MAGHREB
19/12/2015 18h:04 CET | Actualisé 20/12/2015 14h:48 CET

Une affiche d'une campagne du Front populaire contre l'endettement de la Tunisie fait polémique

front populaire

Une campagne d'affichage du Front populaire, appelant à la suppression de la dette odieuse de l'Etat tunisien, fait polémique depuis son lancement le 17 décembre. Un slogan utilisé dans l'une des affiches: "Ni Dieu ni le prophète n'acceptent l'usure", a été vivement critiquée sur les réseaux sociaux pour sa référence religieuse.

Intitulée Nous sommes prioritaires pour utiliser notre argent, la campagne a démarré à une date symbolique: La journée de célébration du 5ème anniversaire de la révolution. Le Front populaire y appelle à un audit sur la dette tunisienne, afin de tracer l'utilisation de l'argent des prêts contractés par la Tunisie sous le régime de Bourguiba, de Ben Ali et après la révolution.

"Nous demandons à connaitre la vérité qui est un droit démocratique essentiel", a commenté le député Front populaire, Fathi Chamkhi qui propose de former un comité constitutionnel au sein de l'Assemblée, examinant tous les contrats de prêts depuis juillet 1986.

Les affiches montrent des personnes sur leur lieu de travail: Un épicier, un marchand ambulant, une enseignante, un maçon...À chaque fois, une courte citation critiquant le surendettement, exprime le point de vue de chaque personne à propos du modèle de développement tunisien. L'une de ces citations, attribuée à un coiffeur portant une barbe et considérant l'usure (le fait de prêter l'argent avec un taux d'intérêt) comme contraire aux lois de "Dieu et son prophète", a mis le feu aux poudres.

Plusieurs internautes ont en effet interpelé la coalition de Hamma Hamami, regroupant entre autres des partis communistes, socialistes, sociaux-démocrates et nationalistes, en lui reprochant l'utilisation d'une référence qu'ils ont jugée contraire aux principes "de gauche":

"Dire que je vous avais pris pour un parti de gauche ! C'est ça votre argumentaire pour dénoncer l'endettement!", a commenté Monia Haliwi, une internaute sur une page Facebook du Front populaire.

D'autres ont fustigé "la démagogie" d'un tel procédé, ainsi qu'un effacement des frontières idéologiques entre islamisme et gauche:

"Contrairement à beaucoup de gens, la barbe ne me pose pas de problème. Je considère cela comme un pas vers la lutte contre les stéréotypes et les idées reçues. Mais quand vous mettez un slogan disant 'Ni Dieu ni le prophète n'acceptent l'usure', quelle différence y-a-t-il entre vous et les charlatans ou les marchands de religion qui font de la démagogie avec des mensonges et des contre-vérités", s'est interrogé le chroniqueur Haythem El Mekky.

Certains sur Twitter ont préféré ironiser sur la réaction des sympathisants du Front populaire face à cette campagne:

Contacté par le HuffPost Tunisie, Jalloul Azzouna, secrétaire général du Parti populaire pour la liberté et le progrès, une formation faisant partie de la coalition du "Front populaire", a défendu l'affiche controversée:

"Nous sommes musulmans et arabes. Pourquoi sortir de notre peau? Tout le monde peut appartenir au Front populaire, même les gens qui ont une référence religieuse", a-t-il dit.

Concernant les accusations "d'islamisation" du discours du Front populaire, M. Azzouna explique que les photos représentent toutes les franges de la population avec tous les genres de discours qui peuvent en émerger:

"La personne représentée sur la photo peut très bien être un militant du Front populaire, malgré l'image qu'on veut donner de nous", a-t-il affirmé.

La campagne du Front populaire vise à sensibiliser la population sur les dettes contractées par une dictature ou un régime corrompu, servant à financer des actions de l'Etat contre l'intérêt des citoyens. Faisant appel à plusieurs spécialistes nationaux et internationaux de la question de la dette du tiers-monde, elle se poursuivra jusqu'au 17 janvier dans 14 villes tunisiennes.

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