MAROC
20/01/2019 16h:14 CET | Actualisé 20/01/2019 16h:19 CET

À Sebta, le nombre de mineurs marocains non accompagnés explose de 316% en un an

3.344 adolescents ont rejoint l'enclave espagnole, dont 42 filles.

FADEL SENNA via Getty Images
De jeunes marocains marchant près d'une clôture dans le port de Sebta, en avril 2018, espèrent trouver un bateau à destination de l'Europe.

MIGRATION - En l’espace de seulement une année, le nombre de Mineurs étrangers non accompagnés (Mena) arrivés à Sebta et pris en charge par les centre de mineurs a explosé, passant de 802 jeunes en 2017 à 3.344 jeunes en 2018, soit une augmentation de 316%, rapporte l’agence de presse espagnole Europa Press. La quasi totalité de ces jeunes ayant rejoint l’enclave espagnole sont marocains, poursuit la même source, précisant que ces mineurs viennent essentiellement des provinces voisines de Tanger et Tétouan, et comptent 3.302 garçons et 42 filles. 

Cette seule semaine, ce sont ainsi 295 adolescents marocains qui ont été pris en charge dans le centre pour mineurs “La Esperanza”, poursuit l’agence de presse ibérique. Parmi eux, 65 jeunes logent dans des modules préfabriqués dont s’est équipée en urgence la ville à l’automne dernier, sous l’effet de cette pression migratoire grandissante.

Le surpeuplement “empêche l’attention adéquate portée aux mineurs, porte gravement atteinte à leur coexistence et pose des problèmes de sécurité, aussi bien pour eux que pour les professionnels qui sont débordés et ont peu de chance de leur accorder l’attention et les soins dont ils ont besoin”, indiquent des sources gouvernementales espagnoles à Europa Press. 

Tout récemment, la site d’information locale Ceuta Actualidad soulevait le cas d’un centre où les pensionnaires mineurs, dans une bagarre générale entre plusieurs adolescents, s’en était finalement pris au personnel du centre en les attaquant à l’aide de chaise et de tables. “Nous partageons depuis des années cet avertissement, (...) nous craignons qu’il ne faille qu’un malheur ne se produise pour que des mesures soient prises”, alerte le 18 janvier dernier un communiqué de la centrale syndicale CSIF, craignant “un risque réel pour la sécurité du personnel et des mineurs”.

FADEL SENNA via Getty Images
Un jeune marocain escalade une clôture dans le port de Sebta, en avril dernier. 

Déjà en 2016, le phénomène inquiétait le gouvernement espagnol. Le ministre des affaires étrangères espagnol José Manuel García-Margallo évoquait alors un problème “urgent” et soulignait l’importance de trouver une solution commune avec les autorités marocaines, tandis que le président de Melilla, autre enclave espagnole au Maroc, Juan José Imbroda, déclarait que la ville était “débordée” par ces mineurs dont le nombre était alors passé de 200 à 320 en une année, soit une augmentation de 60%.  

Pour atteindre les enclaves espagnoles de Sebta ou Melilla, les migrants doivent escalader la clôture barbelée marquant la seule frontière terrestre entre l’Afrique et l’Europe. Les moins de 18 ans peuvent espérer bénéficier de la législation européenne, évitant ainsi d’être redirigés vers des centres d’expulsion, même si la plupart refuse toute aide des autorités espagnoles, préférant vivre dans les rues de Sebta et Melilla dans le but de rejoindre clandestinement l’Europe en se cachant dans des bateaux.

Selon l’ONG Save the children, 6404 migrants mineurs non accompagnés (MMNA) sont arrivés en 2017 en Espagne, soit presque le double de l’année 2016 où ils étaient 3997. En 2017, au moins 60% de ces mineurs étaient de nationalité marocaine.