TUNISIE
26/04/2019 09h:24 CET | Actualisé 26/04/2019 15h:00 CET

Affaire Nessma: Partis politiques et organisation syndicales expriment leur inquiétude

La “politique des deux poids deux mesures” fortement dénoncée...

FETHI BELAID via Getty Images

Certains partis et syndicats ont exprimé jeudi leur refus de suspendre tout moyen d’information par la force publique à la suite de la mise en œuvre de la décision de saisie du matériel de diffusion de la chaine privée Nessma, émise quelques jours auparavant par la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA).

Le parti Afek Tounes a dénoncé la saisie des équipements mettant fin à la diffusion des programmes, qualifiant cette décision d’“inacceptable”. Il a également exprimé sa “solidarité avec la chaîne, tous ses employés, en particulier les journalistes, les techniciens, leurs familles qui se retrouvent sans gagne-pain”.

Pour sa part, le Parti “la Tunisie en avant” a appelé à la reprise de la diffusion des programmes de la chaîne immédiatement et le recours aux tribunaux pour trancher dans les diverses affaires en suspens, fustigeant “la forme d’intervention des forces de sécurité et de l’autorité de tutelle sous prétexte d’appliquer la décision de la Haica”.

Le parti a dénoncé la “politique des deux poids deux mesures” adoptée par le gouvernement, “qui ne fera qu’attiser la tension et perturber le processus de la transition démocratique en faisant irruption dans la chaine Nessma tout en protégeant la chaîne Zitouna soutenue par un parti politique membre de la coalition au pouvoir”.

Le parti Al Badil a réaffirmé “la primauté de la loi” dans le traitement de ces questions, se déclarant “inconditionnellement attaché à la liberté des médias garantie par la Constitution”. Il a estimé que le recours à la fermeture d’un média en utilisant la force publique est “la preuve de l’échec dans la gestion par le gouvernement des affaires politiques et une indication que la situation qui prévaut aujourd’hui sur la scène politique nationale laisse perplexe et présage de déviations dangereuses”.

Pour sa part, le mouvement Ennahdha a indiqué que son bureau exécutif se réunira vendredi à titre exceptionnel et à l’invitation de son président Rached Ghannouchi, “suite à la fermeture de la chaîne par la force publique, pour discuter de cette décision et des conséquences possibles pour la liberté d’expression en Tunisie”.

Le président du Comité central du Mouvement Nidaa Tounes (faction de Hammamet) et chef du bloc parlementaire du parti Soufiane Toubal, a souligné dans un communiqué portant sa signature, “la protection des droits professionnels et économiques des journalistes et des employés de la chaine”.

Il a appelé également la Haica à respecter les travailleurs et les journalistes dans toutes les institutions médiatiques et “d’opter pour un processus progressif dans les mises en garde et l’intervention afin de préserver les emplois”.

Le Parti des patriotes démocrates a souligné la “nécessité pour les institutions médiatiques de respecter la loi et de les prémunir contre l’instrumentalisation politique et électorale”. Il a d’autre part dénoncé l’“usage excessif et injustifié” de la force à l’égard des journalistes travaillant pour la chaine et la politique des deux poids deux mesures du gouvernement dans la mise en œuvre des décisions de la HAICA contre divers médias afin de servir les agendas du chef du gouvernement et ses alliés dans les prochaines échéances électorales”.

Pour sa part, le bureau politique du parti de Nidaa Tounes (faction de Monastir), a exprimé dans une déclaration signée par son secrétaire général Neji Jalloul, “la solidarité absolue du parti avec la chaine Nessma, et avec les autres organes de presse exposés à la fermeture”. Il a qualifié les décisions de la HAICA de “hâtives et inutiles” pour faire prévaloir la loi et de réglementer “ce secteur sensible dans la construction démocratique, ce qui exige de la souplesse d’une part dans le traitement et le respect des lois nationales et conventions internationales d’autre part”.

Le parti a également recommandé au “reste des institutions en situation illégale de régulariser leur situation”. Il a également mis en garde contre la “partialité de la Haica en optant pour la saisie des équipements de diffusion de Nessma et de ne pas l’appliquer contre d’autres médias”.

Le syndicat général de l’information (Union Générale Tunisienne du Travail) a estimé que la suspension de la diffusion de la chaîne Nessma “est un précédent dangereux” et que le rôle des structures de régulation et du gouvernement “ne peut pas se transformer en un moyen de faire taire les voix dissidentes au moment où ils observent le silence à l’égard d’autres moyens d’information opérant en dehors du cadre de la loi pendant des années et défiant même les instances de régulation en direct”.

Le syndicat a également souligné que la saisie des équipements de la chaine constituait “une violation de la liberté des médias” et “révélait les intentions claires pour mettre fin à la diversité et au pluralisme des médias”. Il a appelé le gouvernement et la HAICA à revoir cette décision “injuste” afin de préserver une information libre et pluraliste.

Les forces de sécurité sont intervenues jeudi après-midi au siège de la chaîne Nessma dans la banlieue sud de la capitale pour exécuter la décision de saisie de l’équipement de diffusion après l’épuisement de toutes les procédures de règlement du statut juridique de la chaine, a déclaré la HAICA.

 

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