MAROC
23/04/2019 18h:12 CET

Accusé d'absentéisme, Maâti Monjib entame à nouveau une grève de la faim

Accusé d'absentéisme, alors qu'il affirme exercer toujours ses cours à l'Institut des études africaines de Rabat.

Huffpost MG

SOCIÉTÉ - Dans l’attente de son procès, reporté pour la quatorzième fois il y a deux mois, l’historien, président de l’Association marocaine du journalisme d’investigation (AMJI) et enseignant-chercheur Maâti Monjib fait face à de nouvelles accusations, cette fois-ci liées à l’Institut des études africaines de Rabat, où il dispense des cours. Dans une publication sur sa page Facebook, ce mardi, il annonce entamer une grève de la faim en réponse ”à la persécution” dont il serait victime.

“Je suis obligé de nouveau d’entamer une grève de la faim. Car d’une façon totalement injustifiée et donc politiquement motivée, j’ai reçu un avertissement de ‘reprendre mon travail dans un délai maximal de sept jours’ comme si j’étais absent”, écrit-il dans son message.

Selon lui, il serait menacé de renvoi pour s’être absenté de son lieu de travail depuis plusieurs semaines alors qu’il assure y avoir dispensé des cours, comme peuvent en témoigner de nombreuses personnes ayant attesté de sa présence. “Au sein de l’institut, je reçois beaucoup de pressions qui m’empêchent d’enseigner dans de bonnes conditions, depuis le début de mon procès. Je suis tout le temps persécuté, je n’ai pas le droit aux mêmes conditions que les autres professeurs qui, eux, reçoivent des attestations de travail et autres documents auxquels je n’ai pas le droit”, précise-t-il au HuffPost Maroc.

Absent pour quelques jours en raison de sa participation à un colloque scientifique à Paris, du 15 au 18 février, il affirme avoir prévenu en amont sa hiérarchie et obtenu l’autorisation de s’y rendre. “J’ai signé et fourni un document pour expliquer la raison de mon séjour à Paris et je l’ai donné à l’administration”, souligne Monjib. A son retour, il dispense normalement ses cours, comme peuvent le confirmer près de 19 témoins, dont des collègues, employés et autres cadres de l’institut, d’après son message sur Facebook. “Or, j’ai reçu un avertissement qui dit que je ne me suis pas rendu sur mon lieu de travail depuis le 11 février... Alors que j’ai enseigné, j’ai donné mes cours, j’ai participé à plusieurs réunions institutionnelles, mes collègues et mes élèves m’ont vu, ces derniers ont même signé des feuilles de présence à mes cours. Cela n’a aucun sens”, poursuit l’historien.

Depuis, l’Institut des études africaines le menace de renvoi s’il ne signe pas une lettre qui confirme son abandon de poste depuis le 11 février, nous explique-t-il. “Je ne vais pas apporter ma signature à un document mensonger qui porte atteinte à ma dignité et m’accuse de ne pas avoir fait mon devoir d’enseignant, se défend Monjib. Et si je ne le signe pas avant jeudi prochain, je risque d’être renvoyé de l’institut et perdre mon poste”.

Cependant, il indique ne pas vouloir incriminer le ministère de l’Education et de l’enseignement supérieur: “J’innocente le ministère, ce sont des éléments en dehors du corps de l’enseignement qui s’en prennent à moi cette fois ci. Depuis quelques semaines, je ne fais bizarrement plus l’objet de diffamations sur certains sites d’informations qui prennent habituellement du plaisir à étaler ma vie privée, diffamer et raconter des histoires d’argent me concernant... alors que plusieurs fois par semaine des articles sur moi y étaient publiés”, souligne Maâti Monjib au HuffPost Maroc, qui ajoute que le document qu’il doit signer fait partie d’une campagne de persécution à son encontre.

“Depuis le 18 février, je ne suis plus mentionné dans des articles mensongers. Cela coïncide plus ou moins avec la date à laquelle j’aurais quitté mon poste pour ne plus y enseigner. Ils ont trouvé une façon pour que l’abandon de mon poste puisse être justifié par ces attaques qui m’auraient poussé à quitter mon poste”, poursuit-il. Lorsque nous lui demandons qui sont ces “ils”, la conversation téléphonique est interrompue et Mr. Monjib reste alors injoignable. Contacté par le HuffPost Maroc, l’Institut des études africaines n’a pas donné suite à notre appel.

Dans sa publication l’historien affirme: “soyez sûrs mes ami-es, je résisterai, je ne déposerai jamais ma signature au bas d’un mensonge pour sauver mon boulot”. Il débute à nouveau une grève de la faim à la veille de son procès, reporté le 30 janvier dernier au 24 avril, au tribunal de première instance, où il est censé comparaitre avec six journalistes pour “atteinte à la sécurité de l’État”. Le tribunal a donné une raison à ce nouvel ajournement: “l’absence de certains accusés. Parmi eux, deux sont désormais établis en France, où ils disent avoir effectué une demande d’asile politique”, soulignait l’AFP.

Maâti Monjib avait déjà mené une grève de la faim en 2015 en signe de contestation suite à une interdiction de quitter le territoire émise à son encontre. Il avait alors été empêché de participer à des colloques à Barcelone et en Norvège.