ALGÉRIE
17/08/2019 10h:27 CET | Actualisé 17/08/2019 10h:28 CET

A Skikda, l’accès à la plage a un prix: “nous payons pour la sécurité”

Dans la station balnéaire Larbi Ben M’hidi, ex-Jeanne d’Arc à Skikda, les plages privées attirent les habitants locaux et des touristes des wilayas voisines. Un cadre agréable, propre où la sécurité est assurée… par des privés. La mer a désormais un prix…

Latifa Abada pour le HuffPost Algérie

La plage la plus prisée de cette cote de 10 km, est celle de l’hôtel «Belle Vue»  ouvert  en  2011. Les plaques d’immatriculation des voitures stationnées au parking ce  jeudi 15 août racontent la réputation de  l’hôtel : les Constantinois l’emportent, mais on trouve également des familles de Sétif, Batna, Annaba, Alger, Béjaïa, et Oum El Bouaghi.

Du parking de l’hôtel, on entrevoit la plage appelée autrefois “Plage Oued Righa”. Un amour de plage connue pour ses eaux limpides et ses grandes vagues.  Ce matin le drapeau est orange, la vigilance est donc de mise.  

Dans le passé, l’accès était libre et gratuit, aujourd’hui -, effet de l’incapacité des collectivités locales à assurer les services essentiels?-, les temps ont bien changé.

Pour  passer une journée à la plage de l’hôtel “Belle Vue”, il faut s’acquitter de 1500 dinars. C’est le prix de l’accès à la plage qui ouvre droit à un grand parasol, une table et quatre chaises. Il y a bien un restaurant sur place, mais  les familles peuvent apporter leur nourriture avec eux. Un point important qui fait la différence avec  Alger où les gens en sont empêchés et  contraints de  consommer sur place.

Les temps changent

Pendant que les plagistes placent les clients, les maîtres-nageurs patrouillent au bord de la mer et assurent la surveillance des baigneurs. Le service est bien assuré.. Ceux qui gèrent la plage veillent à la propreté des lieux, de nombreuses bennes à ordures installées à proximité. La plage est aussi équipée de sanitaires, douches et cabines pour se changer.

A midi, la plage fait déjà le plein.. Les serveurs du restaurant commencent à livrer le déjeuner aux clients dans les parasols, d’autres  sortent les repas apportés des glacières. Les jeunes préfèrent s’installer au restaurant.

Des clients de la plage privée de l’hôtel “Belle vue” s’accordent à dire que le service est satisfaisant. Depuis des années, les familles skikdies ont pris l’habitude de venir passer la journée à la plage où dîner le soir à la terrasse du restaurant qui offre une vue magnifique sur la mer.

Tous ne sont pas enchantés par ce “changement” car “payer pour nager” reste pour eux une “aberration”.  Pour un skikdi établi aujourd’hui à Alger et qui vient passer ses vacances à Skikda, s’il est normal que des hôtels aient leurs propres plages réservées, il ne comprend que toute la côte soit cédée aux privés.

“Mes parents ont habité l’ex-Jeanne d’Arc à la fin des années 70. Je suis né et j’ai grandi dans cette région. A l’époque il n’y avait pas toutes ces constructions. A la place des murs de séparation entre les maisons, il  y avait juste des barrières blanches. Je parie qu’aucun propriétaire de ces plages ne connait Jeanne d’Arc comme nous l’avons connue” dit-il avec une certaine nostalgie.

Lui, déplore la privatisation de la côte, à plus forte raison dans une ville qui manque terriblement de loisirs et où  les habitants de Skikda n’ont que la mer en été. “Habiter une ville qui dispose de plus de 130 KM de côtes et devoir réserver un budget pour se baigner dans sa ville est injuste. Ce n’est pas tout le monde qui peut payer une journée à la plage à hauteur de 1500 DA”, ajoute-t-il.

“Nos filles peuvent se baigner sans se faire embêter”

 Mais le skikdi algérois met un bémol en comparant entre Skikda et Alger. La comparaison n’est pas en faveur de la capitale. “Il m’arrive d’aller à une  plage à Alger. Elle n’est pas fameuse, il y a parfois des ordures en bord de mer et pour 1500 dinars tu as un parasol et deux transats. L’autre grand bémol est la consommation obligatoire sur place. Passer donc la journée, implique qu’on va beaucoup consommer. Cette journée à la plage nous coûte souvent 3000 dinars”.

Pour d’autres  Skikdis, payer pour nager n’est pas une mauvaise chose. Un papa venu avec ses trois filles à “Belle vue”, souligne qu’il  y a quelques années les plages de Skikda étaient très mal fréquentées et surpeuplées. Pour lui, La privatisation des plages a réconcilié les familles  Skikdies avec leur côte.  

“Au-delà des commodités mise à notre disposition à la plage, on paie principalement la sécurité. Nos filles peuvent se baigner sans se faire embêter. La majorité des clients de la plage sont des familles. Le personnel de l’hôtel veille au bien être des clients, on en a donc pour notre argent et bien plus”, dit ce papa, client fidèle de la plage “Belle Vue”.

Malgré la réputation bien établie de l’hôtel “Belle vue” et de sa plage, la concurrence reste rude dans la commune de Larbi Ben M’hidi. La concurrence est encore plus grande cet été avec la réouverture de la piscine semi-olympique. Les Skikdis, ravis de retrouver ce patrimoine qui a abrité de grandes compétitions internationales, affluent par centaines chaque jour.