MAROC
02/03/2016 07h:30 CET | Actualisé 02/03/2016 07h:30 CET

À quoi ressemblerait une présidence de Donald Trump?

Reuters
Donald Trump, le 28 février 2016, à Madison dans l'Alabama.

ÉTATS-UNIS - Donald Trump était en train de débiter son chapelet d’injures personnelles, de démagogie et de fanfaronnades pendant son meeting du 26 février lorsqu’une femme de l’assistance a considéré qu’elle en avait eu assez. "Arrête de raconter des bêtises, Donald!” s’est-elle exclamée. “Parle-nous de ton vrai programme ! Qu’est-ce que tu vas faire ?"

Cette femme n’était pas une contestataire, a-t-elle expliqué à ses voisins dans l’assemblée, peu à l’aise avec sa prise de parole. Etant donné que Trump est de loin le favori pour emporter la nomination républicaine en vue de l’élection présidentielle, elle était en toute sincérité curieuse de l’entendre dire ce qu’il prévoyait de faire une fois président. Donald Trump poursuivant son manège habituel, elle abandonna rapidement, et se joignit aux centaines de personnes qui s’échappaient déjà du Fort Worth Convention Center.

Un maximum de promesses mais...

La frustration de cette femme vis-à-vis de Trump reflète l’approche à laquelle il s’est tenu depuis son entrée en course en juin dernier: faire un maximum de promesses, sans rien dévoiler en détail de la manière dont il pourra les tenir.

Donald Trump a affirmé qu’il vaincrait l’Etat islamique. Comment? Il va “leur bombarder la gueule”. Donald Trump jure qu’il abrogera l’Obamacare [loi qui améliore la protection santé des Américains, adoptée sous l’administration Obama]. Et par quoi va-t-il la remplacer? Quelque chose de “bien mieux”, bien entendu. Donald Trump fanfaronne qu’il va construire un très grand et très beau mur sur la frontière avec le Mexique. Et comment va-t-il arriver à le faire financer par l’Etat mexicain? Il va juste leur dire de payer.

Pour quiconque cherchant à appréhender de manière raisonnable ce à quoi pourrait ressembler une administration Trump, la stratégie du candidat qui consiste à ne parler qu’en généralités constitue un obstacle difficilement surmontable. “Ce qui rend difficile d’émettre des hypothèses sur Trump est que tout chez lui est rhétorique, en quelque sorte”, affirme John Samples, vice-président du Cato Institute. “Franchement, c’est du vide. En plus, on ne l’a jamais mis face à tout ce qu’il a pu dire, donc impossible de savoir comment tout ça va fonctionner par la suite.”

Un approche autoritaire

Il est sans doute difficile de deviner combien de propositions de Trump pourraient être mises en œuvre, mais il est plus facile d’imaginer que le monde serait bien différent à partir du moment où il poserait la main sur la Bible pour prêter serment. La levée de boucliers qu’il a suscitée à l’international suite à sa proposition d’interdire l’entrée des musulmans aux Etats-Unis n’en est qu’un exemple parmi d’autres.

Et Donald Trump n’a laissé aucune place au doute quant au fait que, s’il était président, il gouvernerait avec une approche autoritaire qui le verrait satisfaire ses vendettas personnelles, chercher de nouvelles manières de contourner le Congrès et remettre en cause le rôle de l’appareil judiciaire.

Il faut bien intégrer que lors du meeting de Fort Worth vendredi, Trump a suggéré de limiter les libertés de la presse. “Je vais étendre la portée des lois sur la diffamation, pour que quand ils écrivent à dessein des articles négatifs, méchants et infondés, on puisse les poursuivre et gagner beaucoup d’argent”, a-t-il dit. “On va étendre la portée de ces lois sur la diffamation. Comme ça, quand le New York Times écrit un article racoleur, une honte absolue, ou quand le Washington Post, qui est ici pour d’autres raisons, écrit un article racoleur, on puisse les poursuivre et gagner de l’argent au lieu de n’avoir aucune chance de gagner parce qu’ils sont complètement protégés.”

Déjà des signes de tensions

Pour que le président Trump arrive à tenir cette promesse en particulier, il devra déposer une requête auprès de la Cour suprême, dont la décision dans l’affaire “New York Times contre Sullivan” jugée en 1964 a établi des protections renforcées pour les journalistes, qui peuvent depuis traiter des personnalités publiques sans crainte de conséquences juridiques. Et si ses tentatives de convaincre toutes les composantes de l’administration fédérale à faire ce qu’il souhaite échouent? C’est là que la crise nationale commencera véritablement.

Il existe déjà des signes de tension. L’ancien chef de la NSA et de la CIA Michael Hayden a affirmé vendredi que si le président Trump parvenait à faire passer sa promesse de tuer les membres des familles de terroristes, les militaires américains “refuseraient de passer à l’acte”. "Vous ne devez pas appliquer un ordre illégal”, a affirmé Michael Hayden alors qu’il participait à l’émission “Real Time with Bill Maher”. “Une telle chose entrerait en violation de tous les textes internationaux sur les conflits armés”.

Même s’il parvenait à éviter le désastre que constituerait un blocage entre la Maison blanche et l’armée, Trump n’a pas fait grand-chose pour masquer son penchant pour un règne autoritaire. Il a, après tout, couvert Vladimir Poutine d’éloges, mettant en exergue les qualités de leader du président russe, particulièrement admirables selon lui.

"Un mélange de Reagan et de Kennedy"

Alors que les autres candidats républicains déploient une critique cohérente de l’activité du président Barack Obama en tant que chef de l’exécutif, Donald Trump a fait clairement savoir à de nombreuses reprises qu’il avait l’intention d’utiliser l’autorité que confère le pouvoir exécutif pour agir lorsque le Congrès ne le fait pas.

Sa position sur l’Accord de libre-échange nord-américain en est l’illustration. "On va soit le renégocier, soit le rompre", a affirmé Donald Trump lorsqu’il a été interrogé sur l’Aléna lors d’une interview de l’émission “60 Minutes”. Nombre de soutiens de Donald Trump estiment que sa flexibilité idéologique est un des plus gros atouts qu’il apporterait à la Maison blanche. Cet état de fait est inquiétant pour le sénateur de Floride Marco Rubio et le sénateur du Texas Ted Cruz, qui essaient tous les deux de dépeindre le favori républicain comme trop peu conservateur.

L’ancien candidat républicain au poste de gouverneur du New Hampshire Andrew Hemingway nous a par exemple affirmé qu’il pensait que le président Trump serait “un mélange de Reagan et de Kennedy”. “Une présidence Trump serait un rayon laser pointé sur le gaspillage et la fraude”, explique-t-il. “Il l’a montré dans la manière dont il a mené sa campagne: économe, simple et extrêmement efficace. Il sera aussi le président le plus travailleur et le plus battant de l’histoire. Il fera des choses que la plupart des gens considèrent comme impossibles.”

Cet article, initialement publié sur le Huffington Post Etats-Unis, a été traduit de l’anglais par Mathieu Bouquet.

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