MAROC
25/04/2019 17h:16 CET | Actualisé 30/04/2019 10h:01 CET

Affaire Tariq Ramadan: Une des plaignantes, Mounia Rabbouj, dite "Marie", sort à nouveau du silence

D'origine marocaine, elle confie pouvoir abandonner sa plainte contre l'islamologue suisse.

ASSOCIATED PRESS

JUSTICE - Elle est la troisième femme a avoir déposé une plainte contre Tariq Ramadan. Mounia Rabbouj, connue du grand public sous le pseudonyme “Marie”, est sortie à nouveau du silence dans un entretien accordé à GQ France. Elle y révèle n’avoir jamais voulu porter plainte pour viol contre l’islamologue suisse et se dit prête à lui pardonner s’il s’excuse pour les violences commises sur elle. 

Si elle s’était déjà exprimée dans la presse, souvent par le biais de ses avocats, et sur les ondes d’Europe 1, Mounia Rabbouj, d’origine marocaine, est décrite comme une femme d’une quarantaine d’années à la silhouette longiligne, et fait l’objet, pour la première fois, d’un long portrait dans un média français. “Celle par qui le scandale arrive”, titre GQ, qui s’est entretenu avec celle qui a rejoint les premières plaignantes visant Tariq Ramadan. Depuis le début de l’affaire, elle se protégeait derrière le prénom “Marie” mais a choisi de mettre fin à son anonymat et revenir sur ses accusations.

Dans la chronologie des faits, elle est la troisième femme à accuser Tariq Ramadan de viol, après l’ancienne salafiste repentie Henda Ayari, et “Christelle”. A la police et aux médias, elle déclare dans ses témoignages avoir subi une relation sexuelle particulièrement “humiliante et violente”, similaire à celles décrites par “Christelle” et vécu avec le théologien une histoire toxique étalée sur plusieurs mois, de février 2013 à juin 2014. Après avoir gardé le silence pendant plusieurs années, elle affirmait à l’Express en mars dernier, avoir choisi d’accuser publiquement l’islamologue après avoir vu “Henda Ayari, première femme à avoir porté plainte contre Tariq Ramadan, s’exprimer publiquement et à visage découvert dans les médias”.

Elle affirmait notamment dans son témoignage que Tariq Ramadan menaçait de divulguer son passé d’escort girl, cette dernière ayant notamment été “citée dans le dossier de l’affaire du Carlton”. “On peut être escort girl et être violée”, déclarait-elle. Leur relation prend fin après un énième rapport violent durant lequel Marie affirme avoir “cru (qu’elle) allait mourir”. 

Viol ou pas viol? 

Une fois ses accusations publiées dans la presse, Mounia Rabbouj assène un coup de grâce à la défense de Ramadan en fournissant aux enquêteurs une petite robe noire lui appartenant tachée du sperme de ce dernier. Une première dans l’affaire puisque aucune des présumées victimes n’était en mesure de fournir une preuve matérielle à la police et contredire la version de Tariq Ramadan qui niait alors avoir eu des relations sexuelles avec les accusatrices. 

Cette pièce à conviction porte ainsi la trace de neuf viols dont elle se dit victime lors d’une rencontre avec l’islamologue à l’hôtel Hermitage Gantois de Lille, le 2 juin 2013. “Dès que je suis entrée dans la chambre, il m’a jetée sur le lit et on a eu un rapport sexuel. Je portais ma robe. Après m’avoir pénétrée, il a éjaculé sur celle-ci”, avait-elle ­détaillé aux policiers, le 20 mars 2018. En plus de l’ADN de Ramadan sur son vêtement, conservé dans un sac en plastique et caché dans un coffre à jouets pendant quatre ans, selon GQ, elle avait également fourni aux enquêteurs des centaines de messages, photos et vidéos à caractère pornographique échangés sur WhatsApp et qui prouvent une relation suivie avec Tariq Ramadan, précise GQ.

Mais dans le long entretien accordé au média, elle affirme pourtant n’avoir jamais voulu porter plainte pour viol mais seulement dénoncer l’emprise violente du Suisse. “Je ne portais pas à la base plainte pour viol, et lui l’a transformé en viols”. Le “lui” dont il est question est son ancien avocat, Francis Szpiner, qui défend également Henda Ayari, révèle le magazine auquel elle dit avoir été victime d’“instrumentalisation”. “Moi, je voulais dénoncer des faits, lui, il voulait détruire un homme. Ce n’était pas ma démarche, déclare-t-elle à GQ (...) J’ai dit à Maître Szpiner que je voulais dénoncer les violences que Tariq Ramadan m’a fait subir, mais petit à petit, après des heures dans son bureau, c’est devenu une plainte pour viol. Dès ma première audition chez la juge, je me suis sentie mal à l’aise, ce n’était pas mes mots”. 

