TUNISIE
18/09/2019 10h:17 CET | Actualisé 18/09/2019 10h:17 CET

À Los Angeles, travailler à plein temps n'empêche pas de devoir dormir dans sa voiture

Alors que les SDF sont de plus en plus nombreux sur les trottoirs de la ville, les prix faramineux de l'immobilier poussent aussi un grand nombre d'habitants, souvent insérés dans le monde du travail, à vivre dans leur véhicule.

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À Los Angeles, les vans et camping-cars font désormais partie du paysage de certaines rues, comme celle-ci, où ils stationnent en permanence.

ÉTATS-UNIS - En deux semaines, Jasmine a eu le temps de mettre au point sa technique. Le siège bébé, normalement positionné à l’arrière de sa berline, passe derrière le volant. Puis elle abaisse légèrement les dossiers des places arrière, même si son coffre est rempli, et couvre les fenêtres avec des serviettes. “Et on dort en s’allongeant là”, explique-t-elle en montrant la banquette.

Jasmine, 26 ans, est à la rue à Los Angeles depuis trois mois avec son fils Julian, 2 ans et demi. “Après ma rupture avec mon petit-ami, l’un de nos colocataires a décidé que je devais quitter le logement. Il ne m’a pas laissé le choix, et a gardé une grande partie de mes affaires”, raconte-t-elle au HuffPost. Elle a perdu son travail au sein du service client d’une grande société américaine de produits de soin quelques semaines plus tard. Après avoir dormi chez des amis et à l’hôtel, la jeune mère s’est résolue il y a quinze jours à vivre dans sa voiture.

Elle passe désormais ses nuits devant les maisons du quartier dans lequel elle a vécu depuis son arrivée du Mexique à ses six mois, South Los Angeles (connu sous le nom de South Central), un périmètre regroupant certaines des zones les plus pauvres de la ville. Son quotidien n’est plus que débrouille. Ce 9 août, elle récupère des couches gratuites et un repas auprès d’une association, avant de profiter de pouvoir utiliser une douche mobile avec son fils. “C’est une situation très triste et inconfortable. Je ne le souhaite à personne”, chevrote la jeune mère, les yeux embués.

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Jasmine et son fils Julian, qui dorment dans leur voiture, attendent de pouvoir utiliser une douche mobile installée par une association à South Los Angeles, le 9 août.

La plus grande population de SDF du pays

Le cas de Jasmine est loin d’être isolé. Le comté de Los Angeles (qui regroupe 88 municipalités, dont la ville de Los Angeles elle-même, mais aussi Beverly Hills ou Malibu), le plus peuplé de Californie, a vu sa population de sans-abri augmenter de 12% en 2019 par rapport à l’année dernière. Pour la seule ville de Los Angeles, qui concentre la plus grande population de SDF du pays, la croissance est de 16%.

La situation est telle que Donald Trump y a trouvé une occasion rêvée d’épingler une fois encore les villes californiennes progressistes qui s’opposent à lui. “Nous ne pouvons pas laisser Los Angeles, San Francisco et de nombreuses autres grandes villes se détruire en laissant faire cela”, vient de déclarer le président américain... sans plus de précision sur les solutions que l’État fédéral prétend apporter à ce défi colossal.

“C’est systémique, et c’est devenu une crise incontrôlable”, explique Veronica Lewis, présidente de HOPICS, l’association à but non lucratif à laquelle Jasmine a rendu visite. Plusieurs facteurs permettent d’expliquer ce que les médias locaux qualifient régulièrement “d’épidémie”: “principalement l’augmentation considérable des loyers alors que les salaires ne suivent pas, mais aussi l’addiction aux drogues, les maladies non soignées et, chez les femmes, les violences domestiques”, énumère Veronica Lewis.

Les sans-abri ont changé en une dizaine d’années (...) Désormais, vous avez des gens qui vont au travail tous les joursVeronica Lewis

Ces dernières années, l’explosion des loyers a mis en lumière une véritable strate de la population sans-abri: les “car-dwellers”, les habitants des voitures, comme Jasmine. “Les sans-abri ont changé en une dizaine d’années. Avant, quand on pensait à un SDF on imaginait quelqu’un poussant son caddie dans la rue. Ce n’est plus cela aujourd’hui. Désormais, vous avez des gens qui vont au travail tous les jours”, analyse Veronica Lewis auprès du HuffPost.

Derrière les étoiles d’Hollywood Boulevard, le sable blanc des plages infinies et les buildings de son quartier d’affaires, Los Angeles est aussi faite de cette autre réalité, qui investit les rues et le paysage urbain en n’épargnant que les quelques quartiers les plus privilégiés. Une réalité à des années-lumière de la “van life” (la “vie en van”) choisie, aisée et colorée de certains voyageurs qui publient leurs aventures sur les réseaux sociaux, tout particulièrement sur Instagram. 

