MAROC
05/12/2018 17h:45 CET | Actualisé 05/12/2018 17h:46 CET

Accident ferroviaire de Bouknadel: Pourquoi le procès risque d'être long

“A chaque audience, de nouvelles parties civiles se constituent et demandent un report pour préparer leur défense"

Anadolu Agency via Getty Images

PROCÈS - Nouvelle audience, nouveau report. La troisième audience dans le procès de Laarbi Rich, conducteur du train qui a déraillé à Bouknadel le 16 octobre dernier, s’est tenue hier au tribunal de première instance de Salé. Elle a pris fin, sans surprise, par un report au mardi prochain, 11 décembre. “Cette fois-ci, le représentant légal de l’ONCF s’est présenté à la cour et a soumis une procuration en tant que tel au président de l’audience”, déclare au HuffPost Maroc l’avocate Hind Wahdani, membre de la défense de Laarbi Rich.

Autre partie qui s’est présentée à cette audience: le représentant de Wafa Assurance chez qui l’office avait souscrit son contrat d’assurance. “L’ONCF avait présenté dans ce procès un contrat d’assurance datant de 2009, puis une attestation montrant que l’assurance couvre cette année 2018”, précise l’avocate pour qui le procès s’annonce long.   

Et pour cause, le nombre important des parties civiles, les victimes de cet accident ferroviaire. “A chaque audience, de nouvelles parties civiles se constituent et demandent un report pour préparer leur défense. Nous avons prévenu le juge que, pour nous, le fond du dossier était prêt et que nous pouvions désormais plaider, mais il a refusé, parce qu’il faut que chaque partie le soit”, ajoute Me Wahdani. Celle-ci est bien consciente que le juge n’a fait que respecter les règles du “procès équitable” accordant à chacun le droit de se défendre, mais elle se justifie: “Si Laarbi Rich n’était pas en détention, nous ne serions pas aussi pressés. Chaque jour qu’il passe derrière les barreaux est, pour nous, injustifié”, plaide-t-elle. 

L’accusé, en détention depuis le 23 octobre, est “lui aussi victime de l’accident ferroviaire”, estime son avocate. “Nous avons demandé la liberté conditionnelle et nous continuons à le faire d’autant qu’il est père de famille et ne représente aucun danger pour la société. Mais, à ce jour, elle nous a été refusée et nous ne savons pas pour quelle raison”, s’interroge l’avocate, soulignant que le conducteur du train souffre encore de ses blessures suite à cet accident. “Il est physiquement affaibli et porte des points de suture. Son état est lamentable”, estime-t-elle. 

La défense de Laarbi Rich a obtenu, la semaine dernière, l’autorisation de faire appel à un médecin de l’hôpital Moulay Abdellah à Salé pour procéder à un examen médical. “Il est administrativement en arrêt maladie pour 30 jours que nous allons renouveler pour éventuellement 30 autres jours”, indique-t-elle. Ce deuxième certificat médical devra être déposé dans les meilleurs délais auprès de la direction de l’ONCF.

Poursuivi pour homicide et blessures involontaires conformément aux articles 432 et 433 du code pénal, après cet accident ferroviaire ayant fait 7 morts et 125 blessés, ce conducteur risque jusqu’à 5 ans de prison. En effet, l’article 432 stipule que “quiconque, par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou inobservation des règlements, commet involontairement un homicide est puni de l’emprisonnement de 3 mois à 5 ans et d’une amende de 250 à 1000 dirhams”. L’article 433 prévoit, lui, pour les mêmes raisons pouvant causer “involontairement des blessures, coups ou maladies entraînant une incapacité de travail personnel de plus de six jours”, une sanction d’un mois à 2 ans de prison et une amende de 120 à 500 dirhams ou de l’une de ces deux peines.