ALGÉRIE
27/07/2018 12h:51 CET

"A qui la faute": la polémique enfle en Grèce après les feux meurtriers

Alkis Konstantinidis / Reuters

La polémique enflait vendredi en Grèce sur les fautes ayant conduit à la mort de 82 personnes dans l’incendie qui a ravagé lundi la région d’Athènes, l’opposition accusant le gouvernement de vouloir se dédouaner en invoquant une possible origine criminelle du sinistre.

Parallèlement, la difficile identification des victimes au moyen d’analyses d’ADN se poursuivait, la première étape, celle de l’autopsie des corps, devant être conclue dans la journée, selon les services légistes.

“De 75 à 80% des corps sont carbonisés” a précisé sur la radio 9,84 Grigoris Léon, président de la société grecque de médecine légale. L’identification prendra elle encore quelques jours. M. Léon n’a pas exclu que certains, ”étrangers ou personnes seules”, ne puissent pas être identifiés faute de signalement par leurs proches. 

Le gouvernement grec a annoncé jeudi soir avoir saisi la justice d’un ”élément sérieux” pouvant indiquer que l’incendie qui a ravagé la côte orientale de l’Attique était d’origine criminelle. 

Dans une conférence de presse au côté notamment du chef des pompiers, le porte-parole du gouvernement, Dimitris Tzanakopoulos, a de nouveau imputé l’ampleur du bilan humain à la violence des vents. 

La progression foudroyante du feu, qui a ravagé la zone en ”à peine une heure et demie” a privé les autorités de toute marge pour agir à temps et évacuer les résidents, a-t-il fait valoir.  

Les officiels ont aussi souligné que les pompiers avaient dû faire face lundi à 13 départs de feu simultanés en Attique.  

“Nous sommes tous responsables”

L’argumentation a été rejetée par l’opposition. “Ce spectacle déplorable de rejet de toute responsabilité ne peut provoquer que de la colère”, a rétorqué le principal parti d’opposition, la Nouvelle-Démocratie (droite). 

“Incapables et provocateurs”, titrait en une sur une photo du gouvernement le quotidien Ta Néa, proche de cette formation.

“Pas une seule démission”, s’est aussi indigné l’un des dirigeants de l’opposition centriste, Stavros Théodorakis. 

Le ministre adjoint à la Protection des citoyens, Nikos Toskas, a affirmé avoir renoncé à démissionner à la demande du Premier ministre. 

Sur les plateaux de télé et les ondes des radios, les divers services impliqués se renvoyaient aussi la balle. 

Evangelos Bournous, le maire de Rafina, dont dépend en partie la localité de Mati, la plus frappée par les feux, a jugé que la police et les pompiers avaient contribué à piéger les habitants en fermant la route principale longeant le secteur.

Des responsables policiers et des pompiers avaient auparavant affirmé ne pas avoir bloqué cette issue. 

Beaucoup de victimes sont mortes en tentant de rallier la mer, à l’accès parfois barré par des falaises, par des rues “larges d’à peine 3 ou 4 mètres”, a précisé le maire. 

“Nous sommes tous responsables, gouvernements, services et citoyens”, a-t-il toutefois ajouté, précisant que sa maison familiale, qui a brûlé, avait, comme beaucoup des quelque 4.000 autres de Mati, été construite illégalement au milieu de la pinède il y a plusieurs décennies. 

“Zone de guerre”

La mise en cause de la promotion immobilière sauvage, plus ou moins légalisée a posteriori, et du non-respect généralisé des normes d’aménagement du territoire pour cause d’indiscipline citoyenne et de complaisance officielle, est un exercice récurrent en Grèce, après chaque catastrophe. 

“La question désormais est de savoir ce qui peut être fait” pour éviter une nouvelle tragédie, soulignait l’éditorial du quotidien libéral Kathimerini.

Le ministre de la Défense, Panos Kammenos, a toutefois heurté beaucoup de Grecs en rejetant devant un micro de la BBC la faute sur les propriétaires: “c’est le moment qu’ils comprennent que c’est dangereux pour eux et leurs familles de ne pas suivre les règles et les lois”, a-t-il affirmé lors d’une tournée sur place. 

“Vous nous avez laissés à la merci de Dieu. Il ne nous reste rien!”, lui avait auparavant lancé une habitante. 

A Mati, où 49% des maisons ont été déclarées inhabitables, les rescapés continuaient vendredi de tenter de sauver ce qui pouvait encore l’être, soutenus par un vaste élan de solidarité, avec l’afflux de dons et de volontaires. 

“Cela ressemble à une zone de guerre, c’est indescriptible”, s’émeut l’une d’elles, Zoi Pantelidou, 26 ans. 

Occupée à nettoyer sa cour, la septuagénaire Sophia Tsaganou Profitou entasse les bouteilles d’eau offertes par des bénévoles: “il s’écoulera peut-être un mois avant que l’eau soit rétablie”, explique-t-elle. L’essentiel de la zone restait également privé d’électricité.