MAROC
11/03/2019 12h:34 CET | Actualisé 11/03/2019 14h:11 CET

À Rabat, le collectif M.A.L.I. rebaptise des rues pour leur donner des noms de femmes

Le collectif dénonce ainsi l'absence de parité dans l'espace public.

Facebook/MALI

8 MARS - Pas de fleurs mais des noms de rues revisités. Cette année, à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le collectif M.A.L.I. (Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles) a lancé, le 10 mars, une nouvelle action, “parce que la journée de lutte pour les droits de la femme c’est tous les jours et pas seulement le 8 mars”, explique la porte-parole du Mouvement, Betty Lachgar, au HuffPost Maroc.

Les membres de l’association ont décidé de renommer des rues et boulevards de la capitale par des noms de femmes marocaines ayant marqué l’histoire du pays. Une initiative appelée Hunna (Elles). “Les femmes ont de tout temps été exclues de l’espace public pour être confinées dans un espace domestique, encouragées à l’effacement”, explique le collectif dans un communiqué. 

“L’absence de parité dans les noms des rues, avenues et autres places est un symbole de la domination masculine”, estiment les membres du collectif. “Parce que l’égalité entre les femmes et les hommes passe aussi par la féminisation de ces rues, M.A.L.I. rend hommage à ces femmes en les rebaptisant des noms de femmes illustres telles que Saïda Mnebhi, Dihya Al Kahina, Fatima Mernissi, Tin Hinan...”, poursuit le communiqué.

C’est au coeur de la capitale, dans le quartier Hassan, que ces changements symboliques ont été opérés. L’avenue Patrice Lumumba a ainsi été rebaptisée avenue Touria Chaoui, première pilote de ligne marocaine, la rue Idriss Alakbar est devenue rue Fatima Mernissi, sociologue marocaine et féministe, tandis que la place Abraham Lincoln a, elle, reçu le nom de place Dihya Al Kahina, reine amazighe du 7ème siècle. La rue Tétouan s’est vue pour sa part assigner le nouveau nom symbolique de rue Sayyda Al Horra, régente de la ville au 16e siècle.

Une action qui rappelle une initiative similaire tenue à Paris le 8 mars dernier, où des militantes féministes du collectif #NousToutes ont également renommé plusieurs rues de la capitale française. Ainsi, comme le rapporte Libération, “la rue d’Hautpoul s’est transformée en rue Malala Yousafzai (Prix Nobel de la paix), la rue Botzaris en rue Arria Ly (féministe) et l’avenue Simon-Bolivar a pris le nom de la magicienne Adelaide Herrmann.”

Cependant, comme l’assure au HuffPost Maroc Betty Lachgar, les deux happening ne sont pas liés. “C’est une idée qui me trottait dans la tête depuis 2015. À l’origine, cette action devait avoir lieu le 14 février, cela a finalement été reporté. Nous étions prêts pour le 8 mars mais nous avons ensuite estimé qu’il était plus symbolique de le faire le 10, pour signifier que tous les jours est le jour de lutte pour les droits des femmes”. 

Contrairement à la France, “il n’y a pas de statistiques officielles concernant les noms des rues au Maroc”, relève Betty Lachgar, indiquant qu’il est difficile de connaître le nombre exact de rues au Maroc portant des noms de femmes. “Personnellement, j’ai fait une rapide recherche sur Google Maps et j’ai trouvé quatre rues à Rabat portant des noms de femmes. Mais quand on sait qu’à Paris seul 5% des rues portent des noms de femmes, on n’ose imaginer ce que ça doit être au Maroc”. 

Des médias qui “reproduisent ces schémas”

En plus de l’absence des femmes dans l’espace public, M.A.L.I. dénonce également leur rareté dans les manuels scolaires et les médias. “Dans les domaines artistiques, scientifiques, littéraires et politiques, on doit beaucoup aux femmes”, fait valoir le communiqué. “Les femmes sont par ailleurs largement absentes des ouvrages scolaires et très peu présentes dans les différents médias marocains qui reproduisent ces schémas”.

“On a souvent fait remarquer que quand il y a des invités sur un plateau télé ou à la radio, quelle que soit la thématique, ce sont majoritairement des hommes qui interviennent, y compris quand il s’agit de droits de la femme”, s’indigne la porte-parole du mouvement interrogée par notre rédaction.

Le collectif de défense des libertés individuelles n’en est pas à sa première action coup de poing. Le 25 novembre 2017, à l’occasion de la Journée internationale de l’élimination des violences contre les femmes, armé de colorant rouge, le mouvement avait pris d’assaut quelques fontaines de la capitale pour alerter ainsi les consciences. “Par son action, M.A.L.I. dénonce la situation alarmante de la condition des femmes et des filles au Maroc. Il est impératif de se questionner, de se positionner quant à la responsabilité de l’État, du gouvernement et de la justice, en matière d’éducation, de législation et de lutte contre l’impunité”, relevait alors un communiqué du mouvement.