MAROC
22/10/2018 12h:09 CET

Affaire Khashoggi: Erdogan veut révéler "toute la vérité" sur la mort du journaliste

"La vérité nue".

Reuters

AFFAIRE KHASHOGGI - Le président turC Recep Tayyip Erdogan a promis dimanche de “révéler toute la vérité” sur la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Alors que depuis plusieurs semaines, tous les soupçons se portent sur l’Arabie saoudite, Riyad a reconnu, vendredi soir, le meurtre de l’éditorialiste en minimisant toutefois son implication et en assurant ne pas avoir de détails sur son assasinat. 

Dans ce contexte, la Turquie n’a pas dit son dernier mot et compte le faire savoir. Lors d’un rassemblement à Istanbul dimanche, le président turc a promis d’éclaircir les zones d’ombres sur cette affaire. “Nous cherchons la justice ici, et toute la vérité sera révélée (...), la vérité nue” a-t-il déclaré, rapporte l’AFP. Il a précisé qu’il fera une déclaration exhaustive sur les détails du dossier en possession des autorités turques, mardi 23 octobre lors d’une intervention au Parlement devant les députés de l’AKP. 

Depuis la mystérieuse disparition de Khashoggi, le 2 octobre dernier dans les locaux du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, alors qu’il y effectuait des démarches administratives, les autorités turques affirmaient d’emblée être en possession de preuves accablant le royaume wahhabite. S’appuyant sur des enregistrements audio et des vidéos de surveillance, les services de renseignements turcs avaient annoncé un assassinat  par une délégation de quinze saoudiens dont des proches du prince héritier Mohamed Ben Salmane,, laissant supposer que la mort de Khashoggi avait été commanditée par le pouvoir saoudien. 

La défense incohérente de Riyad

Ce dimanche 21 octobre, le ministre des Affaires étrangères du royaume saoudien, Adel Al-Jubeir, a qualifié la mort du journaliste,  d’“erreur monumentale”. “Nous avons découvert qu’il a été tué au consulat. Nous ne savons pas comment, dans le détail. Nous ne savons pas où se trouve le corps”, a déclaré le ministre depuis Riyad, sur la chaîne américaine Fox News. “Les individus qui ont fait cela l’ont fait en dehors du champ de leurs responsabilités. Une erreur monumentale a été faite, aggravée par la tentative de la cacher”, a-t-il ajouté, assurant que le prince héritier Mohammed Ben Salman n’était “pas informé” de cette opération non autorisée par le pouvoir.

Donald Trump, dans un entretien au Washington Post samedi soir, avait affirmé qu’il y avait eu “manifestement tromperie et mensonges” de la part de l’Arabie saoudite, avant de défendre le prince MBS, déclarant: “personne ne m’a dit qu’il était responsable. Et personne ne m’a dit qu’il n’était pas responsable. Nous en sommes là”. Jusque ici, Erdogan qui s’est aussi entretenu dimanche avec Trump à propos de cette affaire, s’est abstenu de se prononcer sur la mort de Jamal Khashoggi, se contentant de se référer à l’enquête en cours.

Les deux présidents se sont toutefois accordé à ”éclaircir tous les aspects de l’affaire Khashoggi” rapporte l’agence de presse turque Anadolu. Selon certains experts, le président turc cherche de la sorte à éviter une rupture totale avec l’Arabie saoudite, indique l’AFP.

Pour le ministre Adel Al-Jubeir, le roi Salmane est déterminé à ce que “les responsables rendent des comptes”, alors que l’Union européenne, Amnesty International et Reporters sans frontières (RSF) soulignent des incohérences dans la version de Riyad et demandent une enquête indépendante sous l’égide de l’Organisation des Nations unies.