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Devant ses locaux, l'association HOPICS distribue des repas aux sans-abri de South Los Angeles.

 

Cette réalité, c’est celle de Karla, 35 ans, originaire de South LA, cuisinière dans un fast-food, qui dort dans sa voiture avec son fils de 16 ans et sa fille de 6 ans depuis trois mois, après que son propriétaire lui a demandé de quitter son appartement. “À chaque fois que je candidate pour un nouveau logement, on me demande de payer en avance le premier et le dernier mois, en plus d’une caution. C’est impossible”, résume la mère célibataire rencontrée par Le HuffPost.

C’est aussi l’histoire de Semaj, 25 ans. En le croisant dans la rue, avec son look étudié et sa boucle d’oreille dorée, difficile d’imaginer que lui et sa compagne étudiante élèvent leur bébé de moins d’un an dans une voiture depuis sept mois. Un problème d’humidité devenu dangereux pour la santé de leur enfant, un propriétaire sourd à leurs plaintes, et eux aussi ont dû se replier vers leur dernier bien: leur voiture. Employé d’une entreprise de marketing immobilier, Semaj gagne 2200 dollars par mois. Cela représente les deux tiers de ce qu’il lui faudrait gagner pour payer le loyer d’un appartement avec une chambre. Et uniquement le loyer.

Un code couleur dans la ville

Comme eux, un grand nombre d’Angelenos sont victimes d’une double dérive de l’immobilier: d’un côté, une flambée des prix incontrôlable depuis la crise financière de 2008 et un marché devenus inabordable pour les revenus modestes, de l’autre une précarisation légalisée des locataires, de plus en plus forcés de se plier à des contrats au mois, et constamment menacés par la possibilité d’une “no cause eviction” -qui se passe de traduction. Cette expulsion peut frapper les locataires les plus vertueux, parfois pour la simple raison que leur propriétaire souhaite engager des travaux pour maximiser les profits dégagés par son logement.

“Cela crée une population de sans-abri qui n’avait jamais été sans-abri auparavant”, explique Veronica Lewis. Tous les âges et toutes les situations familiales sont représentés: “il y a des parents célibataires, des couples avec enfants, des familles avec des grands-parents... Il y a tout le monde, vraiment”.

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À Los Angeles, les camping-cars font désormais partie du paysage de certaines rues, comme celle-ci, où ils stationnent en permanence.

 

Sur les 10 millions d’habitants du comté de Los Angeles, près de 59.000 sont sans-abri. 16.500 d’entre eux vivent dans une voiture, un van ou un camping-car. La communauté est si importante que la ville de Los Angeles a mis en place un véritable code de la route pour les personnes vivant dans leur voiture.

Depuis janvier 2017, l’ordonnance 85.02 stipule que “vivre dans un véhicule est interdit à toute heure du jour et de la nuit dans un rayon de 150 mètres autour des écoles, garderies ou parcs”. Vivre dans sa voiture est autorisé la journée en dehors de ces zones. La nuit, entre 21 heures et six heures, les véhicules doivent être garés dans des zones considérées comme non résidentielles, toujours à distance des écoles et des parcs.  

Pour clarifier son texte, la ville a réalisé une grande cartographie de Los Angeles, attribuant des couleurs à chaque rue en fonction de la loi: les rues vertes sont autorisées à toute heure, les rues jaunes le sont uniquement la journée, et il est strictement interdit de dormir dans sa voiture dans les rues rouges.

Ville de Los Angeles
Le code couleur mis en place par la ville de Los Angeles pour les personnes vivant dans leur voiture dans la "Pacific division", qui regroupe plusieurs quartiers comme Venice ou Marina del Rey.

Les parkings de nuit, une goutte d’eau dans l’océan

Pour la municipalité, il s’agit de “remettre de l’ordre dans la ville”. “Je pense que c’est juste. Nous devons garder à l’esprit qu’il y a des propriétaires qui n’en peuvent plus d’avoir des gens qui vivent dans leur voiture juste devant leur maison”, estime ainsi Joe Buscaino, conseiller municipal interrogé par la chaîne américaine CBS2 en janvier, lors du vote pour le renouvellement de l’ordonnance.

Les principaux concernés, de leur côté, voient dans cette réglementation une criminalisation de facto de leur situation de sans-abri. Une contrainte qui s’ajoute à la question centrale, pour eux, de leur sécurité dans la rue. “N’importe qui peut tenter de casser ma voiture”, témoigne par exemple Jasmine, qui garde toujours un couteau dans son véhicule. Elle se souvient d’avoir entendu quelques jours plus tôt une femme, sans doute sous l’influence de la drogue, crier et taper sur la portière d’une voiture dans sa rue. “Au-delà de ma sécurité, j’ai peur pour mon fils”, murmure-t-elle.

