MAROC
31/08/2018 14h:12 CET | Actualisé 31/08/2018 15h:20 CET

Affaire Khadija: Linda Paradis, "l'experte" qui conteste le témoignage de la jeune fille, attaquée en justice

"Nous sommes face à une femme qui par ses déclarations virales peut influencer le cours de la justice"

Capture decran Youtube / Barlmane
Linda Paradis, interrogée par le site en ligne Barlamane. 

AFFAIRE KHADIJA - Dans une vidéo rapidement devenue virale, celle qui se présente comme une experte en détatouage affirmait avec conviction, face caméra, que les dessins marquant la peau de Khadija étaient plus anciens que ce qu’avance la victime. Des déclarations qui ne passent pas auprès de la famille de la jeune fille, qui a décidé d’attaquer en justice la dame avec l’aide d’un avocat. 

“Usurpation d’identité, non-respect du secret professionnel, influence sur le cours de la justice, attaque à l’intégrité physique et morale de la victime”. Ce sont pour ces motifs que celle qui se présente comme Linda Paradis, experte en détatouage, sera poursuivie en justice par Youssef Chehbi, avocat casablancais mandaté par la famille de Khadija. “Elle n’est rien d’autre qu’une escroc!“, déclare au HuffPost Maroc l’avocat, pour qui cette affaire prend une dimension “lamentable” depuis la “pseudo-expertise” effectuée sur la jeune fille.

La femme, qui affirmait à nos confrères d’Hespress et Barlamane être une spécialiste en détatouage depuis une quinzaine d’années, s’est rendue chez la famille de la victime afin d’examiner le corps de Khadija et apporter une expertise sur les tatouages qui recouvrent son corps. Elle affirmait catégoriquement que “pour certaines parties du corps, les tatouages remontent à plus de 6 mois voire plus d’un an” et que d’autres datent de trois, quatre et six mois. 

“Pour qui se prend cette femme? Elle s’est présentée à la famille de Khadija en prétextant être une spécialiste, ce qui pour eux, signifiait médecin ou experte médicale. Or elle n’est qu’une simple esthéticienne et c’est pour cette raison que nous allons l’attaquer en justice”, poursuit Youssef Chehbi. “Elle n’a pas été mandatée par un juge ou par une personne en charge de l’enquête. Elle n’avait aucunement le droit d’aller chez la victime, s’autoproclamer experte, filmer et photographier les parties de son corps alors qu’elle est mineure, pour ensuite les divulguer et parler publiquement à la presse. Là on est dans le non-respect du secret professionnel et puisqu’elle se prend pour une spécialiste, alors nous allons l’attaquer pour ce motif aussi”, déplore-t-il. 

D’autre part, Youssef Chehbi affirme avoir reçu des appels de dermatologues et spécialistes réputés dans le milieu qui ont examiné les tatouages de Khadija et confirment qu’ils sont récents et coïncident avec les périodes qu’elle définit dans son témoignage.  

Contactée par le HuffPost Maroc, l’assistante de Linda Paradis, dont le salon est à Rabat, nous indique que sa patronne ne souhaite plus parler à la presse “car elle est fatiguée par cette histoire”. Après quelques recherches, “l’auto-proclamée spécialiste” se décrit sur son site internet comme “une passionnée du monde de la dermopigmentation” qui voyage à travers le globe pour apporter son expertise. Elle justifie d’une première année de médecine obtenue à Paris, de deux années d’études à la faculté d’odontologie d’Alger, d’une année en commerce international à l’Université Dauphine et d’un diplôme en mandarin. 

Une entrave à l’affaire

La vidéo, largement relayée et commentée sur les réseaux sociaux, pourrait selon le juriste, entraver le cours de l’affaire. “Nous sommes face à une femme qui par ses déclarations virales peut influencer le cours de la justice. Elle s’est rendue sur place pour faire le travail d’un juge, elle a fait un procès à la jeune fille et l’a rendu public. C’est inadmissible”, nous explique-t-il.

Depuis la publication de la vidéo, dans laquelle Linda Paradis déclare que tous ceux qui se sont emballés pour défendre la victime “ont porté atteinte à l’image du Maroc”, ou encore qu’elle aurait proposé un suivi médical à la jeune fille qui “ne faisait que réclamer de l’argent, son dû”, l’opinion publique s’est divisée entre ceux qui estiment que Khadija ment et ceux qui pensent que son témoignage est sincère. Pour Youssef Chehbi, les propos de la pseudo-experte portent atteinte à l’intégrité de la victime, à sa famille, au travail de la justice. Surtout, selon lui, Khadija est mineure et Linda Paradis n’avait pas le droit de publier sans son consentement et celui de sa famille, des photos de certaines parties de son corps. Ni de se prononcer médiatiquement dans une affaire “sensible et suffisamment dramatique comme ça”. 

Après la parution de la vidéo, la famille de Khadija serait passée par un intermédiaire à Beni Mellal pour contacter Youssef Chehbi à Casablanca et faire appel à lui. “Ils étaient choqués par ce qu’a pu dire Linda Paradis à la presse en ligne. Elle serait arrivée chez eux depuis New York, prétendant avoir été touchée par l’histoire et vouloir aider. Elle a examiné leur fille qui disait être fatiguée puis lui a rétorqué qu’elle venait des États-Unis pour la voir et qu’elle était donc encore plus fatiguée qu’elle. C’est minable, elle n’avait nullement l’intention d’aider, elle voulait faire son buzz et faire parler d’elle”, conclut l’avocat qui va déposer la plainte contre elle. 

Du côté de la justice, plusieurs entrevues avec le procureur général sont prévues pour éclaircir quelques points dans l’affaire, avant l’audience qui aura lieu le 6 septembre à Beni Mellal, selon les proches de Khadija. En attendant que la justice se prononce, plusieurs associations, médecins, avocats et simples citoyens marocains et étrangers croient en la version des faits de Khadija et veulent lui venir en aide.