MAROC
16/10/2018 11h:51 CET

Affaire Khashoggi: L'Arabie saoudite sur le point de reconnaître la mort du journaliste?

D'après des sources, l'Arabie saoudite, sous pression internationale, ne peut plus nier la mort de Khashoggi.

LEAH MILLIS via Getty Images

INTERNATIONAL - Ryad serait-elle sur le point d’admettre son implication dans la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, volatilisé depuis le 2 octobre dernier dans les locaux de l’ambassade d’Arabie Saoudite à Istanbul, alors qu’il y effectuait des démarches administratives? C’est ce qu’avancent de nombreuses sources autoritaires, proches de la monarchie, qui indiquent que l’Arabie Saoudite change sa ligne de défense.

Alors que le roi Salmane a nié toute implication dans la disparition du journaliste saoudien lors d’une discussion avec Donald Trump, il semblerait que la monarchie saoudienne, sous pression internationale, ne puisse plus nier la mort de Khashoggi. Le président américain a envoyé son secrétaire d’État, Mike Pompeo, s’entretenir sur place avec le roi, ce mardi, au sujet de l’affaire. Trump avait même menacé l’Arabie saoudite d’un “châtiment terrible” s’il y avait une quelconque implication de son alliée dans la mort du journaliste. 

Pour les médias américains, l’Arabie saoudite envisagerait de reconnaître un interrogatoire qui aurait viré au drame au consulat saoudien à Istanbul. Selon des sources citées par le The New York Timeset CNN, les Saoudiens prépareraient une nouvelle version des faits afin de minimiser toute implication du pouvoir dans cette affaire, cela en faisant porter la responsabilité de la disparition à des éléments individuels accusés d’avoir agi de leur propre chef, indique Le Monde

D’après la source proche de la monarchie, Khashoggi aurait été tué par erreur lors d’un interrogatoire ordonné par un responsable des renseignements saoudiens, ami du prince héritier Mohamed Ben Salmane, indique-t-elle au New York Times. Cette source, sous anonymat, a déclaré que MBS avait approuvé l’interrogatoire, voire forcé le journaliste à retourner en Arabie saoudite sous la contrainte. Mais, a ajouté cette personne, “le responsable des services de renseignements saoudiens est allé trop loin dans son opération secrète, il aurait alors tenté de dissimuler le travail bâclé”.

Une version qui rejoindrait celle des services de renseignements turcs qui disent détenir des preuves accablantes de l’implication de l’Arabie saoudite dans l’assassinat du journaliste saoudien et des éléments qui mettent en évidence certaines précautions prises en amont par “un commando de tueurs”, soit 15 citoyens saoudiens dépêchés sur place le 2 octobre dernier, en vue de faire disparaître le corps, précise le média français. 

Le consulat saoudien fouillé

Lundi soir, à 19h, une perquisition sans précédent a eu lieu au consulat d’Arabie saoudite. Durant près de huit heures, les autorités turques ont fouillé de fond en comble chaque recoins du bâtiment, en prenant le soin d’emporter quelques échantillons, dont notamment de la terre du jardin du consulat.

Un groupe de responsables saoudiens censés participer à la fouille est arrivé au consulat près d’une heure avant la police turque. Cette fouille, demandée par la Turquie, intervient au lendemain d’une conversation entre le président turc Erdogan et le roi Salmane durant laquelle ils ont évoqué le cas de Jamal Khashoggi. Erdogan a pressé à plusieurs reprises, en vain, les autorités saoudiennes de présenter des images prouvant que Khashoggi avait bel et bien quitté le consulat, précise l’AFP.

Ancien rédacteur en chef de plusieurs organes de presse saoudienne, Jamal Khashoggi, autrefois proche du pouvoir, s’était exilé aux États-Unis il y a un an, après l’ascension de Mohammed Ben Salmane, cible principale de ses articles dans les colonnes du Washington Post, où il y critiquait la répression et l’autoritarisme du prince héritier, sa proximité avec le président Trump et la crise du royaume avec le Qatar.