MAROC
19/07/2018 14h:52 CET

Affaire Tariq Ramadan: la version de Henda Ayari s'effondre avant sa confrontation avec l'islamologue suisse

Le soir où elle assure avoir été violée, Henda Ayari se trouvait au mariage de son frère.

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JUSTICE - Alors que la confrontation qui devait se dérouler le 18 juillet avec “Christelle” a été annulée, la seconde plaignante dans l’affaire Tariq Ramadan étant malade, l’islamologue confronte ce jeudi 19 juillet au Palais de justice de Paris, Henda Ayari, première plaignante dans l’affaire de viols dont il est accusé. L’ancienne salafiste repentie devenue militante féministe et laïque, qui a modifié à deux reprises ses dépositions et finalement affirmé avoir été violée le 26 mai 2012 par l’islamologue suisse, voit sa version des faits mise à mal par plusieurs éléments objectifs d’enquête de la brigade criminelle de la police judiciaire parisienne. 

Dans un article paru ce jeudi, Le Point révèle, en exclusivité, que les magistrats disposent désormais de plusieurs éléments recueillis par les enquêteurs de la brigade criminelle de la police judiciaire parisienne, en charge des investigations, venant contredire les déclarations d’Henda Ayari sur le jour précis où elle assure avoir été violée. 

Le Point affirme, d’après leurs informations, que les enquêteurs ont procédé, le 9 juillet dernier, à l’audition du frère cadet de la plaignante. Celui-ci indique qu’il n’a plus de relations avec sa soeur depuis qu’elle a ”écrit son livre dans lequel elle écrit pas mal de méchancetés sur (sa) famille”, révèle le média.

“J’ai coupé les ponts, mais je la croise de temps en temps quand il y a un mariage dans la famille, poursuit son frère. (...) Notre différence d’âge a toujours fait que nous n’avons jamais été proches. Mais depuis toutes ces histoires, je ne veux plus avoir quoi que ce soit avec elle. (...) Je tiens à vous préciser que, lorsque j’ai entendu qu’elle avait déposé plainte dans les médias, honnêtement, je me suis dit qu’elle allait réussir à avoir ce qu’elle voulait depuis toujours, la gloire. Elle a toujours rêvé d’être connue. Pour moi, c’est une opportuniste. Sur le viol en question, moi, je n’y crois pas, mais, bon, je ne sais pas”. 

“Une grosse mythomane”

Le frère d’Henda Ayari est catégorique: le 26 mai 2012, il précise que celle qui accuse Tariq Ramadan se serait rendue à son mariage. “Il avait lieu à Petit-Couronne à 7 ou 8 kilomètres de Rouen. (...) La fête a commencé vers 18 ou 19 heures. J’ai le souvenir que ma sœur était présente ce soir-là. Elle était avec ses trois enfants. Je ne saurais pas vous dire à quelle heure elle est partie. (...) Dans mes souvenirs, elle était présente et souriante, atteste-t-il devant les policiers de la crim. Il me semble qu’on la voit sur une vidéo du mariage qui est gravée sur un DVD”, précise-t-il dans les témoignages repris par Le Point, témoignages dans lesquels il insiste également sur l’état mental de sa soeur. “Je sais que psychologiquement elle est folle. Elle est déséquilibrée. (...) C’est une grosse mythomane. Elle est manipulatrice. Elle a plusieurs personnalités. (...) En tout cas, la date du 26 mai 2012 ne tient pas debout.”

Accusé trois fois de viols en France et actuellement en détention provisoire, le prédicateur musulman qui dément toutes les accusations, est de retour devant les magistrats ce jeudi pour affronter Henda Ayari, qui avait affirmé, en octobre 2017, avoir été violée par Ramadan en 2012. Elle avait décrit, dans sa déposition, une relation qui avait basculé dans la brutalité. C’est d’ailleurs sa plainte pour viol qui a déclenché l’affaire et entraîné d’autres présumées victimes à porter plainte pour agressions sexuelles, en France et en Suisse. Ayari avait situé les faits à Paris fin mars ou début avril 2012, avant d’affirmer que le viol aurait en réalité eu lieu le 26 mai dans un hôtel place de la République. Un changement de version sur lequel entend appuyer la défense, selon l’AFP. 

Contactée par le HuffPost Maroc, la fille de Tariq Ramadan, Maryam, affirme que son père se trouve dans un état d’esprit “serein” avant sa première confrontation, celle de mercredi ayant été annulée. “Celle qui se fait appeler Christelle a annulé sa confrontation car elle était malade, elle a présenté un certificat médical à l’appui”, poursuit Maryam. 

Emmanuel Marsigny, l’avocat du théologien suisse, et le clan Ramadan avaient affirmé attendre avec impatience ces confrontations car elles conditionnent le maintien en détention de Ramadan. À l’issue de la confrontation de ce jeudi avec Ayari, l’avocat pourrait, en fonction des investigations menées, demander à nouveau une remise en liberté de son client. Le 5 juin dernier, estimant que “les accusations s’effondrent”, Me Marsigny avait assuré devant les juges que la détention de Tariq Ramadan ne présente “aucun intérêt pour les investigations”.