21/09/2018 15h:39 CET | Actualisé 21/09/2018 15h:39 CET

Affaire la Samir: Après le verdict en cassation, le gouvernement appelé à réagir

Une lettre a été adressée aux différents ministères et à la Primature.

Youssef Boudlal / Reuters

JUSTICE – “C’était attendu! Le verdict de la cour de cassation n’a fait que confirmer la liquidation ordonnée précédemment par les tribunaux”. Trois jours après la décision de la cour de cassation, la plus haute juridiction, de placer en liquidation judiciaire la Samir, le coordinateur du “Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole”, Houssine El Yamani, accueille la nouvelle sans surprise. “Le jugement est fondé sur un fait: le déséquilibre total des finances de la société. Et la loi marocaine sur le commerce est claire là-dessus, elle tranche pour la liquidation”, fait-il remarquer, rappelant que la demande de l’ancien patron de la société d’opter pour un redressement judiciaire au lieu de la liquidation était impossible en l’absence de garanties.

Pour ce front national, constitué, en juillet dernier, par des salariés, des centrales syndicales, des partis politiques, des associations, des parlementaires, des avocats et des experts dans le domaine, le militantisme pour la reprise d’activité de la raffinerie suit son cours. C’est d’ailleurs la raison d’être de ce front qui, après une première formation au niveau local à Mohammedia, s’est élargi à une échelle nationale. “C’est, pour nous, une affaire nationale qui relève de la plus grande importance, pour le citoyen. Si la production de la Samir reprenait, le consommateur pourra bénéficier de la concurrence que cela suscitera auprès des distributeurs des hydrocarbures qui ont pris le monopole du marché” estime El Yamani.

Mais pour atteindre cet objectif, le coordinateur du front national met l’accent sur la nécessité pour le gouvernement de réagir. “Pour nous, le gouvernement doit assumer sa part de responsabilité dans la catastrophe de la Samir. Ce n’est pas l’affaire de salariés, c’est l’affaire du Maroc. Et l’Etat doit trancher sur la question: doit-on continuer le raffinage du pétrole ou non?”, s’interroge ce militant. Et de préciser que “l’intérêt, pour le Maroc, est de pouvoir redonner vie à cette unité nationale”.

Alors, pour faire pression, les membres du front national ont décidé d’interpeller les responsables concernés, ce vendredi. “Nous nous sommes répartis en groupes pour faire du porte-à-porte auprès des ministères et des institutions. Nous effectuerons notre tournée toute la journée”, annonce El Yamani. Munies d’une lettre et d’un dossier récapitulatif de l’affaire la Samir et des revendications du front national, ces équipes ont frappé à la porte de la Primature, du ministère de l’Intérieur, de celui l’Economie et des Finances, mais aussi à celle d’Al Wassit, le médiateur du royaume, de la présidence du ministère public, de la cour des comptes et de Bank Al Maghrib. “Dans le dossier que nous remettons, nous précisons les responsabilités derrière le désastre de la raffinerie, les dégâts constatés à tous les niveaux et nous expliquons l’intérêt économique et social de reprendre la production”, déclare le coordinateur du front national.

Dans ce dossier, cette coalition partage aussi les solutions qu’elle propose. “Nous comptons interpeller au cours de cette tournée d’autres responsables, dont le Parlement, les chefs de groupes parlementaires et ceux des commissions concernées”, ajoute El Yamani soulignant que la mobilisation du front émane de “l’urgence de prendre une décision politique dans cette affaire”. “On ne peut pas rester sans rien faire face à l’écroulement d’un pilier aussi important de l’économie. Ce serait un crime et on serait, dans ce cas, coupable de ne pas porter assistance”, estime ce militant.

Convaincu, le front national ne compte pas baisser les bras. Le 15 septembre, il a réuni son conseil national pour débattre de la nécessité pour le Maroc de disposer d’une industrie de raffinage pétrolier. Dans cette réunion, il a lancé un appel: “Nous demandons à toutes les autorités, entités responsables et cercles de pouvoir et de décision, d’interagir positivement avec cette affaire et de faire preuve d’audace et de courage pour éviter la disparition de ce symbole national”.