ALGÉRIE
02/10/2019 14h:56 CET

Affaire Jamal Khashoggi : l’enquête au point mort, une année après le meurtre

Osman Orsal / Reuters
A demonstrator holds a poster with a picture of Saudi journalist Jamal Khashoggi outside the Saudi Arabia consulate in Istanbul, Turkey October 25, 2018. REUTERS/Osman Orsal

Une année est passée depuis l’assassinat du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de l’Arabie Saoudite à Istanbul en Turquie. Ce mercredi 2 octobre, des militants des droits humains se sont ressemblés, selon des médias turcs, devant le siège du consulat pour exiger la vérité sur le meurtre. La fiancée turque du journaliste Hatice Cengiz continue de réclamer “toute la vérité” sur la mort de Khashoggi dont les péripéties sont uniques dans l’Histoire. Elle demande, selon Associated Press (AP), au prince héritier saoudien Mohammed Bin Silmane (MBS) de répondre à certains nombre de questions sur le crime. “Le meurtre a eu lieu sous la responsabilité du prince héritier, donc, nous avons le droit d’exiger de lui qu’il nous donne des détails. Pourquoi Jamal a été tué ? Et pourquoi rien n’a été dévoilé sur l’affaire. On ne sait toujours pas où se trouve le cadavre. La prière du mort n’a pas été faite. Il n’y a pas de sépulture”, soutient Hatice Cengiz.

En juin 2019, elle a rencontré, à Genève, Agnès Callamard, la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires pour évoquer “le cas Khashoggi”. L’ONU a déjà soutenu qu’elle n’avait pas “les moyens” d’ouvrir une enquête internationale sur l’affaire.  Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations Unies, a déclaré, cité par l’AFP, qu’Antonio Guterres n’a pas le pouvoir ou l’autorité de “lancer une enquête criminelle sans un mandat d’un organe intergouvernemental compétent”. Selon Hatice Cengiz, les Etats Unis ont la responsabilité éthique de réclamer une enquête internationale sur l’assassinat de Jamal Khashoggi qui était chroniqueur au Washington Post.

Où est le corps de Khashoggi ?”

Le président américain Donald Trump a déclaré, fin juin 2019 lors du sommet du G20 au Japon, que “personne n’a directement montré du doigt” le prince héritier saoudien dans l’affaire de l’assassinat de Khashoggi. Il a qualifié l’acte “d’horrible” en ajoutant être “extrêmement en colère” qu’une chose comme cela “ait pu avoir lieu”. A Washington, le Sénat a adopté une résolution accusant ouvertement MBS de l’exécution du journaliste, connu par ses écrits critiques à l’égard du Palais royal Saoudien. Les sénateurs s’étaient appuyés sur des “conclusions” de la CIA, non rendues publiques.

A Ryad, une enquête a été ouverte par la justice et le procureur s’est même déplacé à Istanbul après l’arrestation des présumés tueurs. La justice turque a, elle aussi, engagé des investigations. “Je pense qu’il n’est pas juste de demander à Ankara de réclamer une enquête internationale car Jamal ne vivait pas en Turquie”, insiste Hatice Cengiz. “Où est le corps de Khashoggi ?”, s’interroge de son côté l’agence de presse turque Anadolu. Selon elle, la dépouille du journaliste demeure inconnue et continue de préoccuper l’actualité internationale. “L’enquête minutieuse menée par les unités judiciaires en Turquie avaient poussé les autorités saoudiennes à avouer le massacre de Khashoggi. Au cours de l’année écoulée, de nombreuses informations ont été recueillies concernant le moment, le lieu et la manière de l’exécution de Khashoggi. Mais aucune déclaration officielle n’a été faite concernant l’emplacement de son corps”, rappelle Anadolu.

L’agence évoque la thèse d’une probable “liquéfaction” du cadavre par des agents chimiques pour faire disparaître la dépouille. Selon Agnès Callamard, l’ignorance de l’emplacement du journaliste assassiné relève du crime des disparitions forcées. Il s’agit d’un crime continu, selon le droit international.