C’est pour répondre à cette inquiétude, et offrir une alternative aux sans-abri interdits de stationner dans certaines rues, que Los Angeles a mis en place son “Safe parking program”. Des parkings, publics ou privés, inutilisés la nuit, sont réquisitionnés pour accueillir les sans-abri et leur voiture, et leur offrir une nuit au calme, sous la surveillance d’un agent de sécurité et avec un accès à des toilettes. Sur place, un responsable du programme peut leur apporter une assistance administrative en vue d’un relogement.

AFP
Cameron Jones, 26 ans, ancien Marine ayant servi en Afghanistan, s'apprête à dormir sur un parking sécurisé de Westwood, à Los Angeles, le 11 février.

“On organise aussi des dîners de temps en temps pour qu’ils se rencontrent, qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls”, raconte Emily Kantrim, l’une des responsables de “Safe parking LA”. “On contribue à aider les sans-abri, à les stabiliser pour mieux déterminer comment les sortir de leur situation, mais ce n’est pas une solution au problème”, concède-t-elle auprès du HuffPost.

D’autant plus que le nombre de places disponibles actuellement semble dérisoire. Quelque 180 espaces de parking sont disponibles chaque nuit pour les sans-abri sur différents sites à travers Los Angeles. La ville en attend 450 l’année prochaine. Une goutte d’eau dans l’océan, quand on sait que 5700 véhicules ont été comptabilisés dans la ville en 2019 comme servant d’habitation à des sans-abri.

“On ne peut satisfaire que 10 à 20% des demandes, regrette Emily Kantrim, qui doit établir des listes d’attente pour certains sites. Dans les quartiers où les loyers sont les plus élevés, on affiche toujours complet”. Elle doit donc régulièrement faire des choix, donner la priorité aux familles, aux personnes âgées ou malades.

Chaque fois qu’un sans-abri reçoit une amende, c’est une solution de relogement en moins pour luiEmily Kantrim

 

Si la crise des sans-abri continue de s’aggraver, c’est aussi, d’après Emily Kantrim, à cause de “l’attitude” des pouvoirs publics à l’égard des sans-abri, et des règles qu’ils leur imposent. “Chaque fois qu’un sans-abri reçoit une amende, pour une question de stationnement ou pour autre chose, c’est une solution de relogement en moins pour lui, tranche-t-elle. Car il gaspille de l’argent qu’il aurait pu utiliser pour la caution d’un appartement. Il faut trouver des solutions pour éliminer ces amendes, parce qu’on sait qu’ils ne peuvent pas se permettre de les payer. À l’heure actuelle, la plupart du temps, la loi pousse les gens à dormir sur les trottoirs quand ils pourraient dormir dans une voiture.”

La colère des propriétaires

Dans le célèbre quartier de Venice, pourtant, certains ne souhaitent pas voir la loi assouplie. Mark Ryavec, 68 ans, est l’un d’eux. Déambulant dans les rues voisines de sa maison cossue, à 10 minutes à pied de l’une des plages ayant servi de décor à “Alerte à Malibu”, le propriétaire rouspète. “En voici un... Et un autre... Et encore un autre...” Il nous pointe du doigt la dizaine de vans alignés dans une rue résidentielle.

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À Venice, Mark Ryavec fait la guerre aux vans, notamment ceux que loue Gary Gallerie, qui portent tous le même sticker à l'arrière.

 

C’est en grande partie à cause de ces vans qu’il a fondé, en 2009, la Venice Stakeholders Association, une association réunissant une vingtaine de propriétaires souhaitant peser dans les débats sur la sécurité publique, les projets d’embellissement du quartier... et la question des personnes vivant dans leur voiture.

Il en parle comme d’un “fardeau”. D’abord parce qu’elles monopolisent, selon lui, près de 600 places de stationnement au détriment des résidents, dans cette “Venise d’Amérique”, anciennement parcourue par des canaux et plus pauvre en parkings que les quartiers les plus récents. Ensuite, parce qu’un certain nombre d’entre elles sont, toujours d’après lui, source de nuisances. “Lorsqu’ils déplacent leur voiture, certains balancent leurs poubelles et leurs déchets alimentaires devant les portes des résidents et s’en vont”, affirme-t-il. Il ne compte plus les témoignages de ses voisins faisant état d’une insécurité croissante, qu’ils imputent aux habitants des vans.

Pour Mark Ryavec, les autorités de Los Angeles ont trop longtemps fait preuve de laxisme sur la question des sans-abri. D’après lui, ce “manque de leadership” agit aujourd’hui comme un “aimant”, attirant désormais dans son quartier, considéré comme un paradis pour les artistes à la recherche d’une vie de bohème, des personnes ayant fait le choix d’une vie nomade en voiture. En clair, pas des sans-abri.

