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29/06/2013 04h:33 CET | Actualisé 29/08/2013 06h:12 CET

A quels seins se vouer?

Je n'affirme pas que dévoiler sa poitrine soit le meilleur moyen contestataire. Cependant, pourquoi devrions-nous nous conformer aux normes sociales considérant la poitrine de la femme comme Awra? En réalité, on attribue aux seins un pouvoir autant maléfique que bénéfique.

Depuis que la jeune Amina a dévoilé sa poitrine avant de poster une vidéo sur internet, je ne cesse de lire les commentaires, parfois acerbes et caustiques, formulés, tenez-vous bien, par des femmes dites modernes et démocrates, et par des hommes appartenant à toutes classes sociales confondues.

Je n'affirme pas que dévoiler sa poitrine soit le meilleur moyen contestataire. Cependant, pourquoi devrions-nous nous conformer, ou pourquoi cette adolescente devrait-elle se conformer, aux normes sociales considérant la poitrine de la femme comme Awra, un objet de désir, apte à détourner les hommes de leur religion et à semer la zizanie parmi eux? En réalité, on attribue aux seins un pouvoir autant maléfique que bénéfique.

La poitrine maléfique

La poitrine est maléfique puisqu'elle suscite un désir que nos mâles sont dans l'incapacité de réfréner. C'est là ce que je trouve pour ma part aberrant, tant j'estime qu'un homme normalement constitué, en pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels, peut, ou plutôt, doit pouvoir regarder une femme sans pour autant la reléguer au rang d'objet sexuel et de désir! La femme n'a, en fait, aucun rôle à jouer dans cette configuration, puisque c'est l'homme qui est désirant; qui se laisse dominer par ses instincts et non par sa raison; qui désire et qui est agressé par la vue d'une poitrine dénudée... Pourquoi alors devrait-on sanctionner la femme et la condamner? Le coupable est le regard, qui envoie des messages au cerveau pour qu'il déclenche les mécanismes du désir. Et si, pour une fois, la gente masculine considérait la femme comme un être humain doué de raison, un partenaire sagace et circonspect, et non comme une proie à pourchasser et à conquérir, objet sexuel destiné à assouvir son désir effréné?

La poitrine bénéfique

La poitrine est la source nourricière qui alimente les nourrissons sans défense auxquels la femme a donné naissance. En ce sens, elle est assimilée à la vie, à la maternité et à la perpétuation de la race: elle est perçue comme un élément vénérable et majestueux. Combien de femmes, de par le monde, accomplissent tous les jours ce geste anodin et allaitent leurs bébés sans pour autant déclencher l'ire de nos hommes ou susciter leur désir? Combien de fois ont-elles dévoilé leurs seins, tout naturellement, sans que personne ne trouve rien à y redire? Dans ces cas-là, les femmes sont assimilées à la mère nourricière et leurs fonctions sexuelles sont reléguées aux oubliettes.

Il s'agit, à mes yeux, d'une simple sexualisation du corps féminin et, par-delà, d'une réification de la femme, en parallèle à une réification de l'homme, puisque c'est son regard qui transforme la femme en objet sexuel, et lui-même en être incapable de se dominer et de dominer ses instincts. En réifiant la femme, l'homme, en définitive, nie son humanité et se reconnaît des caractéristiques animales, car seul l'animal est soumis à son instinct.

C'est pourtant finalement la femme qu'on incrimine et Amina qu'on doit incriminer.

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