ALGÉRIE
21/03/2019 13h:16 CET

Abdelaziz Rahabi, diplomate et ancien ministre de la culture et de la communication : "Je crains la confiscation de la victoire du peuple, une fois de plus"

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Dans un entretien vous avez affirmé que le président Bouteflika quittera ces fonctions le 28 avril,  alors qu’il annonce vouloir introniser le prochain président ?

Il a toujours fonctionné comme ça : ne rien faire sous la pression et ne rien faire sans la pression pour négocier son départ  et s’assurer des protections pour ses proches. Il reste qu’il ne réalise  pas encore que seules les  institutions démocratiques  post-période de transition peuvent lui assurer des garanties légales. Un coup de force au-delà de son mandat électif prolongerait le pays dans une crise majeure et serait perçu comme un message de défi et d’arrogance vis à vis de notre peuple.  

Quand on n’entend pas ou on n’écoute pas les Algériens, on ne se place pas au niveau de la volonté populaire. Il est alors à craindre pour l’unité de la Nation et il faut dès à présent déterminer les responsabilités de ceux qui préparent l’Algérie aux désordres  et au chaos programmés.

Si le président part le 28 avril. L’Algérie plonge dans une crise institutionnelle. L’idéal serait-il qu’il démissionne de son plein grès pour éviter la vacance du pouvoir. Vous pensez cela envisageable ?

Il peut le faire, il doit le faire s’il veut aider l’après 28 avril. En même temps, il n’est pas indispensable qu’il le fasse parce que de toutes les façons nous sommes déjà dans un coup d’Etat constitutionnel après la décision de l’annulation des élections et l’offre de prolongation de son mandat.

La Constitution algérienne dans son architecture et dans son esprit n’assure pas un équilibre des pouvoirs et ne limite pas les pouvoirs exécutifs par des contre-pouvoirs. Les constitutions comme la nôtre, celles des régimes autocratiques ne comportent pas de mécanismes pour régler les crises politiques. 

Le véritable problème ne réside pas là où l’on pense car la souveraineté nationale est entre les mains du peuple. La stabilité de l’Algérie doit être  au-dessus de la constitution. Le moment est éminemment politique, grave et urgent

Le calendrier des prochains mois n’est-il pas favorable au régime qui peut organiser la prochaine présidentielle, après le départ du président ?

Il serait aventureux de vouloir organiser des présidentielles actuellement au moment où le peuple a besoin de temps pour s’organiser, se structurer sous toutes les formes : socio – professionnelles, politiques … Il doit entrer dans le fait politique organisé et élargir sa base démocratique pour éviter de retomber dans le travers  de l’émergence de force dominante ou au pire une atomisation  de la société qui rendrait le pays ingouvernable pour longtemps d’autant que nous n’avons aucune culture du pacte de “gouvernabilté”, de dialogue et de recherche de convergence.

J’avais proposé un modèle qui commencerait par la révision des lois sur les partis et le code électoral   et la mise en place d’un outil d’organisation et de contrôle des élections indépendante de l’administration. Suivi après six mois par des législatives, d’une constitution, d’un referendum et enfin la tenue des premières présidentielles démocratiques de l ’Algérie indépendante     .

Il est vrai qu’il est difficile  de le faire en moins de 18 mois mais cela offre la plus grande  garantie de  prise en charge des demandes du mouvement national citoyen qui pourra s’y impliquer et  y trouver une réelle  représentation.  Je ne crois pas aux solutions  d’urgence, le pays en a suffisamment payé le prix. En plus je crains la confiscation de la victoire du peuple, une fois de plus.

Est-il est urgent que le mouvement populaire s’organise et désigne ses représentants pour entamer les négociations avec le régime ?

Il n’existe aucune expérience au monde dans laquelle le gouvernement en place organise  la transition vers un autre système politique. Il s’agit tout simplement  de consacrer la présidence  à vie et de donner  des assurances aux puissances étrangères   sous la forme de garanties de continuité du système.

Bouteflika va finir par mettre l’Algérie sous curatelle étrangère au lieu de répondre à une  massive demande de son peuple qui a déjà  fait sa transition culturelle et politique.  Il sera difficile dans l’avenir de se mettre au niveau de ce peuple  surprenant, exigeant  et vigilant.