MAROC
15/07/2018 11h:19 CET | Actualisé 16/07/2018 12h:21 CET

Affaire Tariq Ramadan: Mobilisation dans 25 villes du monde en soutien à l'islamologue suisse

Pour dénoncer des "conditions de détention inhumaines et injustes".

GEOFFROY VAN DER HASSELT via Getty Images

MANIFESTATIONS - De New York au Sri Lanka, en passant par Londres, Sao Paulo, Dakar, Paris et Rabat, entre autres... Les ambassades de France aux quatre coins du monde seront, mardi 17 juillet, le théâtre de manifestations de soutien à Tariq Ramadan, pour dénoncer “le traitement injuste et inhumain” dont serait victime le Suisse de 55 ans par les autorités françaises qui le maintiennent en détention. 

La comité français de la campagne #FreeTariqRamadan est à l’origine de ce “International day of action”, co-organisé avec l’appui du comité canadien Due Process Tariq Ramadan. “Nous allons, durant cette journée, dénoncer le traitement dont il est victime. Partout dans le monde, des gens s’interrogent, sont révoltés par ce qu’il subit et par le traitement de la justice française qui refuse de lui accorder une présomption d’innocence”, explique au HuffPost Maroc, Maryam Ramadan, fille aînée de l’islamologue suisse.

Soutien indéfectible à son père depuis les premières plaintes pour viols et agressions sexuelles dont il est accusé, Maryam Ramadan est catégorique: les droits fondamentaux de son père sont “bafoués”. Ainsi, devant les ambassades et consulats, les membres des comités vont remettre aux ambassadeurs et corps diplomatiques français plusieurs documents, à savoir une lettre écrite pour justifier la prise de position de #FreeTariqRamadan, la lettre ouverte signée par près de 100 personnalités internationales, et une pétition en ligne qui a récolté plus de 150.000 signatures. En France, l’action aura lieu devant la prison de Fresnes. “Il est temps de montrer qu’il y a un soutien massif, dans le calme et le respect”, précise-t-elle.

Pour elle, et pour les milliers de partisans du théologien, les conditions de la détention ne seraient ni respectées, ni compatibles avec l’état de santé de Ramadan, bien qu’une expertise médicale ait confirmé en février dernier que sa sclérose en plaque de n’empêchait pas son maintien en prison.

Une santé fragile et des troubles de la mémoire  

“Nous lui rendons visite trois fois par semaine et remarquons tous que son état se détériore. Il a eu, récemment, un rendez-vous avec un neurologue à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, alors qu’il n’en a pas eu pendant près de trois mois. A l’hôpital pénitencier de Fresnes, il est suivi par un médecin qui n’est pas spécialiste de la maladie dont il souffre”, affirme Maryam, qui ajoute que le petit-fils du fondateur des Frères musulmans aurait en quelques mois perdu 11 kilos, serait atteint de troubles de la mémoire et de la concentration, ne dormirait que deux heures par nuit et marcherait avec un déambulateur. 

Lors de la première audience devant les juges, le 5 juin dernier, l’avocat Emmanuel Marsigny a mis en avant, dans le dossier judiciaire, la fébrilité et les problèmes de santé de son client. “C’était une grosse partie du dossier car nous dénonçons le fait qu’il ne reçoive pas tous les traitements nécessaires à sa maladie. Il n’a pas toujours ses 4 rendez-vous chez le kinésithérapeute alors que c’était une des conditions validées par les autorités françaises”, poursuit la jeune femme. Après son passage de trois semaines à l’hôpital parisien, elle indique que son père a regagné Fresnes, après plusieurs expertises. 

Confrontations avec les présumées victimes

Outre la santé, le clan Ramadan et son avocat pointent du doigts les investigations et la détention qui se poursuivent alors que des éléments sont à décharge dans l’affaire, selon Maryam Ramadan. Estimant que “les accusations s’effondrent”, Me Marsigny avait assuré devant les juges, le 5 juin dernier, que cette détention ne présente “aucun intérêt pour les investigations”.

Les manifestations prendront part la veille d’une prochaine série d’auditions, les 18 et 19 juillet prochains, où le Suisse confrontera pour la première fois ses présumées victimes. “Nous sommes satisfaits que les confrontations aient enfin lieu, car nous les attendions depuis plusieurs mois”, ajoute la fille Ramadan. En effet, la justice française avait précisé qu’en cas de non confrontations avec les plaignantes, Tariq Ramadan ne pourrait bénéficier d’une remise en liberté. “Mon père n’a toutefois pas pu préparer sa défense car il n’a pas accès à son dossier judiciaire et n’a aucune idée de qu’il confrontera lors de ces audiences. C’est ce que nous reprochons aux autorités françaises, elles ne nous informent jamais, on subit avec elles. On en souffre psychologiquement, surtout mon père”, conclut-elle. 

Les 18 et 19 juillet prochains, Tariq Ramadan pourrait ainsi confronter la salafiste repentie tunisienne Henda Ayari, Christelle, une femme convertie à l’Islam et souffrant d’un handicap aux jambes et Mounia Rabbouj connue sous le nom de Marie, ancienne escort-girl impliquée dans l’affaire du Carlton aux côtés de Dominique Strauss-Kahn et qui a donné comme pièce à expertiser une robe qui serait tachée du sperme de Ramadan.