MAROC
08/03/2019 16h:57 CET | Actualisé 08/03/2019 17h:33 CET

À Tanger, des militants écolos se mobilisent pour que le jardin de la Mendoubia ne devienne pas un parking

Un jardin qui pourrait bien cacher des monuments historiques.

MONTICO Lionel / hemispicture.com via Getty Images

ENVIRONNEMENT - Ils sont révoltés. Si la transformation du jardin séculaire de la Mendoubia en parking souterrain, dans l’ancienne médina de Tanger, ne leur a pas été confirmée par les autorités de la ville, les militants pour l’environnement n’ont pas tardé à se mobiliser. “Le jardin a été assiégé, donc interdit d’accès au public et une pelleteuse s’y trouvait jusqu’à hier. Mais il n’y a aucune pancarte ou affiche pour nous expliquer ce qui se passe”, raconte au HuffPost Maroc Nezzar Hasscouri. Ce jeune Tangérois a rallié d’autres amoureux du lieu, comme lui, pour mener une campagne de sensibilisation dimanche 10 mars. 

Se faisant appeler “Jeunes pour stopper la destruction des jardins historiques de Tanger”, ce groupe d’une dizaine de jeunes a décidé de réagir à sa façon. “Nous irons tous au jardin de la Mendoubia, ce dimanche à 10h, avec des historiens, des enseignants et des sympathisants de la délégation de l’Office du Tourisme pour une balade instructive visant à faire connaitre l’histoire du site”, annonce ce jeune.      

Sur le portail de l’Office marocain de tourisme, ce jardin est classé dans la rubrique “monument”. On y apprend que le jardin de la Mendoubia remonte à l’époque où Tanger était zone internationale. “La Mendoubia a été créée pour abriter les bureaux et la résidence du Mendoub, représentant permanent du Sultan (...) Des pavillons de ce prestigieux bâtiment ont servi, en mars 1941, comme siège au consulat allemand”, lit-on sur ce portail, estimant que “le visiteur sera fasciné, entre autres, par l’architecture des lieux et par un arbre centenaire se situant à l’entrée de la Mendoubia”.

“En 2014, une société avait signé avec les autorités de la ville pour créer 6 parking souterrains, dont 4 ont été réalisés mais pas sur des sites écologiques”, indique Nezzar Hasscouri. Et de préciser que “ce sont les 2 autres qui posent problème parce qu’ils concernent deux jardins, celui de la Mandoubia, situé sur la place historique du 9 avril, et de la wilaya qui se trouve dans le quartier administratif”.

D’après ce jeune, le vice-président de la mairie de la ville aurait assuré que le jardin de la Mendoubia allait être réhabilité après les travaux de la société. “Mais on ne peut remettre des arbres centenaires à leur place ni des vestiges détruits par une pelleteuse”, fait remarquer Nezzar Hasscouri.

La campagne que veulent mener ces jeunes ne se limitera pas à une sensibilisation de quelques heures, dimanche, elle sera renforcée par une pétition et un appel à mobilisation générale de tous les acteurs. “Nous avons fait appel aux acteurs politiques dont certains, du Parti de l’Istiqlal et du Parti Annahda wa al Fadila, nous ont assuré leur soutien”, assure-t-il.

Quant à la pétition, Hasscouri indique que la liste de plus de 400 personnes et déjà prête à être signée à partir du dimanche: “C’est un droit constitutionnel. Une fois les signatures collectées, la pétition sera présentée aux autorités publiques à qui nous avons aussi adressé des écrits pour les mettre en garde contre la destruction de ce jardin”. 

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Des écrits, l’Observatoire pour la protection de l’environnement et des monuments historiques (OPEMH) ce cesse d’en envoyer dans l’espoir d’une réaction. “Dès que l’information a été relayée, nous avons saisi la mairie, la wilaya, la direction régionale de l’environnement, celle de la culture, du tourisme et bien d’autres institutions que nous estimons intimement liés de près à ce site, mais mutisme total”, regrette le président de l’OPEMH, Abdelaziz Janati. Pour ce militant bien connu à Tanger, le jardin en question pourrait bien cacher des monuments historiques. “On y avait trouvé une statue qui est actuellement au musée national. D’autres vestiges seraient ensevelis dans cette zone où l’espace vert a été aménagé bien plus tard historiquement”, explique-t-il.

A coup de communiqués, dont le dernier a été publié hier, cet observatoire cherche à faire entendre raison. “Qu’on nous dise au moins ce qu’il en est au juste. Nous n’avons aucune information, ni fiche sur le projet. Nous avons pour objectif, dans l’observatoire, d’assurer le suivi des politiques publiques en matière d’environnement mais on nous prive de l’accès à l’information”, déplore-t-il.

Ils ne baisseront pas les bras, pour autant. “L’action ne se limite pas à un communiqué, nous agissons pour susciter un mouvement de mobilisation dont le but, ici, est de préserver ce site”, souligne Abdelaziz Janati. Pour ce dernier, le sujet n’appartient pas seulement aux militants écologiques, mais à toute la ville et ses citoyens: “Tout le monde en parle, à présent, et le mutisme des autorités ne fait qu’amplifier la tension populaire autour de ce projet.”

Sur le sujet, le HuffPost Maroc a tenté, à plusieurs reprises, de contacter le maire de la ville, Bachir Abdellaoui, mais sans succès. En attendant un feed-back, l’observatoire lance un appel à toutes les associations et acteurs signataires de la Charte de l’environnement pour entreprendre des démarches communes de protestation.