TUNISIE
24/02/2019 18h:01 CET

Abou El Kacem Chebbi: Un cœur fragile à l'encre indélébile

Aujourd'hui est le 110ème anniversaire de la naissance du poète national.

Wikipedia

S’il était encore de ce monde, l’emblème de la poésie tunisienne, Abou El Kacem Chebbi, aurait fêté ses 110 ans aujourdhui.

Mort subitement à l’age de 25 ans, il aura par sa courte existence marqué l’histoire de la poésie arabe et donné naissance à une légende, une icône de la culture tunisienne, qu’on surnomma ensuite le “Voltaire arabe”.

Influencé par la littérature française du 19e siècle, ainsi par les grands écrivains et poètes arabes, les textes du jeune Chebbi tournaient très souvent autour de la romance, mais aussi de la résistance, au moment où la Tunisie était sous protectorat français. Il composa également dans la vie, la mort, la mélancolie, la révolte, et la liberté.

N’hésitaitant pas à dénoncer l’occupation française, il avait marqué les esprits et bouleversé la poésie arabe par son célèbre poème Ela Toghat Al-alam (Aux tyrans du monde), traduit en plusieurs langues et interprété également en chanson.

Le jeune Zitounien s’était surtout démarqué par ses idées très critiques de la poésie arabe à l’occasion d’une conférence à Tunis en février 1929..

Ces propos lui avaient valu de rester longtemps sous le feu des critiques pour les idées audacieuses qu’il avait exprimées envers les poètes arabes, leur reprochant un côté superficiel peu méditatif dans leurs poésies.

Pour lui, ceux qui se disaient romantiques instrumentalisaient la femme la décrivant comme un objet de toutes leurs convoitises, contrairement à la poésie grecque qui la sacralisait, où elle était souvent dépeinte comme une muse.

Wikipedia
 

Mais le scandale provoqué par le jeune poète partout dans le monde littéraire arabe avait également fait réfléchir, c’est alors que Chebbi a été ensuite considéré comme un modernisateur de la poésie arabe, un pionnier de la poésie arabe moderne. 

Le jeune poète, très instruit et de famille noble et éduquée de la région de Tozeur dans le sud tunisien, était différent à bien des égards de ses camarades de l’université Zitouna. Il ne passait pas inaperçu avec son style vestimentaire, et le fait qu’il se rasait la barbe et ne portait pas de Chéchia comme l’était la coutume à l’époque faisait son originalité.

Mais son cœur était fragile, aussi bien dans ses poèmes que sur le plan physique. Il souffrait d’une insuffisance cardiaque (myocardite) depuis son plus jeune âge doublée d’une tuberculose vers la fin de sa vie, des maladies qui auront raison de lui à la fleur de l’âge.

Très affaibli par sa maladie, Abu El Kacem Chebbi poursuit néanmoins la poésie et se montre particulièrement inspiré durant ses dernières années, où ses écrits avaient été publiés à maintes reprises par des revues artistiques internationales, à l’instar du magazine britannique Apollo, ou encore Al-âlam al-adabi (en Français: Le monde littéraire).

Quatre ans avant sa mort, il s’était marié à une cousine avec qui il aura deux enfants, Mohamed Sadok et Jalel Chebbi, devenus respectivement colonel dans l’armée et ingénieur.

La poésie novatrice et le talent d’Abou El Kacem Chebbi n’ont été véritablement reconnus qu’une vingtaine d’années après sa mort. Laissant derrière lui quelque 132 poèmes et articles, sa mémoire a été rendue éternelle grâce à son frère Lamine qui avait réalisé l’un des rêves d’Abou El Kacem, publier un Diwan (recueil) de tous ses poèmes, qui a été ensuite traduit en plusieurs langues. 

Aujourd’hui, personne n’ignore le génie poétique d’Abou El Kacem Chebbi. La reconnaissance a été tardive, certes, mais son héritage est bien ancré dans l’histoire culturelle tunisienne.

D’innombrables hommages lui avaient été rendus après sa mort. Le plus marquant fut l’intégration des deux premiers vers de son poème “La volonté de vivre” à l’hymne national tunisien.

Outre les événements culturels qui lui ont été dédiés, des timbres postaux et un billet de banque ont également été créés à son effigie.

FETHI BELAID via Getty Images
Des touristes aux pieds de la sculpture d'Abou El Kacem Chebbi à Tozeur

Un prix littéraire à son nom a aussi été lancé.

Un poète génie des temps modernes, dont les écrits demeureront à jamais une fierté tunisienne, faisant de lui un homme au cœur fragile mais à l’encre indélébile.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.