TUNISIE
23/10/2018 08h:15 CET

Affaire Belaid et Brahmi: Le comité de défense porte plainte auprès du tribunal militaire

Une plainte contre l’organisation secrète rattachée au parti Ennahdha, ainsi que ses symboles politiques et sécuritaires.

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Le dossier relatif à l’assassinat de Belaid et Brahmi semble parsemé d’embûches. Après l’épisode des révélations accusant le mouvement Ennahdha d’avoir commandité les meurtres des deux figures politiques du gauche et la vague d’accusations qui a suivi, un nouvel incident s’ajoute, ce lundi 22 octobre 2018, au triste cortège d’entraves. 

Pour déposer une plainte auprès du tribunal militaire permanent de première instance de Tunis, il a fallu augmenter la pression et s’appuyer sur le soutien sans faille des membres du Comité de Défense de Belaid et Brahmi, des médias, des avocats et des députés notamment. 

Dans un communiqué rendu public, le Comité de défense explique qu’il s’est dirigé lundi au tribunal en question pour déposer une plainte contre l’organisation secrète rattachée au parti Ennahdha, ainsi que ses symboles politiques et sécuritaires. 

“Mais contrairement aux obligations légales inhérentes à l’enregistrement immédiat de toutes les plaintes, le président du tribunal a préféré consulter le ministère public, demandant aux avocats d’attendre, pour les informer, une heure plus tard, du refus de l’enregistrement de la plainte”, révèle le communiqué. Le motif?

Selon le procureur de la République dudit tribunal, ce dossier ne relève pas de la compétence juridictionnelle du tribunal militaire. 

Mais le comité n’avale pas la pilule. Il a remis en doute cette décision hâtive.  “Après les capacités exceptionnelles du procureur de la République, à avoir examiné, en un temps record, la plainte, étayée par des documents composés de 200 pages, alors qu’il était en réunion, les membres de la défense du collectif de défense des martyrs Chokri Belaid et Mohamed Brahmi ont décidé d’observer un sit-in au siège du tribunal” souligne le communiqué.

Arrivés en renfort, des membres de l’Ordre national des avocats tunisiens, des journalistes et des députés ont rejoint le mouvement appelant au droit de défense. 

Suite à cette mobilisation que le procureur de la République, a décidé de revenir sur sa décision et d’accorder au comité la possibilité d’enregistrer la plainte contre l’organisation secrète d’Ennahdha.

Toutefois, le comité précise dans son communiqué qu’il est prêt à dévoiler au grand public l’ensemble des documents au cas où la justice militaire ne s’engagerait pas sérieusement à ouvrir une enquête.

Il est à rappeler que le comité de défense de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi a tenu en début de mois d’octobre une conférence de presse, durant laquelle il est revenu sur les circonstances de l’assassinat des deux militants de gauche, sous le thème: “L’organisation spéciale du mouvement Ennahdha après la révolution et sa relation avec les assassinats politiques: Des vérités révélées pour la première fois”.

Pointant du doigt le rôle joué par Ennahdha dans ces assassinats et présentant de nombreux documents, le comité de défense a mis en exergue l’implication de Mustapha Khedher, un militant d’Ennahdha, chez qui plusieurs documents relatifs à ces affaires auraient été retrouvés chez lui.

Le comité de défense a également affirmé qu’un appareil sécuritaire propre à Ennahdha a été mis en place par celle-ci, chargé d’espionner plusieurs personnalités politiques tunisiennes mais également des ambassades étrangères.

Enfin, Ridha Raddaoui, avocat et membre du comité a expliqué qu’il existe une “chambre noire”, inaccessible, au sein du ministère de l’Intérieur qui contiendrait des documents dangereux et pouvant faire la lumière sur ces assassinats: “Le directeur des archives à l’époque nous avait refusé l’accès (...) tout comme ses successeurs” a-t-il regretté. 

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