“S’il s’excusait, je pourrais retirer ma plainte” 

Aujourd’hui, Mounia Rabbouj semble vouloir en finir avec cette affaire, sa plainte n’ayant toujours pas fait l’objet d’une mise en examen de Tariq Ramadan. Après une phase offensive, elle souhaite abandonner la procédure et pourrait être à nouveau entendue par la justice. “J’aimerais être confrontée à Tariq Ramadan. S’il s’excusait, je pourrais retirer ma plainte. Je veux qu’il admette qu’il m’a humiliée, que c’étaient ses jeux, pas les miens”, confie-t-elle à GQ. 

La défense de ce dernier a déposé plainte le 22 février février pour dénonciation calomnieuse contre elle, Henda Ayari et “Christelle”. Des échanges et SMS des deux autres accusatrices avec Tariq Ramadan ont refait surface, prouvant qu’elles sont restées en contact avec le prédicateur musulman après les faits dénoncés. De plus, les avocats de Tariq ­Ramadan disposent d’échanges de SMS et de vidéos troublants entre l’islamologue et Mounia Rabbouj, dont certains datés de quelques heures après les viols ­présumés, où elle se dit amoureuse, précise la même source. 

Ces éléments en faveur de Tariq Ramadan, sorti de prison en novembre 2018 après neuf mois de détention provisoire, ne vont toutefois pas le tirer d’affaire aussi vite puisque la justice a rejeté, le 14 mars dernier, la levée des deux inculpations pour viol que son avocat, Maître Marsigny, réclamait.

Qui est Mounia Rabbouj?

Dans le portrait que dresse GQ, Mounia Rabbouj aka “Marie” est dépeinte comme une femme de 46 ans avec des penchants pour le sado-masochisme et qui traine un passé sulfureux d’escort-girl. On y apprend notamment qu’elle est mère de deux enfants de 21 et 11 ans, qu’elle a arrêté l’école en seconde, ce qui ne l’empêche pas d’être particulièrement intelligente, selon des expertises psychiatriques réalisées lors des enquêtes. 

D’origine marocaine, Mounia Rabbouj n’a pas eu une enfance heureuse et tranquille à Tourcoing, où elle a été élevée par sa mère analphabète dans un milieu modeste et attaché aux traditions culturelles, souligne GQ. Septième d’une fratrie de neufs enfants, elle dit avoir été victimes d’attouchements puis de viols, à l’adolescence, par l’un de ses frères. Elle se confie alors à sa grande soeur, S., qui vit en Angleterre où Mounia ira à ses 18 ans la rejoindre. Ce sera le point de départ de ses aventures d’escort-girl, manipulée par sa grande soeur qui la jette dans les bras d’hommes fortunés, révèle-t-elle à GQ. Après avoir sillonné le monde pour des passes tarifées, elle rencontre le père de sa fille en 1995, coupe les ponts avec sa famille et met fin à ses activités... avant de les reprendre en 2003 par manque d’argent. 

C’est ainsi qu’elle se retrouvera, en 2011, mêlée à l’affaire du Carlton, un scandal sexuel impliquant des personnalités politiques dont l’ex-patron du FMI, Dominique Strauss-Khahn. Elle était déjà “Marie” à l’époque dans le dossier de l’affaire et l’une des deux prostituées accusant DSK de proxénétisme. Très impliquée dans l’affaire, elle a été un élément clé pour désarmer la défense avec ses nombreux témoignages et les informations précises qu’elle a fournies aux autorités. Des éléments qui n’ont toutefois pas permis d’inculper DSK qui a été relaxé par la justice en 2015. 

Après deux gros scandales très médiatisés, Mounia Rabbouj semble chercher la paix et vouloir s’éloigner des affaires judiciaires et des violences, après avoir été agressée en mars dernier par des hommes cagoulés suite à sa plainte contre Tariq Ramadan. Sur son compte instagram, elle se définit comme une “photographe freelance” et poste des clichés de voyages au Maroc, d’animaux et de nature où viennent parfois se glisser quelques selfies. Une vie ordinaire, ou presque... en attendant le prochain chapitre de l’affaire.