LES BLOGS
05/02/2019 10h:06 CET | Actualisé 05/02/2019 10h:06 CET

Affirmations du ministre de la Santé sur la grippe H1N1: Une rectification s'impose

"En se voulant rassurant, le ministre est passé à l’autre extrême."

Capture d'écran/2M

SANTÉ - Des informations relatant des cas de décès dus à une des souches saisonnières du virus grippal H1N1 ont récemment circulé sur les médias et réseaux sociaux marocains. Certains proches des victimes n’ont pas hésité à pointer du doigt le manque de prise en charge adéquat et rapide et même engager la responsabilité du ministère de la Santé. Ces évènements ont suscité la réaction du ministère au plus haut niveau, à savoir le ministre de la Santé, M. Anass Doukkali.

Avant d’aller plus loin, clarifions un point capital. Depuis une dizaine d’années déjà, il n’y a plus lieu de parler de “grippe porcine”. Le virus H1N1, apparu initialement au Mexique en 2009, est devenu rapidement une souche circulant de manière saisonnière, se transmettant directement entre les humains et ayant une virulence comparable à celle des autres souches saisonnières classiques de type A du virus de la grippe. Cela a été rappelé à très juste titre par M. Doukkali lors de son intervention au journal d’information de 2M le 30 janvier. L’utilisation du terme “porcine” par les médias et proches des victimes n’est donc pas pertinent et est complètement dépassé. Elle ne fait que renvoyer vers une crainte mondiale de pandémie en 2009 qui, heureusement, s’est avérée infiniment moins grave que d’autres pandémies grippales antérieures.

Par contre, ce qui a beaucoup surpris dans l’intervention de M. le ministre, c’est son affirmation, sans nuance aucune, que la souche H1N1, je cite, “ne présente aucun danger pour la santé des citoyens” (6ème minute de la vidéo du journal de 2M ci-dessus). Cela est bien sûr inexact voire dangereux. En effet, et comme rappelé plus haut, si le virus H1N1, devenu saisonnier, présente globalement une virulence comparable aux souches grippales saisonnières de type A, le virus de la grippe en général, y compris H1N1, représente une menace pour la santé, voire la vie pour certaines catégories de citoyens, menace qui devrait être prise au sérieux par tous les acteurs.

L’OMS estime qu’environ 650.000 décès chaque année à l’échelle planétaire sont liés au virus de la grippe. Rien qu’en France, lors de la saison hivernale 2017-2018, 17.900 décès ont été recensés comme étant causés par la grippe. Environ 80% des décès liés à la grippe concernent des personnes âgées de plus de 65 ans. Pendant ce temps, des confirmations surprenantes, selon lesquelles aucun lien n’existe entre le virus de la grippe et une possible mortalité de personnes infectées en général, soutenues par M. Doukkali lors de la réunion consacrée au bilan 2018 du ministère de la Santé à Casablanca, ont pu être entendues!

En essayant de lutter contre une pagaille médiatique, certes complètement biaisée et insistant maladroitement sur le terme “grippe porcine”, en se voulant rassurant, le ministre est passé à l’autre extrême. Affirmer que le virus grippal H1N1 n’est pas dangereux pour la santé ou même nier le lien établi entre certains décès et ce virus est maladroit et dangereux. N’aurait-il pas été plus adéquat, précis et efficace de communiquer que H1N1, bien que devenu comme toutes les souches saisonnières du virus grippal, reste une menace pour la santé et que dans le monde entier, y compris les pays riches, le virus de la grippe tue directement ou indirectement, chaque année, un certain nombre de personnes infectées, en grande majorité les catégories vulnérables?

Les regrettables décès de ces patients faisant partie des catégories vulnérables, même s’ils étaient établis comme dus au virus H1N1, ne sont pas des cas isolés et des centaines de milliers de personnes dans le monde seraient décédées rien qu’en cette saison de ce virus. Il n’y a aucune incompatibilité entre être rassurant d’un côté et précis et factuel de l’autre. Vouloir rassurer en niant des vérités médicales et scientifiques établies nous semble maladroit comme stratégie et risque d’induire l’effet inverse en suscitant une méfiance générale du citoyen vis-à-vis du discours des autorités de la santé.

Il serait opportun d’asseoir une communication claire et transparente de la part des autorités de la santé. Le ministre pourrait apporter plus de clarté dans ses propos au citoyen et, mieux encore, encourager une communication continue par les experts scientifiques et médicaux.