25/10/2018 14h:35 CET | Actualisé 25/10/2018 14h:35 CET

Abdeslam Seddiki: "Le PLF 2019 manque de mesures concrètes en faveur de la classe moyenne"

"La population a hâte de voir son niveau de vie s’améliorer, d’avoir droit à une éducation de qualité et à des services de santé accessibles”.

Abdeslam Seddiki/Facebook

ÉCLAIRAGE - Peut mieux faire. Présenté lundi soir aux députés des deux Chambres du Parlement par le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, le projet de loi de finances (PLF 2019) “n’apporte pas de chamboulements”.  C’est ce qui ressort de l’analyse de l’économiste et ancien ministre PPS de l’Emploi et des Affaires sociales, Abdeslam Seddiki, qui livre au HuffPost Maroc ses impressions sur le PLF 2019. 

Face à ce que l’ancien ministre appelle “des contraintes”, le PLF dans sa nouvelle version manque, à ses yeux, “de mesures concrètes au profit de la classe moyenne et de grandes réformes qui peuvent générer une valeur ajoutée supplémentaire”. Preuve en est, le taux de croissance économique annoncé de 3,2% et qui, “en grande partie dépendra des caprices du ciel”, fait-il remarquer. Et d’ajouter que la conjoncture internationale ne risque pas non plus d’arranger la situation. “Cette conjoncture ne se présente pas sous les meilleurs auspices eu égard aux tensions actuelles qui s’intensifient notamment entre la Chine et les États-Unis, dont le président, Donald Trump, décide d’adopter des mesures protectionnistes. Ce qui légitimerait pour la Chine de contre-attaquer. Cela va impacter nécessairement la demande mondiale”, prévient l’économiste. Ce dernier n’exclut pas d’ailleurs que cet impact soit perceptible au niveau des exportations du Maroc, notamment dans le secteur automobile.

Le pétrole, “un coup dur pour l’économie”

Autre prévision que tient à souligner Seddiki: le cours du baril qui risque de franchir les 100 dollars. “Si les États-Unis mettent en exécution leur veto contre l’Iran et si les événements actuels en Arabie saoudite prennent un autre tournant, il faut s’attendre à une augmentation automatique du cours du baril”, met-il en garde. Et d’estimer que ce sera “un coup dur pour notre économie, surtout pour la compétitivité des entreprises et la poche du consommateur qui devra payer”.

Tant que le gouvernement n’est pas encore intervenu pour amortir le coût des hydrocarbures, ce dernier risque vraisemblablement de flamber encore plus. “Malheureusement, le gouvernement s’est engagé à mettre en place un plafonnement mais il ne l’a pas fait”, regrette l’économiste mettant le doigt sur “la pression des lobbys”. “Le plafonnement est pourtant possible et plusieurs expériences l’attestent. On peut, par exemple, agir sur la taxe intérieure de consommation ou sur les marges de bénéfice des sociétés de distribution du pétrole. On peut aussi, au niveau des achats, créer des synergies pour obtenir des bonus de réduction à l’importation”, affirme-t-il. Et d’ajouter: “si on arrive à faire gagner au consommateur ne serait-ce qu’un dirham, cela compte beaucoup. Au lieu de payer son diesel à 10,40 DH, à 9 ou 9,50 DH, ce serait mieux”. 

En attendant d’agir sur ce point précis, le gouvernement a clairement mis l’accent dans ce PLF sur le dispositif social. “L’exposé du ministre des Finances n’a pas fait référence au programme gouvernementale, mais aux trois derniers discours du souverain qui ont une grande portée sociale”, constate l’ancien ministre. Les discours de la fête du Trône, de la Révolution du roi et du peuple et de la rentrée parlementaire ont été présentés en référence de l’élaboration du PLF 2019. 

Les budgets des différents ministères opérant dans les secteurs sociaux ont ainsi profité d’augmentations parfois supérieures à 10%. C’est le cas, souligne Seddiki, du ministère de l’Intérieur qui a eu droit à une augmentation de 12% et de celui de la Santé de 10,5%. “L’éducation nationale, elle, a vu pratiquement 3 milliards de dirhams de plus injectés à son budget annuel”, ajoute-t-il. Et de souligner que dans cette hausse budgétaire a également profité au fonds de cohésion sociale et au programme “Tayssir” pour la lutte contre l’abandon scolaire. “Le fonds dédié aux régions a atteint, pour sa part, près de 8 milliards de dirhams”, cite-t-il, entre autres.  

En tout cas, pour l’économiste et ancien ministre PPS de l’Emploi et des Affaires sociales, Abdeslam Seddiki, “il n’y a pas eu assez d’efforts pour répondre aux attentes” dans l’immédiat. “La population a hâte de voir son niveau de vie s’améliorer, d’avoir droit à une éducation de qualité et à des services de santé accessibles”, souligne Abdeslam Seddiki.

Emploi vs créativité 

À l’effort social s’ajoute la création de 25.458 postes budgétaires et de 15.000 autres contractuels pour l’éducation nationale. “Sur cette question, les conditions d’affectation de ces contractuels aux établissements scolaires sans formation pédagogique solide pose toujours problème”, confie Seddiki. Et de préciser que les 200 postes réservés aux personnes handicapées sur l’ensemble des postes budgétaires ne respectent pas le quota de 7%, mais pour des raisons souvent liées à la nature du poste. “Il faut un effort du privé et une solidarité nationale pour intégrer cette catégorie dans des ministères comme l’Économie et Finances, la Culture, la Justice et les Habous”, soutient l’ancien ministre de l’Emploi pour qui l’effort du gouvernement dans ce volet précis n’a rien de satisfaisant. 

Et pour cause, tabler sur l’investissement pour créer de l’emploi ne peut être efficace sur le terrain, estime cet expert. “La commission interministérielle de l’investissement qui s’est réunie mardi a approuvé des projets de l’ordre de près de 58 milliards de dirhams devant générer à peu près 32.000 emplois, soit 6,2 millions de dirhams par emploi. Avec cela, on ne pas résoudre le problème de l’emploi”, estime-t-il. Et d’ajouter que “le gouvernement doit faire preuve d’imagination pour résoudre le chômage”. “Et ce n’est pas seulement avec l’investissement qu’on y arrivera”, conclut-il.