MAROC
04/12/2018 17h:59 CET

Abolition de la peine de mort: Le Maroc appelé à voter la résolution onusienne d'un moratoire sur les exécutions

Depuis 1993, la peine de mort au Maroc n’est plus exécutée.

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DROITS DE L’HOMME - C’est un espoir auquel s’accrochent les militants pour l’abolition de la peine de mort au Maroc. Dans quelques jours, à la 73ème session de l’assemblée nationale des Nations unies, le moratoire sur les exécutions en vue de l’abolition de la peine de mort sera de nouveau soumis au vote. Le 19 décembre, les pays qui n’y ont pas encore adhéré, dont le Maroc, sont invités à le faire en guise de bonne foi de leur volonté de tourner définitivement la page de la peine de mort.

“C’est un appel solennel que nous lançons au Maroc à l’occasion de ce vote”, déclare au HuffPost Maroc le président de l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH), Boubkeur Largou. Ce dernier indique que son association a eu des rencontres avec plusieurs responsables et a adressé des messages à d’autres pour les sensibiliser à cette question. “Nous avons pu rencontrer au mois d’octobre le ministre de la Justice et nous avons adressé deux demandes au ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Pour l’une comme pour l’autre, notre objectif commun a été de solliciter que le Maroc approuve ce moratoire pour l’arrêt des exécutions qui, en réalité, est effective”, affirme Largou. 

Depuis 1993, la peine de mort au Maroc n’est plus exécutée, rappelle l’OMDH dans un communiqué publié ce mardi dans le dessein de mener un plaidoyer en faveur du vote de cette résolution onusienne. Et pour cause, si elles sont  prononcées, les peines de mort restent, toutefois, en sursis. Cette année, à fin septembre, 8 condamnations à la peine de mort ont été prononcées au Maroc. Et au cours de l’année dernière, 15 condamnations à mort ont été émises par les tribunaux des différentes régions du Maroc contre 6 l’année d’avant. Et au jour d’aujourd’hui, le nombre des condamnés à mort serait de 92 dont 3 femmes au Maroc.

Pour l’OMDH, le Maroc a tout à gagner d’un vote en faveur du moratoire puisqu’il est “en adéquation avec l’état actuel des choses”. “Ce serait en plus un indicateur positif pour le Maroc envers la communauté internationale et les militants pour l’abolition de la peine de mort”, estime le président de l’OMDH, précisant que ce vote avait été prévu le 13 courant avant d’être reporté au 19, permettant ainsi aux militants des droits de l’Homme d’en profiter pour réitérer leur appel. “C’est aussi l’une des recommandations fondamentales de l’Instance équité et réconciliation”, rappelle Largou soulignant que “les pays voisins prennent cette direction et que le Maroc ne doit pas être à la traîne”. 

Nouveau vote, septième chance d’y adhérer. L’OMDH regrette dans son communiqué que, durant les six dernières sessions, le Maroc ait choisi l’abstention et assure que cette option va à l’encontre des droits constitutionnels. L’association cite précisément l’article 20 de la constitution marocaine qui stipule que “le droit à la vie est le droit premier de tout être humain. La loi protège ce droit”. Elle cite aussi l’article 22 du même texte interdisant tout traitement portant atteinte à la dignité humaine.

Pour l’OMDH, il est temps de traduire la volonté en décision en votant cette résolution mais aussi le deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort. “D’anciens responsables marocains, notamment les défunts Mohamed Bouzoubaa, qui était ministre de la Justice, et Driss Benzekri qui était à la tête du Conseil consultatif des droits de l’homme, avaient déclaré que le Maroc est sur la voie de l’abolition de la peine de mort”, tient à rappeler le président de l’OMDH. Et d’ajouter que le roi Mohammed VI s’est montré ouvert à cette question en optant pour le débat national. “Ce sont, pour nous, des indicateurs positifs pour que le Maroc rallie les pays abolitionnistes de la peine de mort”, estime-t-il.

Le chemin ne s’arrêtera pas au vote, car les militants ont bien conscience que gagner une cause passe par la mobilisation et la sensibilisation de la société.