MAROC
26/03/2018 17h:53 CET

Abdelaziz Nouaydi :"Le fait de se convertir à telle ou telle religion est un droit et non une conspiration"

Les minorités religieuses plaident pour la liberté de culte, un droit garanti par la constitution.

AIC Press

LIBERTÉ DE CULTE - “Au Maroc, il faudrait interpréter l’islam d’une manière positive et non contre les droits humains, comme le font certains prêcheurs”.  L’avocat et militant des droits de l’Homme Abdelaziz Nouaydi plaide pour la liberté de culte. Pour lui, le Maroc y est engagé par la voie de sa constitution et son adhésion au Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Dans ce dernier, le militant cite, en particulier, l’article 18 dans lequel il est clairement stipulé que toute personne a le droit “de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé, par le culte et l’accomplissement des rites, les pratiques et l’enseignement”.

Si les principes sont clairs, leur mise en oeuvre suscite encore des interrogations, dont certaines ont été débattues, hier à Rabat, au cours d’une rencontre consultative organisée par le Comité des minorités religieuses. Cherchant à constituer une association marocaine des minorités religieuses pour s’accorder une reconnaissance officielle, ce comité devra s’armer de beaucoup de patience. “J’ai prévenu le comité, à l’occasion, que leur quête pourrait être difficile en raison de certaines appréhensions des autorités. Je leur ai conseillé de focaliser leur projet d’association non pas sur les minorités religieuses, mais sur la liberté de culte qui peut représenter toutes les religions et y impliquer les défenseurs des droits humains”, explique, au HuffPost Maroc, Abdelaziz Nouaydi, l’un des intervenants de la rencontre.

Si aux yeux du militant des droits de l’Homme, le mot “minorité” ne devrait pas s’appliquer à l’être humain, ce qu’endurent ces catégories religieuses prouve que la réalité est toutre autre. “Le sujet des minorités religieuses reste très sensible au Maroc où certaines parties au pouvoir, pas toutes, considèrent que reconnaître une minorité religieuse pourrait être un cheval de Troie de certains pays. Mais il ne faut pas s’avancer sur le chemin de ce genre d’interprétations. Le fait de se convertir à telle ou telle religion est un droit et non une conspiration”, plaide l’avocat. 

Pour lui, il n’y a pas lieux de stimuler des craintes tant que la loi sert de base à l’encadrement de toute pratique et que le système de veille assure le contrôle nécessaire pour éviter toute dérive. “On ne peut pas considérer une  personne qui choisit une religion autre que l’islam comme une menace à la stabilité de l’Etat. S’il est Marocain, il reste un citoyen qui partage avec ses semblables les mêmes droits et devoirs”, soutient Abdelaziz Nouaydi. 

La citoyenneté est justement l’argument phare qui légitime la volonté du Comité marocain des minorités religieuses de constituer une association. Si l’intitulé “Association marocaine des minorités religieuses” risque de changer suite aux recommandations des intervenants à cette rencontre, les revendications, elles, n’ont pas changé. Dans un communiqué, le comité rappelle, entre autres, le droit de ces minorités de participer à la vie publique, culturelle, sociale et religieuse et de créer des coordinations et des associations “sans leur imposer des conditions”. La création de cette première association qui représenterait ces catégories, ajoute le comité, reste dépendant “du traitement positif que les autorités publiques voudraient accorder au dossier”.

Pour le comité, il s’agit d’assurer aux minorités religieuses une équité sociale et juridique et favoriser leur intégration. Tous égaux, les minorités religieuses en font désormais le but à atteindre.

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