MAROC
29/11/2018 14h:58 CET | Actualisé 29/11/2018 15h:01 CET

À Nador, la liberté provisoire accordée à un présumé pédophile révolte association et famille de la victime

Une affaire qui remonte au mois de mars, mais dont le procès a commencé hier, à la Cour d’appel de Nador.

"Touche pas à mes enfants"
La présidente de "Touche pas à mes enfants", Najia Adib, devant la Cour d'appel de Nador avec la victime après l'audience du 28 novembre 2018

PÉDOPHILIE - “Il ne veut plus aller à l’école. Pourtant, c’était un très bon élève”. Amer, Benaïssa, l’oncle paternel de A.A., 9 ans, raconte au HuffPost Maroc le cauchemar dans lequel a sombré toute la famille depuis que son neveu a été violé. Dans la commune de Midar à Driouch (à 75 km de Nador), où réside la famille, on ne parle plus que de cet enfant, nous assure Benaïssa. “C’est devenue l’affaire de tous, celle de l’opinion publique. Tout le monde, ici, est indigné par ce qui s’est passé et attend que la justice donne raison au petit A.A.”, confie-t-il à notre rédaction. 

Une affaire qui remonte à plusieurs mois, mais dont le procès a commencé, hier, à la Cour d’appel de Nador. “C’est au mois de mars, au cours des funérailles du grand-père maternel de l’enfant, que cette agression a eu lieu”, précise Benaïssa. Dans son récit, il raconte que son neveu a été invité par le mari de sa tante maternelle, un homme de 67 ans, résidant en Belgique et venu pour les funérailles, à acheter des bonbons de chez l’épicier. “C’était seulement pour l’emmener chez lui en douce. Toute sa famille est en Belgique, il n’y avait donc personne et il en a profité pour le violer et ensuite le menacer de ne le dire à personne, d’après ce qu’il nous a raconté bien plus tard”, regrette-t-il.

Le garçon n’a en effet rien dit mais il a tout de même changé. “Il n’était plus le même, mais aucun de nous n’aurait su dire pourquoi. Il a fallu que son agresseur retente son crime pour que l’enfant décide de tout révéler”, dit-il. Et de préciser que c’est à l’occasion d’autres funérailles, toujours dans la même famille en août dernier, que la petite victime est sorti de son silence. “Il voulait encore l’emmener chez lui et c’est là que l’enfant est allé en courant chez sa maman pour lui révéler ce qu’il lui a fait subir. C’était le choc, sa maman s’est même évanouie”, raconte-t-il.

Le combat judiciaire commence alors. “À ce moment-là, il avait été arrêté et détenu et il n’avait pas le droit non plus de franchir les frontières suite à la décision du juge d’instruction. Mais en raison d’un premier certificat médical dressé par un médecin à l’hôpital provincial de Nador n’ayant rien constaté sur l’enfant, il a été relâché et l’interdiction de franchir les frontières a été levée”, s’indigne Benaïssa. Et de souligner que l’enfant était pourtant bien précis, notamment en décrivant à la gendarmerie royale durant son audition l’agression et les lieux où celle-ci s’est produite.

Mais après plusieurs mois, retrouver les traces sur le corps nécessitait plus qu’une simple consultation. “Nous avons emmené l’enfant pour expertise au CHU d’Oujda et là, le professeur qui l’a réalisée a bien constaté des déchirures et des blessures dues au viol. Nous l’avons présenté à la justice pour demander son incarcération et l’interdiction de quitter le pays mais nous attendons toujours et nous avons peur qu’il reparte en Belgique”, craint-il, affirmant que l’enfant souffre au quotidien et qu’il refuse désormais de quitter sa maison.

Pour l’appuyer et se faire entendre, c’est à l’Association Touche pas à mes enfants que la famille a fait appel. Najia Adib, qui en est la présidente fondatrice, est allée, le 27 novembre, rendre visite à la victime et assister à l’ouverture du procès le lendemain. À cette première audience, l’accusé ne s’est pas présenté, ce qui a révolté la famille et la militante. “Il est inadmissible que pour ce genre de crime, l’accusé ne soit pas en détention préventive. La nature du crime et la sécurité de l’enfant l’imposent”, déclare-t-elle au HuffPost Maroc

La militante nous confie que sa première démarche a été de frapper à la porte du président de la Cour d’appel de Nador. “Je suis allée le voir, en compagnie de la victime et munie du certificat médical mais aussi d’une copie de la décision du juge d’instruction lui accordant la liberté provisoire alors qu’il est poursuivi conformément à l’article 485 du code pénal”, nous explique-t-elle. Cet article en question stipule, entre autres, qu’il est puni de la réclusion de dix à vingt ans tout attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violences contre un enfant de moins de 18 ans. Un crime grave qui légitime, aux yeux de Najia Adib, la détention provisoire de l’accusé. “La victime a été très courageuse. Devant le président de la cour, il a raconté les faits dans le détail. Et, au fur et à mesure, je l’interpellais sur des détails auxquels il a répondu avec précision. Le président nous a alors promis de prendre en charge l’affaire”, nous confie-t-elle.

La prochaine audience est prévue pour le 12 décembre. La famille et l’association croisent les doigts pour que l’accusé ne fuit pas le Maroc d’ici là et soit incarcéré et interdit de franchir les frontières le plus tôt possible. En attendant, Najia Adib tente de convaincre A.A. à revenir à l’école. “Ils me reconnaissent et se moquent de moi”, lui dit-il, d’après ce qu’elle nous raconte, insistant sur sa volonté de ne pas baisser les bras jusqu’à ce qu’il soit dans sa classe, 4ème année du primaire. 

“Le psychologue qui le suit a recommandé aux parents de changer d’environnement pour que l’enfant n’ait pas à vivre à côté de son violeur, ni de la maison où il a subi ce châtiment mais faute de moyens, c’est impossible”, regrette son oncle Benaïssa.