ALGÉRIE
07/10/2019 11h:35 CET | Actualisé 07/10/2019 12h:57 CET

À Soustara on craint l’hiver à défaut d’avoir un toit

Huffpost Algérie
Youcef, habitant de Soustara

Dans le quartier populaire de Soustara, l’arrivée de l’hiver est le début d’un calvaire de plusieurs mois. On apprécie l’été indien qui prolonge une saison de quiétude, mais on sait pertinemment que c’est le calme avant la tempête. “Le danger pend sur nos têtes, et rien ne nous garantit qu’on en sortira vivant”, déplore Youcef, un jeune habitant la rue “Bône” à Soustara, donc la maison tombe en ruines.

Dans ce quartier populaire de la Casbah d’Alger, le souvenir de l’effondrement de l’immeuble qui a causé la mort de cinq personnes en avril dernier, est toujours vif. Certains ont échappé à ce terrible sort, mais d’autres, dont les habitations s’effritent aux quotidiens, sont toujours sous la menace.

“Pendant le mois sacré, des agents du recensement sont venus inspecter les lieux. Ils nous ont demandé de refaire les dossiers et nous ont promis qu’on nous donnera enfin des logements bientôt. L’hiver arrive et nous n’avons toujours pas de nouvelles. On nous dit que d’une famille à une autre la situation change c’est pour quoi ça prend autant de temps. Seulement nous le temps nous ne l’avons pas”, s’inquiète Youcef.

 

 

Youcef a passé son enfance à la casbah. Il a habité avec sa famille dans une mezzanine pendant plusieurs années. En 2005, la mairie décide de les déménager pour réhabiliter la maison. On les installe dans un ancien collège dénommé “Rue Annaba”. À l’époque déjà on leur a promis un logement dans les six mois.

“Nous sommes une quarantaine de familles à habiter cet ancien collège. Ma grande sœur a étudié ici et aujourd’hui elle y vit. Il y a des familles qui habitent même les caves. Les fortes pluies du mois d’avril, ont davantage affaibli les toits de la bâtisse”, confie Youcef devant le seuil de la porte.

De l’extérieur, la bâtisse ne paie pas de mine. En franchissant le seuil de la porte, une cour surplombe l’entrée. Youcef nous conduit dans sa maison au 3e étage. Les escaliers supportent mal le poids des années, ils sont maintenus par des poutres en bois. Youcef ironise “le dicton marcher sur les œufs prend tout son sens chez nous”.

Ni chaleur, ni lumière

Arrivé chez Youcef, sa maman nous accueille dans sa modeste maison. Fille de la casbah, elle habite Soustara depuis plusieurs années. Elle a travaillé comme femme de ménage à la mairie de la Casbah pour subvenir aux besoins de ses enfants après le décès de son mari.

Elle raconte avec désolation, l’injustice qu’elle a subie. “Il y a quelques années, un voisin qui travaillait à la mairie avec moi, m’a confirmé que j’ai bénéficié d’un logement mais qu’il a été attribué à quelqu’un d’autre. Je n’ai pas pu les poursuivre car je suis illettré”, confie la maman de Youcef.

 

 

Youcef nous fait visiter ce qui leur sert de maison constituée d’une pièce principale. Celle-ci est divisée en deux, une partie pour la cuisine, et une autre où dorment la maman de Youcef et sa sœur.

Youcef explique que l’eau des pluies s’infiltre de quasiment partout. Les murs imbibés en hiver provoquent des masses électriques qui laissent cette famille sans lumière parfois pendant des jours. Pour diminuer l’impact de la pluie, on se protège à l’aide de draps.

“En hiver il nous arrive de dormir avec nos manteaux à cause du froid qui rentre par les fenêtres sans vitres. On ne peut pas non plus avoir de résistance car ça provoque des courts-circuits. On préfère rester dans le froid que sans lumière”.

Insalubrité, humidité, froid, toutes ces incommodités font le quotidien de nombreuses familles de ce quartier et particulièrement de ce vieux collège.

 

 

Pour Youcef les autorités concernées, justifient souvent, le problème du relogement des familles de la Casbah par la présence de squatteurs ou propriétaires.

“On dit toujours que le problème de la Casbah ce sont ces familles qui ne veulent pas partir ou ceux qui squattent des maisons en rénovation. Ces familles ne sont pas à plaindre c’est le besoin qui les contraint à agir ainsi. Les autorités sont censées trouver des solutions et non pas de désigner les coupables”, souligne Youcef.

Les réseaux sociaux pour exister

Youcef travaille dans une imprimerie depuis plusieurs années. Ce jeune garçon se dit chanceux d’avoir échappé à la délinquance qui guette les enfants des quartiers populaires dès leur jeune âge. Lui s’est trouvé un métier et une passion, pour se prémunir aux idées noires et aux pensées négatives, dit-il fièrement.

Son métier c’est l’imprimerie et sa passion les réseaux sociaux. Depuis deux ans, Youcef est Youtubeur. Sa page “Dz Msg Casbah” a atteint les 100.000 abonnés récemment. Connu sur les réseaux sociaux pour son franc-parler, il évoque dans ses podcasts des problèmes de société comme l’immigration clandestine et n’hésite pas à dénoncer les injustices.

″À travers ma page, j’essaie à la fois de sensibiliser et de dénoncer les difficultés dans lesquelles nous baignons. Les quartiers populaires d’Alger sont souvent frappés par des malheurs. Ces années Il y a eu le drame des haragas qui ont péri en mer, l’effondrement de l’immeuble et bien d’autres. Donc quand il faut que je hausse le ton, je le fais, car c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour me faire entendre”.

 

 

Une vidéo en particulier a retenu l’attention des internautes qui l’ont visionnée plus de 50 000 fois. Il l’a dédié aux victimes de l’effondrement de l’immeuble à la basse casbah. Il l’a intitulé “la Casbah s’effondre”. Il dénonce le silence des autorités face à la misère de la casbah.

Soustara ce n’est pas seulement l’USMA. L’euphorie des jeunes supporteurs lors des victoires de leur équipe fétiche, cache un mal-être et une mal-vie qui perdurent. Youcef a su faire de l’adversité une force, seulement ce n’est pas le cas de tous les jeunes de son quartier.