MAROC
06/09/2018 15h:09 CET

Affaire Khadija: Ce que l'on sait de la première audience tenue à Béni Mellal

Certains accusés ont reconnu les faits.

STRINGER via Getty Images

JUSTICE - Ambiance “surchauffée” au tribunal de Béni Mellal, rapporte Youssef Chehbi, l’avocat de Khadija. Journalistes, associations et familles de Khadija et des accusés étaient présents pour la première audience devant le juge d’instruction dans l’affaire opposant la jeune femme à ceux qu’elle accuse de l’avoir violée, torturée et tatouée de force. 

L’audience, qui a démarré vers 10h30 ce jeudi 6 septembre, a duré près d’une heure et demie. Le juge d’instruction a auditionné “11 accusés, dont certains ont reconnus avoir eu des rapport sexuels avec la plaignante” qui, selon eux, était “consentante”, rapporte au HuffPost Maroc Maître Chehbi.

“Comment peut-on parler de consentement alors que la fille est mineure? En plus, n’importe quelle personne peut être consentante, que ce soit pour une relation sexuelle ou pour se faire tatouer, si elle est sous l’effet de la drogue”, souligne de son côté Youssef, le voisin de Khadija qui joue, depuis que l’affaire a éclaté sur les réseaux sociaux, le rôle d’intermédiaire entre la famille, les associations, et les médias.

Perturbations au tribunal

À l’image de l’agitation autour de l’affaire Khadija sur les réseaux sociaux, l’atmosphère au tribunal de Béni Mellal était tout aussi mouvementée. D’après Youssef, l’audience s’est passée “sous la pression des familles des accusés” qui “insultaient les associations, les avocats de Khadija et tous ceux qui sont venus soutenir la jeune fille.”

“Le verdict n’a même pas encore été donné et les familles réagissent de cette façon barbare”, s’indigne le voisin. “Khadija a eu très peur en voyant ce regroupement de familles en colère au tribunal. Nous avons d’ailleurs dû sortir de la porte de derrière parce que les familles des accusés protestaient devant la porte principale”, raconte Youssef.

Les membres de ces familles seraient allées jusqu’à agresser un des avocats qui soutiennent la plaignante, d’après Maître Chehbi. “Pleurs, cris... Il y avait toute la panoplie pour intimider Khadija, les avocats, et le juge, et perturber la sérénité de la justice. (...) Ils bousculaient tout le monde. On a même essayé de nous empêcher de donner des déclarations à la presse”, 

Prochaine étape le 10 octobre

Khadija n’a, quant à elle, pas été entendue par la juge. “Pas besoin de son témoignage, elle allait juste reconfirmer ce qu’elle avait déjà déclaré”, explique l’avocat qui précise que le juge attend les résultats de l’expertise sur le corps de Khadija, reçue récemment par une gynécologue à Casablanca pour une consultation.

L’enquête est donc toujours en cours et la prochaine audience se tiendra le 10 octobre à Béni Mellal.

Si cette première audience est bien terminée, et que les accusés sont maintenus en détention, Khadija ne pourra cependant pas revenir vivre chez elle ”en raison de la pression qu’elle subit à Oulad Ayyad”, selon son voisin.

“Malgré le soutien de plusieurs personnes qui sont devenues comme une famille pour elle, Khadija ne se sent plus en sécurité chez ses parents, notamment à cause de personnes du village qui passent près de leur maison et l’insulte”, regrette Youssef, son voisin.