“D’abord on les laisse installer leur tente. Ensuite on ouvre des toilettes 24h/24... Toutes ces choses, en plus de notre météo très agréable, ont attiré de plus en plus de gens, et notamment des personnes venant d’autres États. Mais ils ne sont pas nos sans-abri. Ils n’ont pas été forcés de quitter leur appartement, ils ont choisi leur situation. Beaucoup admettent qu’ils pourraient s’offrir un logement dans un autre quartier”, estime-t-il auprès du HuffPost.

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À Venice, les propriétaires sont remontés contre les habitants des voitures et des vans, particulièrement nombreux aux abords de la plage.

 

Dérives et limites

À Venice, une personne s’attire depuis quelques mois les foudres des propriétaires en colère dont Mark Ryavec s’est fait le porte-parole: Gary Gallerie, qui se fait appeler le “Vanlord”, la contraction en anglais de “landlord” (“propriétaire”) et “van”. Cet ancien croupier de 70 ans gagne aujourd’hui sa vie en louant 13 vans garés dans le quartier, qu’il propose via des petites annonces sur Craigslist, le “Bon coin” américain. Comme un véritable propriétaire louerait ses appartements.

Il reconnaît que lui-même, comme certains de ses locataires travaillant à temps plein, pourrait se permettre de louer une chambre dans un quartier moins cher que Venice. Mais il préfère vivre lui aussi dans un van et soutenir financièrement sa famille “plutôt qu’un propriétaire”. “Les loyers sont justes devenus beaucoup trop chers”, juge-t-il.

Cette figure du quartier, dont il a le nom tatoué sur l’avant-bras, soutient que ses vans, qu’il loue 300 dollars (environ 270 euros) le mois, font des SDF en moins dans les rues. Et qu’importe si cela déplaît aux riverains, qui l’accusent d’alimenter un business sur le dos de personnes financièrement vulnérables. Lui leur reproche en retour de ne pas vouloir “voir de sans-abri dans leurs rues”. À l’arrière de tous ses vans, il a collé des stickers sur lesquels on peut lire: “la vie en van n’est pas un crime”. “C’est une manière de vivre avec le strict minimum”, revendique-t-il.

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Sur son téléphone, le "Vanlord" insiste pour nous montrer les règles de vie qu'il impose à ses locataires: "rester discret", "être cordial" ou encore "laisser la rue propre".

Pour conduire son affaire, le “Vanlord” est constamment engagé dans un jeu du chat et de la souris avec les forces de l’ordre. Tous les trois jours, il déplace ses vans, parfois seulement d’un mètre, comme l’exige la loi, pour que les véhicules ne soient pas considérés comme abandonnés. Et si un policier frappe à la porte de son van, il ne répond pas. “C’est comme pour une maison: si la police frappe, mais n’a pas de mandat de perquisition, elle ne peut pas forcer la porte, explique-t-il, et donc pas donner d’amende” pour un stationnement dans une rue jaune ou rouge, c’est-à-dire soumise à des restrictions.

Si elle ne va pas jusqu’à dire, comme Gary Gallerie, que la loi est “inapplicable”, la police de Los Angeles reconnaît que l’ordonnance régissant la vie dans les véhicules, qui prévoit des contraventions de 25 à 75 dollars, est difficile à faire respecter. “Les personnes qui vivent dans leur voiture savent très bien qu’elles peuvent ne pas nous ouvrir. Et on ne peut rien faire d’autre”, constate Jennifer Muther, officier supérieur de la police de Los Angeles, en charge du dossier “Vanlord”. “Nous sommes en relation avec la police d’un autre quartier ayant connu la même situation, mais c’est un phénomène relativement récent, nous ne savons pas encore comment l’aborder”, concède la policière auprès du HuffPost.

La législation de Los Angeles sur la vie en véhicules, trop laxiste pour les uns, trop sévère pour les autres, a ses dérives et ses limites. Elle reconnaît à la fois la nécessité pour certains de dormir dans leur voiture “pour des raisons personnelles ou économiques”, tout en écartant ces personnes d’un grand nombre d’espaces, et ce alors que les places en hébergement d’urgence sont loin de satisfaire toute la demande. Cet état des choses peut donner lieu à des situations invraisemblables: pour ne pas déranger ou risquer de se faire remarquer, l’un des sans-abri que nous avons rencontrés, Edgar, âgé de 56 ans, dort parfois sur le trottoir devant son van. “Là au moins, c’est autorisé”. 

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Edgar Lopez, 56 ans, vit dans le bazar de son van depuis son divorce il y a quinze ans. Il travaille de temps en temps sur des chantiers, et tente de recycler ou échanger les objets qu'il ramasse.

 Cet article a été initialement publié sur le HuffPost France.

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