ALGÉRIE
23/10/2019 17h:34 CET

Abdelmajid Attar : "Les incertitudes politiques actuelles inquiètent plus les étrangers que la situation des hydrocarbures"

Huffpost MG
L'ancien ministre et PDG de la Sonatrach à la radio nationale

Abdelmadjid Attar, ancien PDG de Sonatrach et ancien ministre, a prévenu contre l’ouverture à l’étranger du partenariat dans tous les champs pétroliers et gaziers, selon ce qui est retenu dans le projet de loi sur les hydrocarbures, à l’étude actuellement à l’APN. “J’ai lu les articles 57, 74 et 75 du projet. L’ouverture de tous les champs signifient Hassi Messaoud et Hassi Rmel, les plus grands du pays. Notre sécurité énergétique future est basée sur Hassi Messaoud et Hassi Rmel. Est-il raisonnable d’ouvrir ces deux champs au partenariat étranger ? A mon avis, c’est dangereux. On doit éviter cela même s’il est nécessaire d’ouvrir le partenariat dans les champs de moindre importance. Sonatrach travaille sur 70 petits champs sans rendement. Elle n’arrive pas à les développer pour des raisons techniques et financières”, a-t-il déclaré, ce mercredi 23 octobre, lors d’une rencontre organisée par le MSP, en son siège à Alger, sur les projets des lois des hydrocarbures et des finances.

Abdelmadjid Attar a cité les articles 93 et 94 relatives au partage des bénéfices. “Il est stipulé que le partenaire étranger ne peut pas prendre plus de 49% de la production globale. Globale par rapport à quoi ? Dans la loi de 1986, il était mentionné «la production annuelle”. Je pense qu’il faut rectifier cela. Il s’agit d’un piège qui peut mener à l’arbitrage. Il faut aussi apporter des précisions concernant le gré à gré”, a-t-il prévenu.

“Sonatrach est obligée d’assurer seule 90 % des programmes d’exploration”

Selon lui, le projet de loi sur les hydrocarbures facilite la tâche uniquement à Sonatrach, “confrontée à des difficultés financières et techniques après la chute des prix du pétrole”. “Sonatrach est obligée d’assurer seule 90 % des programmes d’exploration. Or, elle n’a pas suffisamment de ressources financières pour investir. Mais, il n’y a pas d’urgence car la loi n’est pas rétroactive, ne sera pas appliquée sur les contrats existant déjà, sur les réserves et sur la production actuelles. La réduction va se poursuivre. Il faut que la loi passe par le Parlement, la faire suivre par au moins trente texte d’application. Après, il faut négocier avec des sociétés pour établir des contrats pour les explorations et la production. Le premier baril de pétrole ou premier mètre cube de gaz ne sera pas produit avant cinq ans. Durant cette période, cette loi ne va rien nous apporter. Les incertitudes politiques actuelles inquiètent plus les étrangers que la situation des hydrocarbures. Ils savent que la loi change pour des raisons techniques ou financières, pas pour des raisons politiques. Améliorons d’abord la situation politique, amender la loi est facile après au bout d’un débat. A mon avis, le système politique actuel ne bénéficie pas de légitimité politique suffisante pour passer la loi sur les hydrocarbures”, a analysé Abdelmadjid Attar. 

Selon lui, le pays ne possède pas encore de politique énergétique qui prend en charge la transition énergétique et le modèle de consommation d’énergie. “Cela ne se règle pas par une loi. L’idéal aurait été de laisser au nouveau président, au nouveau gouvernement et au nouveau Parlement d’élaborer une politique nationale globale d’énergie. La loi des hydrocarbures en fera partie”, a-t-il plaidé.

“L’Algérie va être confrontée à de grandes difficultés à partir de 2022”

Abdelmadjid Attar a évoqué la mise à l’écart du Conseil national de l’énergie (CNE) qui a été créé en 1995 avec la charge d’assurer “le suivi et l’évaluation de la politique énergétique nationale à long terme”. “Théoriquement, une évaluation de la situation énergétique nationale aurait dû être remise au CNE pour qu’il donne ses appréciations et ses recommandations avant l’élaboration du projet de loi sur les hydrocarbures. Une loi qui doit aller, avant toute chose, dans l’intérêt du pays. Or, le CNE ne s’est réuni qu’une seule fois en 1997 ou 1998″, a-t-il noté.

Il a évoqué la chute continue des réserves de l’Algérie en gaz et en brut. “La production se réduit depuis 2008. L’Algérie va être confrontée à de grandes difficultés à partir de 2022. La rente gazière et pétrolière va s’effondrer d’une manière drastique et rapide si nous continuons à suivre la même politique, même si, pour dire vrai, nous n’avons pas de politique énergétique. A partir de 2030-2035, nous serons obligés de ne plus exporter le gaz naturel pour continuer à produire l’électricité. Vers 2030, la production du gaz sera consommée localement à 100 %. Nous serons forcés d’importer le gaz naturel à partir de 2040. J’ai dit cela en 2016 et en 2012. A l’époque, j’ai eu beaucoup de problèmes après ces déclarations. On m’a reproché d’avoir fait peur aux gens alors qu’aujourd’hui, Sonatrach et le ministre de l’Energie reconnaissent que 60 % des réserves ont été consommés”, a-t-il confié.

Selon lui, 98 % de la production de l’électricité se fait à partir du gaz naturel. “Depuis 2011, ils parlent d’énergies renouvelables. Il n’y a rien ! Sur 22.000 mégawatts, nous avons produit 500 mégawatts au maximum (…) Il est difficile de remplacer le gaz naturel par des énergies nouvelles d’ici 2040 ou de changer le modèle de consommation d’énergie. Je ne crois pas à de nouvelles grandes découvertes comme Hassi Messaoud ou Hassi Rmel”, a-t-il appuyé.

“Si nous voulons attirer des partenaires étrangers, nous devons baisser la fiscalité”

Abordant les aspects positifs du projet de loi sur les hydrocarbures, il a estimé que le nouveau texte donnera plus d’autonomie et de liberté à Sonatrach. “A travers la concession, notamment. Sonatrach aura une concession de trente ans. Cela va lui faciliter les choses. Elle va pouvoir travailler sans grand contrôle technique des administrations. La concession s’arrête dès qu’il y a un contrat d’hydrocarbures avec un autre partenaire. Les partenaires étrangers ne bénéficient pas de concessions. Autre aspect positif est le retour à la loi 1986/14 qui porte sur le contrat de partage de production qui a permis les découvertes de Hawdh Berkine et la consolidation des réserves nationales des hydrocarbures. Il y a aussi la réduction de la fiscalité. Si nous voulons attirer des partenaires étrangers, nous devons baisser la fiscalité. Selon mes analyses, cette réduction ne dépassera pas les 3 %. Si nous gardons le climat actuel, aucune société étrangère ne viendra investir en Algérie”, a-t-il détaillé. 

Le projet de loi sur les hydrocarbures simplifie, selon lui, le cadre contractuel. “Il n’y a aucune menace sur la souveraineté nationale, contrairement à ce qu’on se dit ici et là. La protection est garantie par les articles 8 et 53 du projet de loi. Cela concerne la propriété des réserves. Dans le partage de production, Sonatrach reste souveraine sur les champs. Le partenaire étranger prendra ses bénéficies au port de chargement. La propriété revient à la collectivité nationale”, a-t-il expliqué.