MAROC
13/07/2018 14h:05 CET

Affaire Latefa: le tribunal blanchit l'accusée et rejette la requête d'indemnisation

Après le choc, une démarche de protestation se prépare.

DR

JUSTICE - “Je m’attendais à ce qu’on me rende justice”. Latefa, l’employée de maison qui accuse la femme chez qui elle travaillait à Casablanca de l’avoir torturée, est aujourd’hui sous le choc. Le tribunal de première instance de Aïn Sebaa a acquitté l’accusée et s’est dit incompétent pour donner suite à la requête de son indemnisation pour les lésions qu’elle a subies, estimée par sa défense à 500.000 dirhams.

“Nous sommes tous plus que choqués. On ne s’attendait pas à l’acquittement”, déclare au HuffPost Maroc le responsable du programme de lutte contre le travail des enfants à l’association Insaf, Omar Saadoun. Cette association avait pris en charge la jeune femme, depuis janvier dernier, et s’était constituée partie civile au procès l’opposant à son employeuse. Cette dernière était en détention tout au long de la procédure d’instruction du dossier (six mois) dans lequel une expertise médico-légale sur Latefa a été menée à la demande du juge en charge du dossier. Et selon son avocate, Rabia Amellal, cette expertise médicale avait bien confirmé les propos de la victime qui affirme avoir été tabassée par “un gros bâton d’une épaisseur de 3 ou 4 cm” et brûlée par “une fourchette chauffée”. 

Face au verdict, l’avocate n’a pas souhaité faire de commentaire, mais annonce au HuffPost Maroc qu’elle entame à présent une procédure d’appel. Une deuxième chance dont Latefa se montre peu confiante. Omar Saadoun décrit un état dépressif dans lequel se trouve Latefa depuis qu’elle a appris la nouvelle, ce vendredi matin. “Elle dit qu’elle s’attendait pas à ce que la justice ne reconnaisse pas ses droits. Elle ne veut pas et ne peut pas accepter ce verdict”, souligne ce responsable.

Latefa a éclaté en sanglot ce matin, poursuit-il, et ne s’est pas arrêtée de pleurer. “Nous avons dû faire appel immédiatement à la psychologue”, affirme-t-il, précisant que ses collègues et partenaires de l’association partagent tous l’incompréhension de cette décision judiciaire. “Toutes les preuves, pour nous, étaient en faveur de Latefa. Et la détention de son employeuse tout au long de l’instruction prouve la gravité des faits qui lui sont reprochés. Nous ne comprenons pas que l’accusée soit libérée”, se désole Omar Saadoun.

Une interrogation qui ne restera pas sans suite, promet ce responsable. D’après lui, une démarche protestataire s’impose et fera l’objet d’une concertation auprès des parties ayant soutenu Latefa et du Collectif pour l’éradication du travail des “petites bonnes”, qui compte 26 associations.

Le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) avait également soutenu Latefa en étant la première partie à saisir le parquet pour l’arrestation de la responsable.

Latefa, le corps lacéré, a souffert de plusieurs infections causées par les blessures et brûlures non traitées. Il lui a fallu des greffes et des soins intensifs pour qu’elle puisse récupérer et affronter son procès contre son employeuse. Insaf nous avait précisé que la reconstruction de Latefa s’annonçait difficile. Il semble qu’elle le sera tout autant après ce verdict. 

LIRE AUSSI: