MAROC
29/11/2018 11h:17 CET | Actualisé 29/11/2018 11h:19 CET

Affaire Khashoggi: Le Sénat américain veut punir l'Arabie Saoudite pour le meurtre du journaliste

Et couper l'aide militaire américaine dont bénéficie le royaume saoudien.

ASSOCIATED PRESS

JUSTICE - Dans l’affaire Khashoggi, les camps se divisent aux États-Unis. Le Sénat américain s’est prononcé, mercredi 28 novembre, en faveur d’une punition à l’encontre de l’Arabie saoudite: couper l’aide militaire américaine dont bénéficie le royaume dans la guerre qu’il conduit au Yémen. Une décision qui va à l’encontre du soutien appuyé apporté par le président américain Donald Trump à ses alliés saoudiens et au prince héritier Mohammed Ben Salman.

Cette sanction, décidée hier à l’unanimité par des démocrates et républicains siégeant au sénat, avait été conduite initialement par le sénateur républicain Mike Lee (Utah) et l’indépendant Bernie Sanders (Vermont) il y a six mois mais n’avait pas recueilli les voix nécessaires, préciseLe Monde. 

Après le meurtre du journaliste saoudien critique du pouvoir Jamal Khashoggi, qui a choqué l’opinion internationale et dont l’Arabie saoudite s’est déclarée responsable après une fuite d’éléments l’accablant, Donald Trump s’était rangé du côté de ses alliés et de MBS, justifiant des contrats d’armement et une alliance historique avec Riyad. Le prince est en effet considéré par la CIA, selon la presse américaine, comme le commanditaire du meurtre de l’éditorialiste au consulat saoudien à Istanbul, en Turquie.

Un soutien qui n’est pas du goût de nombreux élus républicains qui ont ainsi décidé de couper l’herbe sous le pied du président américain et de punir l’Arabie saoudite, rapporte pour sa part le New York Times, précisant que le Sénat a voté par 63 voix contre 37 pour cette mesure.

Dans la matinée, le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Mike Pompeo et son homologue à la défense, James Mattis, avaient pourtant essayé de convaincre les sénateurs de ne pas voter cette décision jugée “inopportune”, indique Le Monde. Une tentative de persuasion très mal reçue par la directrice de la CIA, Gina Haspel, qui avait alors refusé de se rendre au Sénat. 

Cette dernière serait la seule personne de l’administration Trump a avoir écouté les enregistrements de la mort de Khashoggi, fournis par les services de renseignements turcs. La veille, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, avait déclaré à la Maison Blanche, devant la presse, n’avoir pas jugé utile d’en prendre connaissance car “il ne comprend pas l’arabe” précise le média canadien La Presse.

Après son audition à huis clos au Sénat, Mike Pompeo a déclaré à la presse “avoir lu tous les éléments du renseignement”, relevant qu’il n’y “aucun élément direct liant le prince héritier à l’ordre de tuer Jamal Khashoggi”. Pour convaincre les sénateurs de renoncer à cette résolution, “il a lourdement insisté sur l’importance de la relation avec Riyad dans le contexte des tensions avec l’Iran et mis en avant le rôle jugé modérateur des États-Unis dans une guerre à l’origine d’une crise humanitaire et sanitaire probablement sans guère de précédent dans la région”, relève Le Monde. 

Si pour l’heure cette résolution du Sénat est avant tout symbolique, compte tenu du peu d’intérêt qu’elle suscite à la Chambre des représentants, de nombreux sénateurs menacent de bloquer des textes et des nominations tant qu’ils n’auront pas obtenu les réponses qu’ils exigent de la part de l’administration.