MAROC
22/10/2018 17h:53 CET | Actualisé 22/10/2018 17h:59 CET

Accident ferroviaire de Bouknadel: Les députés pointent du doigt la responsabilité de l'ONCF

"Est-ce que l’ONCF représente une ligne rouge à ne pas dépasser?”

ASSOCIATED PRESS

PARLEMENT - Une semaine après le dramatique accident ferroviaire de Bouknadel qui a fait 7 morts et 125 blessés, les parlementaires interpellent le gouvernement. À la séance des questions orales hebdomadaires de la Chambre des représentants ce lundi 22 octobre, majorité et opposition ont été unanimes à dénoncer “la vétusté” et “le manque d’entretien” du réseau ferroviaire. “La Cour des comptes avait soulevé dans son rapport sur l’ONCF le manquement à l’entretien et la détérioration des équipements, mais les recommandations n’ont jamais été mises en oeuvre”, lance le député du PAM Mohamed Benatia.

Comme lui, les députés ont estimé que la reddition des comptes s’impose dans cet état des lieux appelant à l’application de l’article premier de la constitution marocaine: “la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes”. “La bonne gouvernance fait défaut à l’ONCF autant que la sécurité et la transparence”, rétorque de son côté la députée istiqlalienne Abla Bouzekri qui se demande si “l’ONCF représenterait une ligne rouge à ne pas dépasser”.

Il n’y a pas de doute, pour le députés, l’office de Rabie Khlie doit reconnaître sa part “de responsabilité” dans cette tragédie. “Cet accident dévoile les dysfonctionnements de l’office à commencer par le décalage de ses équipements par rapport aux standards internationaux”, estime le député du PJD Hassan El Haris. Et de revendiquer la publication des résultats de l’enquête ouverte par le procureur général du roi près la Cour d’appel de Rabat sur les circonstances de cet accident. “Plusieurs enquêtes ont été ouvertes à l’occasion d’accidents ferroviaires survenus notamment à Fès et Témara, mais jamais les résultats n’ont été dévoilés”, reproche ce député au gouvernement.

“Il est impératif de renouveler le réseau ferroviaire et les trains... Les accidents ferroviaires au Maroc deviennent une guerre sans merci”, estime le député du Mouvement populaire Hmad Aït Baha, rappelant une série d’accidents ferroviaires que le pays a connu. 

Une qualification qui n’est pas du goût du représentant du gouvernement, Abdelkader Amara, le ministre de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau. “On ne peut pas dire qu’il s’agit d’une guerre!”, s’exclame-t-il, rappelant que le dernier accident ferroviaire avait eu lieu en 1993 à Témara et que les autres survenus à un passage à niveau ne rentrent pas dans la même catégorie. Le ministre a aussi tenté de minimiser la gravité de l’accident ferroviaire de Bouknadel par rapport à d’autres cas ayant fait beaucoup plus de victimes, citant notamment l’Espagne, l’Allemagne et Taïwan. 

Faisant le point sur l’accident ferroviaire de Bouknadel, le ministre rappelle les faits un à un dans le détail. “Ce train qui avait une capacité de 736 sièges comptait au moment de l’accident un total de 140 passagers (...) A 13h, la dernière victime avait été évacuée”, précise-t-il, soulignant que des mesures ont été prises, dont celle de couper l’électricité, limiter un périmètre de sécurité et la mise en place d’une nouvelle programmation pour assurer la circulation des trains. “Le premier rail a été fonctionnel dès midi de ce jour-là et le second le lendemain à 6h du matin”, dit-il. Et d’ajouter qu’une cellule d’écoute, une autre de crise et un numéro vert ont été mis en place. “Un comité de médecins, juristes et assureurs a également été constitué pour apporter le soutien nécessaire aux passagers”, indique le ministre, précisant que l’ONCF a publié “7 communiqués de presse et 5.000 données informatives”.

Quant à l’enquête, Amara se contente de déclarer que la gendarmerie royale a été saisie par le procureur du roi pour auditionner toutes les parties et personnes liées à l’affaire et que “les deux boîtes noires du train constitué, en fait, de deux trains, sont soumis à l’examen”. “L’ONCF, de son côté, mène une enquête diligentée par des experts”, affirme-t-il.   

Tant que l’enquête est en cours, aucune partie ne peut être tenue pour responsable pour l’instant. Mais le ministre de l’Equipement tient à souligner que “l’ONCF ne représente pas une ligne rouge”, en réponse à la députée istiqlalienne.  Pour le ministre, “l’ONCF est une institution qui appartient aux Marocains” et appellent les députés à “ne pas juger l’office” en promettant de mettre à leur disposition dès demain un rapport détaillé sur l’accident.