que les femmes, dont deux les représentent à la candidature suprême. Elles représentent, pourtant, en nombre, le plus grand contingent de votants. Elles auront leur mot à dire.